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Déserteurs de tous pays, unissez-vous !

mai 1999.

La question de l’écrasement des populations du Kosovo ne peut laisser personne indifférent. L’origine de cette nouvelle boucherie est due a une conjonction d’idées que les anarchistes combattent :

  • La notion de pureté ethnique : elle n’a aucun sens, tant l’humanité a été brassée depuis des millénaires.
  • La notion d’homogénéité culturelle : on sait tout le mal que cela fait partout dans le monde. La volonté d’hégémonie religieuse : combien de massacres au nom des religions sous toutes les latitudes.
  • La notion de territoire indivisible, prétexte a tant de guerres : les États-nations se forment généralement dans des bains de sang. Cela se passe toujours au détriment des populations, qui n’ont qu’à se soumettre.
  • La concurrence impérialiste et terroriste de ces États-nations, dans leur volonté de renforcer ou d’étendre leur zone d’influence.

La population albanaise du Kosovo souffre donc aujourd’hui de ces tares : un État, la Serbie, son chef, Milosevic et la quasi-totalité des politiciens serbes. Une religion, la religion chrétienne orthodoxe. Des territoires kosovars revendiqués au nom du nationalisme serbe et de la défense d’un patrimoine « multi-séculaire » de monastères et autres vieilles pierres, comme as le sont maintenant au nom d’un nationalisme kosovar, voire pan-albanais, créé de toutes pièces par 10 ans de domination serbe.

En fait de patrimoine, le principal qui sera légué aux générations futures qui vivront dans ces contrées, c’est celui de la terreur, des viols, des tueries, des bombardements et pour finir de l’exode. Depuis 10 ans, voire plus, existe en Serbie un processus d’oppression puis d’épuration ethnique au Kosovo, inauguré en 1989 par Milosevic. Ce qui est vrai au Kosovo, quelques cinglées après le drame bosniaque, a lieu ailleurs dans le monde (Kurdistan, Rwanda, Sierra Leone, Soudan, Mauritanie, Afghanistan, Congo et Afrique centrale, Tibet, Palestine…).

Que cela se passe partout ne doit en rien relativiser ce qui se passe au Kosovo. Mais le fait est qu’une intervention internationale a lieu au Kosovo. alors qu’elle n’a pas lieu ailleurs, et qu’elle est menée par une alliance d’États occidentaux, l’OTAN, et non ce qu’il est convenu d’appeler la « communauté internationale ».

Cela doit nécessairement poser question, comme la volonté affichée d’imposer une force d’interposition emmenée par l’OTAN et non par l’ONU.

De fait, l’action combinée des USA et des États européens, juste au lendemain de l’intégration à l’OTAN de la plupart des anciens pays du bloc de l’Est (Hongrie, Pologne…), a été interprétée par la Russie comme une agression directe de ce qui reste de sa zone d’influence dans la région, ce qui explique le soutien virulent affiché par Moscou au régime serbe. Un des derniers accès de l’impérialisme russe à la Méditerranée menace d’être coupé par l’impérialisme américain et européen. C’est à se demander si ne s’agit pas là de l’un des motifs réels des opérations militaires occidentales.

Les bombardement de l’OTAN ont eu pour effet immédiat d’accélérer le processus d’épuration ethnique et ont déclenché l’exode de centaines de milliers de personnes. ils ont renforcé le narcissisme collectif de la population serbe, ont ressoudé une grande partie de la population autour de son dictateur. Elles empêchent maintenant l’expression de toute opposition au régime militaro-fasciste de Milosevic.

Cette guerre menée par l’OTAN ne vise pas, comme on veut nous le faire croire, le régime serbe (avec lequel les occidentaux se raccommoderont sitôt la crise passée, comme ce fut le cas après la guerre de Bosnie) ni même le potentiel militaire et policier serbe.

La zone de combat s’est étendue maintenant au Montenegro, et elle menace de s’étendre dans d’autres États limitrophes. Cette crise annonce d’importantes tensions avec la Russie et menace la paix future.

Comme d’habitacle, ce seront les populations, serbes et kosovars ou autres, qui feront les frais des bombes et des massacres, tandis que politiciens et militaires s’en sortiront indemnes. Et nous ne seront jamais du côté de ces derniers mais de celui des déserteurs de tous pays.





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