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articles du ML1209

du 8 au 14 juin 2000
Le jeudi 8 juin 2000.

https://web.archive.org/web/20040506183050/http://www.federation-anarchiste.org/ml/numeros/1209/index.html

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Moins de chômeurs, plus de pauvres

« En décembre, je n’ai travaillé qu’une journée. Le mois suivant, j’ai fait trois semaines de nuit. Puis je suis passée aux services de jour et j’ai été appelée pour trois jours en février. En avril, j’ai travaillé 58 heures et, en mai, environ 120 heures. » Telle est la vie professionnelle de Sophie, aide médico-psychologique (AMP) dans une maison d’accueil spécialisée. Son salaire est aussi élastique que son emploi du temps : « j’ai gagné 1300 francs en avril. Pour le mois de mai, je toucherai environ 4500 francs », précise-t-elle dans un entretien au journal Le Monde en date du 31 mai dernier.

Hamraoui, employé dans une société de nettoyage a ses journées de travail scindées en deux blocs : de 8 heures à midi et de 17 h 45 à 21 heures. Il passe l’aspirateur et vide les poubelles sur « deux sites différents » et son salaire ne dépasse guère 5 500 francs par mois. Il l’exerce depuis 1986 ! Un de ses collègues est encore plus mal loti. Il ne travaille que le soir de 17 à 21 heures pour un revenu net par mois de 3 000 francs. Comment s’en sort-il ? « J’ai une chambre dans un foyer […]. Les repas, nous les préparons à plusieurs de manière à répartir les dépenses. »

Sophie, Hamraoui et son collègue sont considérés par les économistes comme des « working poors » (travailleurs pauvres). C’est une découverte en France, apprend-on dans le même grand quotidien du soir… Cette notion d’origine américaine serait aujourd’hui devenue pertinente dans notre cher hexagone ! Après les « nouveaux pauvres » des années 80, les chercheurs en sciences économique découvriraient les « travailleurs pauvres ». Ce sont des « salariés appartenant à des ménages dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté et ayant travaillé au moins six mois dans l’année. » Ces mêmes universitaires ont fixé le « seuil de pauvreté » à un revenu égal à 3 650 francs par mois.

Deux millions de salariés sous le seuil de pauvreté

La réalité n’a hélas pas attendu les économistes. En 1997, 10 % de la population active et salariée ne touchait pas cette somme de 3 650 francs par mois, contre 5 % en 1983 ! Le nombre de salariés « pauvres » est estimé aujourd’hui, en France, à près de deux millions de personnes. Cette progression est la conséquence des politiques menées depuis vingt ans : précarisation des emplois, hausse des contrats à durée déterminée, missions d’intérim, etc. La multiplication des cadeaux aux patrons par un allègement des charges a favorisé les emplois sous-payés. De 1990 à 1997, le pourcentage des contrats à temps partiel est passé de 11,8 % à 17 % ! Conséquence : un nombre de plus en plus important de travailleurs sont rémunérés sur la base du Smic avec des horaires réduits. Les femmes sont les premières victimes de cette politique. Elles occupent 85 % des emplois à temps partiel et comptent donc pour beaucoup dans la proportion des travailleurs pauvres.

Véritable offensive contre le monde des « petits », les politiques économiques menées par les différents gouvernements de gauche comme de droite n’ont fait que renforcer les inégalités entre hommes et femmes sur le marché du travail. De même, sous le prétexte de lutter contre le chômage, la norme de l’« emploi à temps plein » à été remise en cause. Avec la caution des partenaires sociaux ­ rappelons-nous le soutien apporté par la CFDT aux « petits boulots » ­ patrons et gouvernements n’ont de cesse d’en finir avec les garanties obtenues de haute lutte par le monde du travail : fini l’emploi bien payé et garanti ; les droits arrachés pour limiter les licenciements.

Criminaliser les pauvres

Les capitalistes et leurs serviteurs en veulent toujours plus. Il n’y a pas de moindres profits. Il y a aussi cette volonté féroce de briser toute résistance, d’atomiser les individus, donc de limiter les Conventions collectives, de dénier ou de rediscuter le Code du Travail. Il y a aussi cette volonté croissante de criminaliser toute personne qui ne se soumet pas. Les « négociations » sur la réforme de l’assurance-chômage en sont les plus récentes illustrations. Désormais, tout chômeur qui refusera de signer le Contrat d’aide au retour à l’emploi (le fameux CARE) se verra sanctionné ; il ne pourra plus prétendre aux versements de ses indemnités. Même chose, si une fois signé, il refuse un emploi proposé. Le texte du protocole signé par la CFDT, la CFTC, la CGC et FO précise : « la signature du CARE ouvre droit au versement des allocations et à l’accès aux services facilitant le retour à l’emploi. » Pour mieux ficeler les syndicats, le MEDEF à introduit une clause qui promet aux « organisations signataires » des compensations financières pour leur participation au fonctionnement de l’UNEDIC ! Achat des syndicats, criminalisation des opposants, exploitation des salariés… les vieilles méthodes font toujours recette !

Alain Dervin. — groupe P. Besnard


Escal-Vigor : une utopie homosexuelle à la fin du XIXe siècle

En 1899 paraît, au Mercure de France, l’œuvre d’un jeune auteur belge nommé Georges Eekhoud. Le titre du roman, Escal-Vigor, désigne un domaine imaginaire situé sur une île mi-celte, mi-germanique, où vient se réfugier le héros, Henry de Kehlmark. Héros inhabituel, Henry aime les hommes.

À l’Escal-Vigor, il trouvera l’âme sœur en la personne d’un jeune paysan, Guidon, qui passe pour avoir « des penchants et des inclinations bizarres ; pensant blanc quand les honnêtes gens pensent noir… » Avec Guidon et Blandine, amante passionnée, il vivra en vase clos, loin des médisances et des rancunes. Jusqu’au jour où le trio devra affronter la persécution des habitants déchaînés…

L’intrigue peut paraître banale. Si on veut bien saisir l’aspect « révolutionnaire » de ce roman, il est nécessaire de le replacer dans son époque.

1899, c’est quatre ans après la condamnation d’Oscar Wilde. Lorsque le célèbre dandy irlandais se réfugie à Paris, nombreux sont ses anciens amis qui refusent de lui serrer la main.

1899 est aussi marquée par Zola, qui ne recule devant aucune audace, ni littéraire (le naturalisme), ni politique (son engagement dans l’affaire Dreyfus lui vaut un procès et l’exil). Zola est touché en recevant une lettre d’un homosexuel italien et pense un moment publier cette « confession » (en 1895)… Mais le romancier novateur, qui réclame pour la littérature le droit d’exprimer toute la vie, recule devant le risque, car : « tout ce qui touche au sexe touche à la vie sociale elle-même. Un inverti est un désorganisateur de la famille, de la nation, de l’humanité. L’homme et la femme ne sont certainement ici-bas que pour faire des enfants et ils tuent la vie, le jour où ils ne font plus ce qu’ils font pour le faire ». L’affaire est classée, le problème de l’homosexualité ne sera pas réellement abordé dans l’œuvre du romancier.

Il faudra attendre 1902 pour que Gide publie L’Immoraliste et, lorsque Corydon paraît, en 1911, c’est dans une édition confidentielle (12 exemplaires).

« Une perversion qui relève de la pathologie »

La fin du dix-neuvième siècle se préoccupe beaucoup des « perversions sexuelles ». L’homosexualité, d’abord prise en charge par les discours légistes, entre dans le domaine médical. Mais le discours des médecins a du mal à s’affranchir de l’anthropologie criminelle : c’est un discours qui stigmatise et condamne. De toutes les « aberrations », la « pédérastie » est celle qui occupe le plus les médecins, dont les ouvrages rappellent les manuels des confesseurs. On n’est pas loin du point de vue religieux qui considère l’homosexualité comme un vice terrible, voire un crime, qui retranche l’individu de la communauté religieuse.

Dans le roman de Georges Eekhoud, les deux héros n’ont pas honte de leur homosexualité, n’y voyant ni un péché ni un délit. C’est bien ce que les habitants de l’île ne peuvent admettre : « Vrai, ils en ont de l’aplomb et un toupet ! Concilier des mœurs pareilles avec de la dignité ! Il ne leur manque plus que de tirer gloire de leur ignominie !  ». L’homosexualité est, selon le pasteur du village, « une transgression qui heurterait un préjugé terrible et en quelque sorte indéracinable dans notre ordre social et chrétien ; vous comprenez ce que je veux dire, une abomination qui crierait non seulement vengeance au ciel, mais aux pécheurs les moins timorés… » Par contre, le médecin consulté au sujet de Henry, loin de déceler en lui une pathologie, le déclare parfaitement sain de corps et d’esprit : « [il] déclara, au surplus, n’avoir découvert chez le sujet aucune lésion organique, aucune tare morbide. Au contraire, il prétendit n’avoir jamais rencontré plus souple intelligence, jugement aussi sain, pareille élévation de vues dans une nature plus vibrante […] ».

À côté des discours des médecins, on trouve les analyses de quelques âmes bien intentionnées, qui tentent, avec bien des efforts, de comprendre l’homosexualité et de ne pas rejeter la « victime ». Mais alors il faut les plaindre, ces homosexuels, car ils ne peuvent être que malheureux. Comme écrira plus tard, en 1927, un certain François Porché, l’auteur de L’Amour qui n’ose pas dire son nom (qui a lui même choisi un pseudonyme !) : « Il ne faut pas grandir les pervers mais il faut plaindre les suppliciés. »

Le personnage d’Henry ne saurait supporter qu’on le plaigne, qu’on le prenne en pitié. Il refuse de voir dans sa sexualité une « dégradation » : « ­ Me dégrader ! Je m’enorgueillis au contraire » (première affirmation d’une fierté gay !). « Loin de m’humilier, je me redresse… Tu me jugerais, tu me condamnerais, comme les autres ? dit-il à Blandine. À ton aise. Mais je te conteste même le droit de m’absoudre. Je ne suis ni malade, ni coupable. Je me sens le cœur plus grand et plus large que leurs apôtres les plus vantés. »

Sexualités et décadence

Derrière les discours de pouvoir, de savoir, se cache une hantise implicite. Ce qui semble terrifier les hommes du dix-neuvième siècle, c’est la figure du gaspillage : comment envisager la sexualité sans la reproduction ?.. D’où la virulence des campagnes anti-masturbatoires (on va jusqu’à supprimer les poches des uniformes des collégiens pour prévenir ce terrible fléau !). Comment concevoir le plaisir gratuit ? Dans une société bourgeoise, où tout s’achète et tout se paie, c’est proprement scandaleux.
Ce qui est inconcevable pour le pasteur de l’île, ce n’est pas seulement le fait qu’un homme aime un homme, mais le fait que cet amour soit stérile. Pour lui, le scandale est le même lorsqu’il se souvient que les parents d’Henry s’étaient aimés « au point de ne pouvoir survivre l’un à l’autre » : « Mais tout aurait dû m’avertir, me donner l’intuition de ces horreurs ! Les parents de ce libertin ne s’étaient-ils pas aimés à un excès qui crie vengeance au ciel ! Ne vivant que pour eux-mêmes, pour eux deux ; limitant la raison d’être de l’univers à leur exclusive dualité corporelle et morale, dans leur monstrueux égoïsme ils n’avaient même pas voulu avoir d’enfants, tant ils craignaient de se distraire l’un de l’autre ! » Là est le scandale !

Henry s’insurge justement contre cet impératif de la reproduction : « Pourquoi imiter les bêtes, et faire comme les autres ? Ne nous suffisons-nous point ? […] Suspendons, en ce qui nous concerne, la création prolifique. Ne naît-il point assez de créatures ? Vivons pour nous deux, pour nous seuls. »

Les homosexuels entrent en littérature

À la fin du siècle, on voit apparaître dans la littérature quelques figures de personnages homosexuels. Le roman commence à parler des « pédérastes » mais souvent en reprenant sans réserve les préjugés de son époque (s’appuyant sur les doctrines médicales dominantes) et avec des audaces fort limitées. Contrairement à la lesbienne, personnage littérairement établi et qui véhicule moins d’angoisse, l’homosexuel est un individu inquiétant, tourmenté et malheureux. (La lesbienne, échappant au discours médical ­ écrit par des hommes pour des hommes, qui ignorent en général à peu près tout du désir féminin ­ devient très vite un mythe littéraire).

Les romans sur les homosexuels, se focalisant sur le thème du détraquement, se veulent la plupart du temps audacieux, indécents, subversifs… mais la peinture des tendances considérées comme « malsaines » n’est que le moyen de remettre de l’ordre dans le désir : les femmes à leur place ! (C’est-à-dire aux côtés des hommes !) Et l’homosexuel contrit et repenti ! D’un côté il y a le « sacré » (la jeune fille chaste et rougissante, la nuit de noce…), de l’autre le « dégoûtant » (les perversions, la prostitution…).

Escal-Vigor inverse justement ces stéréotypes. L’auteur nous donne une vision terrifiante de l’amour hétérosexuel obligatoire : un amour vénal et bestial. Il décrit par exemple une scène pittoresque de kermesse où chacun se doit, impérativement, de trouver sa chacune : ce sont des femelles partant en chasse de mâles. L’accouplement (hétérosexuel) n’a rien d’un plaisir quand il est érigé en norme et imposé autoritairement. Comment mieux dire que le sexe, ainsi conçu, c’est la guerre ? « Les deux camps, les deux sexes ont l’air d’ennemis qui tiraillent, se tenant sur le qui-vive, gardant leurs positions. On s’observe, on se hèle, on se déprécie, on marchande, on maquignonne. »

L’amour des deux héros n’a rien à voir avec ce marchandage : Henry place d’emblée son amour du côté du sacré, et « se sent de force à créer la religion de l’amour absolu, aussi bien homosexuel qu’hétérogénique ».

Les libertaires et l’utopisme sexuel

Les campagnes médicales ont réussi à persuader du danger de la masturbation quelques anarchistes. On ne trouvera pas toujours chez les « compagnons » le discours subversif, loin des clichés dominants, qu’on attendait. Certes, contrairement aux socialistes peu enclin à aborder ce sujet, les anarchistes considèrent en général la libération sexuelle comme partie intégrante de l’« émancipation intégrale de l’individu ». Dans sa Philosophie de l’anarchie, en 1889, Malato consacre un chapitre entier à la description de l’esclavage sexuel dans la société capitaliste. Cependant les idées de Malato sur ce que peut être la sexualité librement développée ne dépassent pas les présupposés de son époque. Il va de soi, pour lui, que la pédérastie est un vice bourgeois, et que l’onanisme disparaîtra après la révolution.

Les révolutionnaires ont beaucoup déçu Henry. Poussé par son tempérament libertaire, il décide un jour de se confier à l’un d’eux : « Un jour j’écrivis à un révolutionnaire illustre, à un de ces porteurs de torches, qui passent pour être en avance sur tout leur siècle et qui rêvent un monde de fraternité, de bonheur et d’amour. Je le consultai sur mon état comme s’il s’était agi de celui d’un de mes amis. L’homme de qui j’attendais la consolation, une parole rassurante, un signe de tolérance, me répondit par une lettre d’anathème et d’interdit. Il cria haro sur le transfuge de la morale amoureuse. »

Et pourtant, c’est le début du courant néo-malthusien : il est bien peu entendu. À l’exception de quelques groupuscules, l’idée de « liberté de la maternité » affronte l’hostilité des révolutionnaires, qui ont du mal à aborder la question du plaisir comme un problème politique. Pour Georges Eekhoud, le combat est politique et sexuel (il parle pour certaines de ses nouvelles d’« anarchie érotique »). En 1894, il est un des correspondants de la Révolte, le journal de Jean Grave, et s’engage dans le « premier mouvement homosexuel » de l’histoire, en 1897, auprès du Dr Magnus Hirshfeld qui crée en Allemagne « le Comité scientifique humanitaire » pour l’abolition des mesures discriminatoires prises contre les homosexuels.

Ainsi les écrivains sont parfois en avance sur les théoriciens… Et aujourd’hui ? Où en sommes-nous ? Si la Lesbian and Gay Pride existe toujours, c’est que la revendication d’une sexualité libre est loin d’être acquise…
« Un moment viendra où je proclamerai ma raison d’être à la face de l’univers entier… » disait Henry.

Cent ans après la publication du roman d’Eekhoud, il est encore nécessaire de proclamer à la face d’une certaine partie de la population, homophobe, sexiste et réactionnaire, que nous voulons choisir notre sexualité en toute liberté.
« J’ai vécu et je vivrai toujours libre de mes sympathies et de mes inclinations ! »

Caroline. — Claaaaaash

Bibliographie :
Le cru et le faisandé (sexe, discours social et littérature à La Belle Époque), Marc Angenot (éditions Labor, 1986).
Escal-Vigor, Georges Eekhoud (Persona, 1982). Toutes les citations sont extraites de ce roman.


Déchets radioactifs dans les Côtes d’Armor

Personne ne veut de la patate chaude

Le 26 mai, une poignée de militants contre l’enfouissement des déchets radioactifs et d’antinucléaires s’invitait au Conseil général de Saint-Brieuc. Désormais ce dernier refuse à l’unanimité que le département des Côtes d’Armor accueille un « laboratoire » d’enfouissement. Pour beaucoup de membres des divers collectifs c’est une victoire, l’aboutissement de leur travail formidable de propagande, d’information, ainsi que le résultat de la mobilisation régulière de milliers de personnes… C’est vrai, cependant parmi nous, les plus clairvoyants ne sont pas satisfaits. A juste titre.

Certes le Conseil général signale son refus du laboratoire car il a déjà un « certain nombre de défis environnementaux à relever ». Il ne condamne nullement la production de déchets radioactifs ni évidemment les programmes nucléaires civils et militaires. Si le groupe communiste fait allusion aux sous-marins de l’Ile longue et au démantèlement de Brennilis, c’est pour préciser que la Bretagne a assez donné ! Nous sommes loin du « Ni ici ni ailleurs » affiché des Collectifs. L’assemblée générale estime « nécessaire que se développe au niveau national un large débat sur les orientations à donner à la politique énergétique de la France afin de donner au Parlement tous les éléments indispensables lorsque celui-ci aura à se prononcer en 2006 »… La radioactivité ne connaît pas de frontières départementales.

Serguei. — groupe Jes futuro


Faits d’hiver

Nosotros

À quelques encablures d’échéances législatives susceptibles, sait-on jamais, de permettre de grappiller quelques sièges, est-il vraiment opportun de changer d’étiquette ? Parti de la gauche révolutionnaire ou Parti solidarités et révolution, même si ça fait tendance voire un tantinet live, est-ce que ca ne risque pas de heurter prématurément les nostalgiques de la référence historique au communisme figurant dans le sigle LCR ? L’alliance avec LO, qui avait permis, lors des dernières élections européennes, de passer la barre des 5 % et d’avoir des députés, doit-elle être reconduite ?

Aller à la soupe pour aller à la soupe, ne conviendrait-il pas d’en rajouter trois louches, d’ouvrir l’alliance à la gauche de la gauche (aux cousins des mouvements sociaux et aux désormais demi-frères d’un stalinisme en pleine perestroïka) et de clore le bal par un appel à battre la droite (en clair voter pour la gauche poubelle) ? Telles sont les grands thèmes de réflexion de l’actuel congrès des trotskistes de la Ligue communiste révolutionnaire ! No comment ! Mais qui, hier encore, trouvait que l’anarchisme c’était grand cœur et petite tête, que le marxisme libertaire, ça, c’était du sérieux, et que s’la jouer harki avec la LCR c’était rouler pour l’évidence de l’OAS (organisation anarchiste sérieuse) ? Et que, aujourd’hui, tout repeint de noir et rouge…

Bon courage pour un autre futur !

Jean-Marc Raynaud


Toulouse

Arrestation de sans-papiers

Six sans-papiers toulousains et une française soutenus par un large collectif unitaire avaient décidé d’entamer une grève de la faim pour obtenir leur régularisation, ainsi que celles des sans-papiers solidaires de leur action. Ces personnes vivent en France depuis plus de dix ans pour la plupart d’entre elles, dans l’angoisse quotidienne d’un contrôle et d’une expulsion, condamnées à l’exploitation du travail clandestin, et à la recherche d’un logement leur permettant une vie familiale normale.

Comment admettre qu’ils soient contraints de mettre leur vie en danger pour prouver leur intégration et affirmer leur volonté réelle de vivre en France ?

Cette action a commencé mercredi 31 mai dans un local vacant mis à leur disposition par le collectif de soutien. La police est intervenue à minuit avec un important dispositif avant que la grève ne commence. Elle a embarqué au commissariat central onze sans-papiers ainsi que quelques soutiens. Si les soutiens ont été libérés dans la nuit, les sans-papiers sont eux en garde-à-vue, et risque l’expulsion sous 3 jours.

C’est directement au ministère de l’Intérieur que cette décision a été prise, ainsi qu’en témoignent la présence du directeur départemental de la sécurité, et le fait qu’à Paris et à Lille des actions similaires ont été menées par la police au même moment.

Les organisations de soutien avertissent solennellement le ministère de l’intérieur, et au-delà le premier ministre qu’elles ne toléreront pas qu’un seul des sans-papiers soit expulsé ni maintenu en détention.

Sur les dix sans-papiers retenus en garde à vue jeudi 1er juin, quatre ont été libérés dans l’après-midi et un cinquième dans la soirée du vendredi 2 juin. Les cinq autres ont été transférés au Centre de rétention et sont sous le coup d’un APRF (arrêté préfectoral de reconduite à la frontière).

Après leur présentation au Tribunal de grande instance samedi 3 juin au matin (qui a statué sur le maintien de la détention), ils sont passeront au Tribunal administratif ce lundi 5 juin.

Nono. — groupe Albert-Camus (Toulouse)


Crise de foi

Superstition et religion

Le saint synode de l’Église orthodoxe russe a déclaré la guerre aux nouvelles cartes fiscales distribuées par le ministère des Impôts, car leur côte barre contient le nombre 666, le chiffre de l’Antéchrist… À Moscou, des fidèles qui prenaient la ligne de bus 666 pour se rendre à l’église se sont mobilisés afin de faire changer ce numéro. Aller à l’église dans un bus qui a le numéro de l’Antéchrist (selon saint-Jean), quel comble… En attendant, ils ont eu gain de cause.

En Grèce, les policiers se sont inquiétés car les nouvelles cartes d’identité peuvent comporter le fameux 666. Les flics ont appelé l’État « à prendre ses responsabilités et à agir comme le lui impose sa conscience religieuse ». Face à cette fronde, soulevée également par l’Église, l’État a retardé l’émission des cartes d’identité.

Pour nous, peu importe les chiffres, nous ne voulons plus de fiches d’impôt ni de cartes d’identité nationale. Notons, dans ces histoires de chiffres, que superstition et religions font la paire. Quoi de plus normal, puisque le mysticisme, religieux ou superstitieux, reste avant tout du mysticisme…

Régis Boussières. — groupe Kronstadt (Lyon)


26 septembre à Prague

Appel pour la préparation d’une action mondiale contre le capitalisme

Le 26 septembre (S26) de cette année sera la prochaine journée d’action mondiale contre le capitalisme. Déjà de nombreux groupes dans le monde entier préparent cet événement, convaincus que le capitalisme, basé sur l’exploitation des humains, des sociétés et de l’environnement pour le profit d’un petit nombre, est à l’origine de nos problèmes sociaux et écologiques. Du 26 au 28 septembre, le FMI et la Banque Mondiale tiennent leur 55e congrès annuel à Prague. Une mobilisation est en train de se mettre en place. Le 26 septembre, des personnes du monde entier vont exprimer leur opposition au FMI, à la Banque Mondiale et à leurs politiques. Des hommes et femmes de partout vont être solidaires de ces manifestants à Prague. Divers groupes européens se sont rencontrés récemment et mettent en place une large mobilisation européenne à Prague mais aussi dans d’autres villes.

L’idée a été discuté et soutenue par de nombreux mouvements d’Amérique du sud qui se sont rencontrés récemment au Nicaragua. Le « National Alliance of People’s Movements », mouvement indien, a composé un appel, juste avant les actions A16 à Washington, (que vous pourrez trouver sur le site http://go.to/s26). Beaucoup d’autres appels du monde entier se trouvent dans la page « Calls to Action ». La journée internationale d’action du 26 septembre fait suite au succès des précédentes journées mondiales d’actions contre le capitalisme, les 18 juin et 30 novembre l’an dernier et le 1er mai de cette année. S26 les prolonge dans le même esprit.

Des luttes en réseau

Au travers de ces journées, notre réseau s’est élargi, nous avons beaucoup appris et de nombreuses personnes nouvelles nous ont rejoints dans la lutte. Ce S26 nous aidera à construire un mouvement populaire fort, dense et créatif pour construire un monde où l’individu, la communauté et la planète ne seront exploités et oppressés par personne. Une société bâtie autour de la solidarité, l’entraide, une réelle démocratie et le respect de l’environnement.

Comme aux précédentes journées, des hommes et des femmes de divers mouvements et pays vont unir leurs forces contre les institutions politiques, économiques et sociales du système capitaliste ­ en particulier la banque mondiale et le FMI. Travailleurs, chômeurs, étudiants, syndicalistes, agriculteurs, sans-terres, pêcheurs, mouvements de femmes, minorités ethniques, peuples indigènes, pacifistes, défenseurs de l’environnement, écologistes…vont lutter ensemble, dans la compréhension de la diversité et l’unité de leurs luttes respectives. Les occupations et détournements simultanés de l’ordre social capitaliste partout dans le monde ­ dans les rues, les quartiers, les campagnes, les usines, les bureaux, les centres commerciaux, les quartiers de la finance… ­ vont renforcer les liens locaux, nationaux et internationaux. Cette journée (comme les précédentes) est organisée de manière non-hiérarchisée, comme un tissu éclaté et informel de groupes qui, à travers une organisation non-autoritaire, mènent une lutte autonome contre les institutions politiques, économiques et sociales du capitalisme et génèreront le changement par leurs actions propres. Chaque événement est préparé de manière complètement indépendante par chaque groupe même si une concertation est possible au sein des villes, régions ou pays. Une stratégie efficace au niveau local est de créer, à plusieurs groupes indépendants, une atmosphère de fête et de carnaval comme bases de leurs actions diversifiées et éclatées.

Quelques idées

Quelques idées : grèves ­ manifestations (à pied, bicyclette, roller…) ­ carnavals ­ fêtes de rues ­ récupération des rues, des institutions, des bureaux par des activités non-commerciales et joyeuses ­ marches ­ musiques ­ danses ­ discours ­ distributions de tracts ­ accrochage de bandeaux avec des slogans revendicatifs ­ distribution de journaux indépendants ­ théâtre de rue ­ création de jardins ­ distribution de nourriture ­ faire des prêts sans intérêts devant des grandes banques ­ actions de solidarités ­ piquets ­ occupations de bureaux ­ s’emparer et écouler des biens de consommations luxueux ­ saboter, boycotter ou gêner l’infrastructure capitaliste ­ s’emparer des richesses capitalistes et les redistribuer aux travailleurs ­ se déclarer indépendant du capitalisme et des gouvernements autoritaires ­ organiser des conseils populaires et tenir des meetings devant les mairies ­ mettre en place des alternatives économiques : coopératives de travailleurs… ­ encourager des alternatives aux compagnies capitalistes ­ lancer une organisation communautaire populaire …

Si vous ou votre groupe pensez vous joindre à cette journée d’action, faites-le savoir dès que possible.

Il existe de nombreuses listes de courrier internationales pour permettre la coordination et la discussion (voir ci-dessus). Une liste internationale de contacts y est régulièrement envoyée pour faciliter la décentralisation et les prises de contacts. Pour que vos coordonnées y figurent contactez (en anglais si possible).

en indiquant : (a) le pays et le lieu où vous comptez intervenir ainsi que toutes les informations qui vous semblent importantes : (b) le nom du groupe, mouvement (ou le votre), (c) les événements et les actions prévus, (d) votre adresse, (e) adresse e-mail, (f) numéro de téléphone, (g) numéro de fax, (h) site web.

De nombreuses actions peuvent amplifier ce 26 septembre à un niveau local, national et international. Il faut distribuer l’information au plus grand nombre possible de personnes, groupes, ou associations : mailing, tracts, posters… D’une manière plus générale, partager nos idées, expériences, envies avec les autres et s’entraider. Au niveau local, les infos autour du 26 septembre doivent être échangées, discutées en groupe de manières formelles et informelles, il faut organiser des réunions, planifier les actions, imprimer et distribuer des tracts, trouver des fonds, partager rires et discussions.

L’énergie de ce mouvement peut et doit grandir par d’autres journées internationales d’actions contre le capitalisme. Toutes les « recherches », questions, données concernant la journée internationale d’action S26 doivent être partagées avec les autres militants des groupes, villes, pays ou dans les listes de courriers afin de s’épauler mutuellement avec des idées et des conseils. Personne ne gère ni ne tire les ficelles de cette journée. Ce sera un événement décentralisé et autonome pour chaque groupe en coopération et solidarité les uns avec les autres.

TRADUCTEURS ! Il faut traduire ce message dans le plus grand nombre de langues possible, particulièrement : russe, arabe, chinois, italien…

Source : http://www.ainfos.ca


Montréal

Principes de base de la Convergence des luttes anticapitalistes

La ville de Québec aura l’honneur douteux en avril 2001 d’être l’hôte du « Sommet des Amériques », une rencontre dont le but est d’élargir l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) à l’ensemble des Amériques en le « bonifiant » (dans le sens des intérêts des rapaces, évidement). Déjà de nombreux groupes s’organisent, la plupart sur des bases ultra-réformistes et de ce fait peu intéressantes pour les libertaires. N’empêche, il n’est pas dit que nous laisserons les réformistes et autres pacifistes dogmatiques occuper tout le terrain politique sans rien dire ou faire. Voici donc les bases sur lesquelles des camarades montréalais ont décidé d’organiser leur résistance. Ils et elles invitent évidemment les camarades des autres villes à les rejoindre dans le même esprit.

1. La CLAC est anticapitaliste. Elle rejette les fondements d’un système économique et social reposant sur la propriété privée des moyens de production et d’échange, véhicule d’une logique selon laquelle les êtres humains ne sont considérés qu’en fonction de leur potentiel capitalisable, où l’environnement est représenté en termes de ressources naturelles propices à l’exploitation et la culture transformée en biens de consommation comptabilisés selon des critères de rentabilité, de compétitivité et d’efficience.

2. Par le fait même, la CLAC s’oppose à l’idéologie néolibérale selon laquelle les lois du marché global et les activités économiques des entreprises et investisseurs doivent être exemptes de toutes mesures politiques et sociales susceptibles de nuire à leur « bon » fonctionnement.

3. La CLAC dénonce l’impérialisme, s’oppose au patriarcat, et condamne la mise en œuvre de toute forme d’exploitation et d’oppression. Elle y substitue une vision des relations mondiales basée sur le respect des différences et l’autonomie des groupes, des individus et des peuples, dans l’optique de l’élargissement des réseaux de résistance au règne corporatiste.

4. Respectueuse de la diversité des tactiques, la CLAC vise à encourager le déploiement de la créativité sous toutes ses formes à travers des initiatives allant de l’éducation populaire à l’action directe.

5. La CLAC est autonome, décentralisée et non-hiérarchique. Elle encourage la participation de ceux et celles en accord avec ses principes de base et favorise l’implication de tous et de toutes dans les différents comités, en fonction de leurs affinités respectives.

6. Dans le cadre du Sommet des Amériques de 2001 et des négociations sur la ZLÉA, la CLAC adopte une attitude de confrontation et refuse les alternatives réformistes ainsi que le lobbying qu’elle juge sans possibilité d’impact majeur sur toutes ces types de processus antidémocratiques. Elle cherche à empêcher la tenue même du Sommet et à faire des négociations sur la ZLÉA un non-événement.

[contact provisoire : 514-526-8946 ou lombrenoire@tao.ca]


La CGT espagnole appelle au rassemblement des forces libertaires

L’intervention qu’on lira ci-dessous a été prononcée par José Maria Olaizola, secrétaire général de la CGT d’Espagne, durant le meeting international que la CNT française a organisé le 30 avril 2000, à l’occasion de la semaine Pour un autre futur.

Au nom de la Confédération générale du travail d’Espagne (CGT), nous remercions la CNT française pour son invitation à ces journées libertaires. Nous lui sommes également reconnaissants de l’extraordinaire effort qu’elle fait pour réunir une partie importante du mouvement libertaire, avec un engagement d’intervention dans la société, en proposant une réelle alternative à l’actuel système mondial, chaque jour plus injuste et plus inégal.

Nous sommes actuellement face à la deuxième révolution capitaliste basée sur la globalisation. Sa dynamique entraîne avec elle toutes les nations, quel que soit leur régime, et anéantit l’indépendance des peuples.

Ce sont les entreprises, les groupes industriels et financiers qui donnent le ton, avec comme seul objectif la domination du monde. Jamais les maîtres du monde n’ont été si peu nombreux et si puissants. La brusque concentration du capital et du pouvoir s’est accélérée dans les dernières vingt années avec les technologies de l’information. Actuellement, les nouvelles technologies de manipulation génétique se développent très vite.

De nouvelles voies de développement, l’exploitation et de contrôle du capitalisme s’ouvrent avec la privatisation du génome humain et la généralisation des brevets sur la matière vivante. Les bases pour privatiser tout ce qui concerne la vie et la nature se mettent en place, ce qui mène, si on ne s’y oppose pas, à la création d’un pouvoir absolu, comme jamais auparavant.

Le pouvoir actuel amasse des richesses et, pour ce faire, il détruit et restructure des entreprises et des secteurs ; il déstructure la classe des travailleurs et la société en général, il instaure l’individualisme et la précarité ; il surexploite et appauvrit de plus en plus une grande partie de la population mondiale ; il exclut et il marginalise. Il obtient des bénéfices privés issus du bien commun de l’humanité en exploitant les richesses de la nature. La criminalité financière est un fait, les grandes banques recyclent des milliers de dollars sans différencier l’argent salle de l’argent propre.

Il y a commerce de tout : les mots, les mentalités, les corps, la culture. La corruption, à grande échelle, est un fait quotidien. Les fanatismes religieux augmentent. On veut nous faire croire que la démocratie prospère et que les libertés triomphent, alors que les censures et les manipulations sont de plus en plus importantes.

Les technologies de la communication jouent un rôle idéologique fondamental en intégrant l’être humain d’une façon quasi absolue, en imposant la « culture globale » et les messages planétaires, ainsi que l’uniformisation la plus castratrice.
Les Etats sont actuellement les fidèles gardiens des grandes institutions mondiales qui dictent la loi, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce…
Les forces de sécurité, les armées sont les garantes de leurs vols et criminalité.

Nous devons tenir compte de tous ces faits dans notre action quotidienne. Comme le disait Juan Peiro, un des théoriciens de l’anarcho-syndicalisme espagnol, travailleur, partisan du coopératisme, ministre de l’Industrie pendant la guerre civile et fusillé par les franquistes : le sens de l’anarcho-syndicalisme est basé sur le maintien d’une constante tension entre l’aspiration révolutionnaire et son application quotidienne dans les diverses réalités sociales, politiques et personnelles.

On pouvait se tromper dans les décisions mais la méthode, la façon de décider et de participer était correcte.

C’est ainsi que l’anarcho-syndicalisme était et doit continuer à être une chose ouverte en permanence, quelque chose qu’il faut faire et refaire constamment, essayer, réessayer, se tromper pour ensuite repartir à la charge avec plus d’adresse. C’est avec cette vision des choses que la CGT d’Espagne, partie importante de l’anarcho-syndicalisme espagnol, intervient dans la réalité.

Tous les jours, dans les entreprises, pour chaque revendication quotidienne, pour chaque problème rencontré par les travailleurs de manière générale en ayant pour devise le partage des richesses et du travail, les trente-cinq heures de travail par semaine du lundi au vendredi, sans réduction de salaire, ; la CGT se bat contre la précarité et pour l’amélioration des conditions de travail, pour une imposition du capital, contre la privatisation et pour les droits des citoyens dans des questions aussi essentielle que l’enseignement, la santé, le droit au logement, pour l’égalité de la femme, contre la surexploitation des immigrés et le droit à la libre circulation des êtres humains, contre la dilapidation des ressources naturelles, pour la paix, contre le racisme, pour la solidarité avec les autres peuples, avec le Chiapas, avec le Maroc, sans oublier notre activité internationale avec une participation importante dans les Marches européennes contre le chômage, la précarité, la pauvreté.

Dans la situation actuelle de globalisation, la lutte internationale est d’une importance fondamentale.
La question que l’on peut se poser c’est : qu’est-ce que nous faisons, nous les libertaires ? Qu’est-ce que nous construisons pour faire face à ce monstre capitaliste criminel mais légal, responsable de la mort de milliers et de milliers d’êtres humains, qui périssent de faim alors que la planète ne manque pas de ressources pour les nourrir.

Quel est notre rôle et notre responsabilité dans un monde où le droit à la vie n’est pas garanti et, par conséquent, dans un monde où l’on ne peut affirmer que la liberté existe ? Nous ne pourrons jamais être des hommes et des femmes libres tant qu’il existera un seul être humain qui meurt de faim, qui ne puisse pas vivre dignement et librement dans l’égalité des conditions.

Dans une situation comme celle-ci, dans laquelle on prétend privatiser même la vie, dans laquelle la peine de mort due à la faim est légale et quotidienne, nous, les libertaires, nous ne pouvons pas fermer les yeux. Il ne suffit pas d’être critique ou d’avoir raison. Il est nécessaire de réagir, de rassembler nos forces, de créer un mouvement pour arrêter ce monstre, pour commencer ensuite à établir les bases nécessaires pour la création d’une société différente fondée sur l’égalité, la justice, la liberté, la fraternité et le libre accord.

Si nous ne sommes pas dans cette démarche, si nous passons notre temps dans des disputes misérables, dans des justifications impossibles, dans des attitudes autoritaires qui prétendent posséder la seule et unique vérité, dans le dogmatisme, le sectarisme, nous serons aussi responsables de ce qui arrive dans le monde.

Après la chute du mur de Berlin, après l’échec de toute idéologie autoritaire quelle qu’elle soit fondée sur la répression et la force coercitive des Etats, à une époque où les différences entre ce qui est appelé droite ou gauche sont moindres et difficiles à saisir, la responsabilité des libertaires grandit. Nous devons montrer quelle est la vraie gauche capable de transformer, comme un premier pas vers la révolution.

Nous pouvons toujours nous amuser dans des digressions philosophiques et des vaines discussions. La pensée libertaire n’est pas fondée sur une seule vérité mais sur plusieurs vérités. Elle a un seul objectif et une seule attitude : l’éthique, l’honnêteté, la démocratie directe et de rassemblement, solidaire, fédéraliste, sans aucune forme de dirigisme.

Dans cette lutte, nous ne sommes pas seuls ; celles et ceux qui, sans se dire anarcho-syndicalistes ou libertaires, luttent pour la liberté et la justice sont nombreux. Les différents mouvements sociaux et syndicaux indépendants devraient pouvoir faire partie de ce mouvement dont je parlais plus haut et dont nous devons être le moteur, sans la moindre prétention d’avant-gardisme ou d’exclusivité, en acceptant avec respect la pluralité. En sachant que tout projet révolutionnaire libertaire ne peut se faire qu’avec l’appui et la participation de la majorité sociale. Et je dis bien majorité. Le clientélisme et le sectarisme sont l’antithèse d’une revendication libertaire.

Dans le monde, un cri déchirant sollicite une Internationale libertaire, et nous, libertaires, nous ne pouvons pas ne pas l’entendre. Il est nécessaire de créer une organisation capable de faire face à l’organisation capitaliste ; on ne peut laisser cela au hasard et à la spontanéité ; nous devons y mettre toutes nos forces en donnant le mieux de chacun et chacune d’entre nous. Des objectifs, une coordination et une organisation communs s’imposent, sans crainte ni méfiance, avec espoir et joie, en mettant tout notre cœur grand et loyal, ensemble avec les dépossédés et les exclus de la Terre, avec le même cœur que celui des femmes du Chiapas qui entretiennent leur ménage et sont les premières à se mettre devant l’armée pour l’empêcher d’avancer, ou ces femmes d’Afrique qui, portant la vie en elles, traversent le détroit de Gibraltar pour échapper à la misère.` Et aussi tous ces hommes et ces femmes du monde entier qui sont prêts à donner leur vie pour défendre leur dignité.
Mes amis, il est temps d’agir, de rassembler nos forces, c’est une question de dignité.

Pour la liberté !

J. M. Olaizola


Une vraie jeune fille , Catherine Breillat

Auteur du sulfureux Romance, matière à scandale à cause de la visibilité de la queue de Rocco Siffredi, ou parce que l’on pouvait se demander si les actes sexuels étaient simulés ou non.

Reste un film très pur sur une jeune fille égarée dans l’enfer de l’amour-passion (« le sexe, ce n’est rien, c’est une crainte d’enfant, l’enfer c’est l’amour » disait, non sans provocation, Clarice Lispector). Une vraie jeune fille, 1976, est à la fois le premier livre écrit par Catherine Breillat (1) et son premier film. Comme Romance, il fut objet de scandale, mais pour d’autres raisons. À peine sorti, il fut immédiatement interdit. Sa copie sommeillait donc telle Blanche-neige, le baiser du prince vint du Festival de Rotterdam qui le montrait enfin en 1999 ! Ensuite, une copie sans générique ni visa de censure était projetée. Seulement maintenant, la sortie est régulière et le nom de l’interprète de la Vraie jeune fille connue. Elle s’appelle Charlotte Alexandra. Elle se donne à toutes les fantaisies exigées par la réalisatrice.

La plume dans le cul comme la cuiller dans le sexe, qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour s’approcher du mystère-jouissance caché dans son corps de jeune fille ? Film inclassable, car film muet sur le désir de connaître enfin l’autre sexe, il est détaché de toute notion de danger, de morale ou de crainte. Sa demande n’est pas une demande d’amour, car comment pourrait-elle demander ce qu’elle ne peut connaître. C’est un film au-delà du romanesque, au-delà de la littérature rose, car elle est une vraie jeune fille, élève en quatrième qui s’ennuie en vacances, qui cherche et qui voudrait se lancer. Faute d’objet, elle tourne en rond et bute sur elle-même et ses sensations. « L’amour toujours », comme dit Snoopy en allant se coucher sur sa niche.

C’est le film le plus radical de Catherine Breillat, ne le ratez pas. Film dépassant toutes les normes de bonne conduite, film extraordinaire sur la quête de la première copulation, sans connaître le sens du mot d’ailleurs. Car comment appeler ce hoquet auquel son corps est soumis, ce flux incontrôlé des désirs.

Michelet raconte dans « La sorcière » qu’on les brûlait pour moins que ça. Cette fille va faire brûler vos yeux, aiguiser votre regard et vous faire baisser les paupières quand elle y va trop fort. Car elle est d’avant l’amour et tourne en rond dans l’enfer du désir brûlant non assouvi. Et même si vous connaissez déjà un rayon de ce qu’elle s’efforce de découvrir, en ne défendant pas son corps, ni son intégrité territoriale, ne la jugez pas.

Recevez ce film comme il a été pensé, avec sa vérité, son authenticité d’avant la première expérience. Ce n’est pas un film cochon, c’est un film au-delà de tout ce fatras de considérations morales. Le cinéma subversif, il est là.

Heike Hurst (« Fondu au Noir »-Radio libertaire)

(1) Romance. Catherine Breillat. Petite bibliothèque des Cahiers du Cinéma. 1999.
(2) Le Soupirail. Catherine Breillat.


Romans(s)

La vie de tous les jours, nos angoisses, notre souffrance, nos obsessions, c’est aussi de cela dont nous parle la littérature. « M. Kurt ne dit rien. Il est là, assis, et regarde la partie. Les quatre autres abattent leurs cartes sur la table, les as et les rois, les huit et les dix, les rouges avec les rouges et les noires avec les noires. […] M. Kurt a sa place, personne ne sait depuis quand ni pourquoi. […] À l’enterrement de M. Kurt, on apprendra tout ce qui le concerne, la cause de sa mort, son âge, son lieu de naissance, sa profession. On sera peut-être surpris. Et plus tard, car c’est inévitable, un joueur dira que M. Kurt lui manque. Mais ce n’est pas vrai, le jeu a des règles très précises. »

Peter Bichsel, écrivain suisse allemand, dans son roman, Les cartes, extrait de son recueil de romans, Le laitier, sait nous faire pénétrer dans un état intermédiaire de la sensibilité où chaque mot, chaque geste contient tout un monde de souffrance et de nostalgie. Par une suite de fictions mystérieuses, nous entrons dans un univers composé d’événements dont l’apparition et l’annulation créent l’angoisse et le silence. La forme qu’il utilise est celle du recueil où chaque récit à la densité obsédante s’impose comme autant de romans saisis dans un éclair.

Régis Jauffret poursuit cette voie dans ses derniers livres, Fragments de la vie des gens, Autobiographie. Plusieurs voix se croisent, essentiellement des voix féminines, comme si l’auteur considérait que sa nature littéraire était profondément féminine. Ces personnages, dont nous vivons des fragments de vie, sont renvoyés à leur solitude, à leur angoisse de vivre. Qu’ils soient en couple ou célibataire, le quotidien s’est installé et avec lui l’habitude ; dans cet univers la passion a depuis longtemps disparu.

« Ma vie n’a aucun but, j’avance, mais je me dirige vers rien. Mon célibat n’a pas de sens, et un mariage n’en aurait pas non plus.

Parfois en montant l’escalier, en buvant un verre, ou en étant assis devant le même plat de pâtes que la veille, je sens soudain que je suis enfermé dans ma vie comme dans une coque blindée et que je n’en sortirai que mort. Je ne peux mener que cette existence-là, aucun écart, aucune échappée n’est possible. Il en est de même pour n’importe qui d’autre sur la planète, ils vivent tous claquemurés comme moi dans des existences rigides, pareils à ces sulfures où un objet coloré est emprisonné dans un bloc de cristal. »

Ce fragment n’a pas de titre, il porte un numéro, le numéro 33. De la même façon que nous qui ne sommes que des numéros. D’aucuns pourraient dire que ces moments dont nous parlent Régis Jauffret, sont des moments de faiblesse. Et pourtant, ne savons-nous pas au fond de nous-mêmes que ces questions nous nous les posons ? La publicité nous présente une image de nous-même empreinte de force, mensonge ! Essayer de vivre n’est pas une force, c’est essayer d’arriver à la fin de la journée, à la fin de l’année, à la fin de notre vie.

La grande force de ces fragments : oser nous parler de l’inassouvissement de nos vies, oser nous présenter la Vie comme n’étant pas un synonyme du bonheur, mais plutôt une fiction malheureuse qui nous serait infligée.

Boris Beyssi

Le laitier, Peter Bichsel, Gallimard.
Fragments de la vie des gens. Autobiographie, Régis Jauffret, Verticales.


La sentinelle aux yeux baissés

Anne apprend la disparition d’une amie d’adolescence, Simone, perdue de vue depuis quinze ans, après une séparation dont on devine l’éloignement géographique et sentimental. La vie de Simone, dès le commencement on le pressent, n’est pas tout-à-fait ordinaire. Son existence s’entoure d’un halo pressant et oppressant qu’Anne, la copine d’enfance, n’arrive pas à nommer mais qu’elle ressent profondément. Anne et Simone, complices dans leurs jeux et pourtant si distantes dans leurs vies, sœurs de sexe mais aux antipodes dans leur sexualité. Leurs histoires se profilent sur fond de Seconde Guerre mondiale, d’exterminations massives, de bassesses odieuses dans une Alsace annexée au Reich et hypocritement muette sur l’existence dans la proche montagne d’un camp de concentration.

Anne ne franchira jamais le seuil de la maison où vécut Simone, sauf à l’ultime étape de sa disparition. Elle y pénètre avec une très grande appréhension car elle devine au-delà des rideaux de lin grège qui masquaient les fenêtres de la maison, l’accomplissement d’une histoire terrifiante, hideuse à laquelle la disparition de Simone est toute entière enchaînée.

Le puzzle se reconstruit au fur et à mesure qu’Anne avance dans son enquête car elle ne peut croire à la mort de Simone. Celle-ci a disparu, mais pourquoi ? En même temps qu’elle reconstruit, événement après événement le parcours de son amie, son existence propre lui paraît subitement futile et dérisoire. Simone, cette « sentinelle aux yeux baissés » veille à sa façon sur sa vie et celle de son entourage. Elle apparaît résignée, soumise et souffrante, vouée et condamnée à reproduire pour l’éternité le carcan dans lequel son sexe et sa condition sociale l’ont enfermée. Il suffira d’un plat de cèpes pour que tout bascule un bref instant, celui éphémère d’une mascarade de liberté.

C’est un beau texte, qui porte le nom de « roman » mais qui aborde des sujets graves, entre autres, comment des individus parviennent-ils à survivre à des événements tragiques de l’existence sans se renier ?

Aucun appel à la compassion, personne ne veut être consolé, la mort est une mort sans Dieu, l’individu, malgré les aberrations et les souffrances extrêmes dans lesquels il vit, peut rester maître de sa vie et surtout peut choisir librement sa mort.

Simone, qui porte le roman, malgré son enfance volée, bafouée, sa vie éparpillée et écorchée, donnera à tous une belle leçon de générosité, de lucidité et de révolte, bref une leçon de liberté.

Martine. — Liaison Bas-Rhin

La Sentinelle aux yeux baissés. Mireille Klémentz ­ Ed. L’Harmattan, mai 1999.


Seconde édition de la Journée du Chiapas à Dijon

Samedi 6 mai, à Dijon, était réitérée une journée de soutien aux peuples en lutte du Chiapas (Mexique) après le succès de celle qui l’avait précédé un an auparavant. Le groupe libertaire dijonnais, composé de la Fédération anarchiste dijonnaise, d’adhérents au Réseau no pasaran et d’individus non affiliés, organisait donc de nouveau cet événement.

La première fois, les bénéfices avaient été envoyés à une communauté autonome zapatiste qui avaient pour projet l’ouverture d’une école secondaire. Le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL) de Paris nous avait orientés sur cette piste après que nous les ayons rencontrés. Ces mêmes camarades sont donc venu nous expliquer cette année la situation actuelle de la lutte néo-zapatiste au Chiapas. Une conférence-débat était organisée l’après-midi où ont pu être exposées les difficultés auxquelles sont confrontés les insurgés chiapanèques. La guerre de basse intensité, ce concept au nom cynique élaboré dans les laboratoires du pentagone, continue de faire des ravages. Assassinats, embuscades, harcèlement permanent des populations, omniprésence militaire et paramilitaire dans toute la région du Chiapas sont les ingrédients de cette terreur d’État qui vise à saper le moral des insurgés. Pourtant, malgré cela et le non-respect par le gouvernement des accords de San Andres qui étaient censés entamer un début de dialogue avec le mouvement de révolte, le moral semble tenir du côté de la résistance indienne.

Depuis le premier janvier 1994, date à laquelle ils ont fait irruption sur la scène nationale et internationale, les zapatistes continuent de se battre pour la terre et la liberté, contre le néo-libéralisme et pour l’humanité. Ils ont été les seuls sur la scène politique mexicaine à prendre clairement parti pour les étudiants grévistes de l’université autonome de Mexico, l’UNAM, qui protestent contre la privatisation de la faculté, contre la hausses des droits d’inscription et dont le mouvement a subi une sévère répression (un millier d’emprisonnements). Ils continuent donc d’adresser leur message de solidarité au Mexique tout entier et à tous les peuples en réclamant plus que la seule libération des indiens du Chiapas mais peut-être la fin de toutes les oppressions.

La communauté d’Oventik, une des communes autonomes de la région du Chiapas, a fait un choix porteur d’espoir en entreprenant la construction d’une école secondaire dans une région où ce niveau d’éducation n’est d’habitude dispensé qu’aux populations privilégiées. Cette école « rebelle, autonome et zapatiste » semble être une bonne réponse à ceux qui n’ont que leur force (armée) à faire parler. Au-delà de la seule intention de la scolarisation pour tous, une véritable réflexion en faveur d’une école alternative est entamée. L’enseignement qui y est dispensé est bilingue : en espagnol et dans la langue indienne totzil, chose que l’on ne retrouve évidemment pas dans les écoles de l’État mexicain.

C’est donc ce projet qui sera soutenu financièrement pour la seconde fois par le biais de cette journée du Chiapas. La projection d’un film (Ya basta, le cri des sans-visage »), un repas mexicain suivi d’un concert auront fini par drainer plus de 500 personnes dans la journée. Ceci nous permettra d’envoyer environ 10 000 francs à l’école d’Oventik qui vient d’ouvrir ses portes en avril 2000, accueillant dans ses classes et son internat 140 élèves de la région du Chiapas.

Raphaël. — groupe libertaire dijonnais


Après Seattle et Washington… Bruxelles en révolte ?

Manifestons le samedi 10 juin à 16 heures

Du 9 au 11 juin, les patrons européens organisent leur premier Business European Forum à Bruxelles. Sous l’étendard de l’UNICE, ils « demandent » aux gouvernements de l’Union Européenne et à la Commission de tailler en pièces la sécurité sociale, les allocations familiales, les retraites par répartition, les services publics, les indemnités de chômage, le droit à un revenu minimum…

Ils exigent toujours plus de flexibilité, des salaires revus à la baisse pour cause de « compétitivité ». Ils organisent l’exclusion sociale et pleurnichent pour payer toujours moins d’impôts. Ils négocient avec les États, le maintien des paradis fiscaux et les conditions de la criminalité en col blanc.

L’objectif des entreprises est de tout transformer en marchandises, même ce qui est le plus essentiel à la vie. Elles organiseront ensuite la pénurie et pourront vendre ce qui était hier abondant et gratuit… avec un maximum de profits ! C’est ce que les chantres de la « nouvelle économie » appellent le progrès.

Prenez garde ! Tout ce que vous n’auriez jamais imaginé possible, la mondialisation du capitalisme vous le prépare !

Renault-Vilvorde, Bombardier-Manage, Les Forges de Clabecq, Alsthom, Total-Fina… pour ne citer que les liquidations les plus connues, sont l’illustration de cette nouvelle gestion globalisée des grandes multinationales, avec la bénédiction… des États dits « démocratiques ».

Pourtant, nous avons réussi à bloquer les négociations sur l’AMI à Paris… Pourtant, des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans la rue pour exprimer leur refus radical de ce scénario catastrophe à Seattle, à Davos, à Washington… Seule, notre détermination arrêtera la course folle de ce système économique qui tue quotidiennement des milliers d’êtres humains.

Alternative libertaire — Fédération anarchiste


Naissance d’un réseau mondial de solidarité des mères, femmes, sœurs, filles, proches de disparus

Lors du Cinquième Festival International Voix de Femmes, à Bruxelles en ce mois d’avril 2000, se sont réunies et unies des représentantes de comités de familles de disparus, des mères, épouses, filles, sœurs, proches, de disparus, parfois elles-mêmes anciennes victimes de la disparition et de la torture.

Nous, femmes du Chili, d’Argentine, du Mexique, du Maroc, de Turquie, du Liban, du Rwanda, du Kurdistan, du Sahara Occidental, de République Fédérale de Yougoslavie, de Belgique avons partagé notre souffrance, notre lutte, notre détermination.

Cet échange a renforcé cette détermination à lutter sans relâche pour la vérité, la justice, la mémoire, la paix, la liberté, contre l’oubli, contre le silence complice.

Nous lutterons désormais ensemble, unies à travers le monde par le réseau de solidarité que nous avons établi aujourd’hui. Nous soutiendrons concrètement les actions menées par chacune d’entre nous, diffuserons rapidement et largement nos informations, ferons ensemble pression sur les autorités et organismes nationaux et internationaux.

La disparition forcée, le meurtre, le génocide, la torture, la répression, la pauvreté organisée, le maintien dans l’ignorance, l’analphabétisme, sont les moyens utilisés par certains pouvoirs pour contraindre les peuples au silence et à la soumission.
Leurs moyens sont la terreur et l’oppression.
Les nôtres sont la puissance de la lutte et de la solidarité.
Ensemble, nous lutterons sans haine mais sans répit en sachant vaincre la peur.

Le cri de « Vérité, Justice, Liberté » sera désormais poussé d’une même voix aux quatre coins du monde, pour exiger :
- la libération immédiate de tous les « détenus-disparus » en vie,
- la vérité sur les crimes commis et l’identification des responsables des disparitions forcées, des tortures, des meurtres d’opposants, des génocides…
- la suppression des lois d’impunité et d’amnistie pour tous les responsables de ces crimes et leur jugement sans indulgence,
- la réparation des préjudices causés aux victimes et à leur famille
- la fin de la complicité des États dits démocratiques qui, pour des intérêts économiques, soutiennent des régimes inhumains, arment les bras qui tuent et ferment les yeux sur des pratiques indignes et sanguinaires.
- l’application réelle des lois, conventions, traités et chartes censés protéger les droits de tous les êtres humains
- la création, dans tous les lieux d’origine des victimes, d’un espace de la mémoire, public et visible de recueillement et de vigilance.
En luttant pour la vérité et la justice, nous luttons pour que tous, maintenant et demain, puissent enfin avoir le droit à une vie juste et digne.

À Bruxelles, en avril 2000 : Carmen Vivanco et Ana Rojas, « Agrupacion de familiares de detenidos desaparecidos », Chili ; Lourdes Uranga, ancienne disparue, Mexique ; Delia Bisutti ancienne disparue et épouse de disparu, Argentine ; Sanaa Bachir Elbizri, « Comité des familles de disparus », Liban ; Khadija Rouissi, « Forum marocain pour la Vérité et la Justice », Maroc ; Nadire Mater, « Mères du Samedi », Turquie ; Sdiga Settaf Charif, Secrétariat national de l’Union des femmes Sahraouies ; Rujin, « Comité des mères de la Paix », Kurdistan ; Yolande Mukagasana et Julie Mukamutali, rescapées du génocide, Rwanda ; Dusica Bursac-Babic « Samohrane Majke » (mères seules avec leurs enfants), représentante du Comité des disparus au Kosovo, République Fédérale de Yougoslavie ; Madjiguène Cissé, mouvement des sans papiers de France ; Carine Russo association « Julie et Mélissa », Belgique.

transmis par le groupe Alternative Libertaire (Bruxelles)





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