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Vitrolles

La logique des urnes

Le jeudi 27 février 1997.

Les socialistes sont toujours aussi lourds. Ils ont préféré sauvegarder la très faible chance d’emporter la mairie de Vitrolles que jouer à fond la carte du front républicain qu’ils pré-tendent imposer à la droite. Le maintien de la liste PS était pourtant la quasi élection d’un maire FN. Les militants locaux qui l’ont compris, et dit, ont été de suite expulsés du parti.

Une fois de plus, la priorité de la lutte « antifasciste » n’a été qu’une illusion politicienne dans laquelle on voit, ici, la même logique de favori-ser le FN pour diviser la droite

Les règles du jeu

L’échec, à Vitrolles de cette lutte, illustre bien une donnée qui est
dure à accepter pour beaucoup. Il s’agit du principe démocratique de la délégation de pouvoir et de sa « prétention démocratique ».

Lors des réussites frontistes à Toulon, Marignane et Orange, la révolte de toutes les personnes choquées et des bien-pensantes s’était focalisée sur l’aspect minoritaire du vainqueur. Qu’un parti puisse, avec un tiers des voix et moins d’inscrits ou d’électeurs potentiels, remporter une élection municipale et gérer la vie de tous était inadmissible. C’était oublier que toutes les élections fonctionnent de cette manière. Et que la majorité des dirigeants est « minoritaire ». C’était décider que tous les partis sont égaux, sauf le FN. Ce dernier avait le droit de jouer avec les autres, s’ils se maintenait dans le rôle de faire-valoir ou d’épouvantail, au spectacle « démocratique » ; mais qu’il participe pleinement et qu’il gagne, comme les autres, des élections, alors « la démocratie est en danger ». C’est tout à fait vrai.

Doublement vrai puisque la dernière élection de Vitrolles n’est pas le résultat du vote le moins minoritaire, mais bien celui d’un vote majoritaire sans soupçons d’irrégularité ou de faille du code électoral. Un parti antidémocratique a le droit d’accéder démocratiquement au pouvoir pour appliquer son programme. Il a le droit car tous les partis l’ont et, quoi qu’on en pense, le FN est un parti comme un autre (ce n’est pas un compliment !). De même, il peut prendre le droit de s’immiscer dans les achats des bibliothèques municipales puisque, à droite comme à gauche, socialistes compris, les élus le font depuis longtemps… en toute démocratie !

La contradiction démocratique

Ce pouvoir du peuple est-il en danger ? Cela dépend de la définition du peuple. Si l’on parle du citoyen, il faut admettre qu’il n’existe que fort peu et qu’il diminuera encore, sauf pour les citoyens privilégiés. S’il s’agit de la nation, nous sommes alors déjà dans un monde totalitaire — très viable pour la plupart d’entre nous — qui risque de connaître d’autres totalitarismes plus contraignants. Le fond du problème est le principe de la délégation de pouvoir et de la dictature d’une majorité — ou d’une minorité — sur l’ensemble des citoyens.

Le principe de donner, et donc de perdre, sa voix aux élections est la base de l’illusion démocratique. L’article 27 de la Constitution, titre IV sur le parlement, qui dit « Tout mandat impératif est nul » montre bien le rôle de la politique.

Si le parlementaire ne peut se faire imposer un vote par son groupe, c’est d’une part pour sauvegarder son libre arbitre et d’autre part pour diviser le parlement, mais c’est aussi rappeler que sa nomination ne donne aucun contrôle sur lui par ses électeurs. Il représente aussi bien ceux qui ont voté (pour ou contre) et ceux qui n’ont pas ou n’ont pu voter. Un élu représente tout le monde, et non les mandats de la population, ni même d’une partie. Ce qui induit qu’à Toulon, par exemple, la municipalité représente tous les Toulonnais, y compris les étrangers.

C’est ce système qui est en cause, pas le bénéficiaire. Vouloir le nier et appeler au « sursaut démocratique » c’est s’enfoncer dans la défaite pour ces tenants. C’est continuer à nier la liberté pour tous de prendre directement son destin en main. Lénine aurait dit « vendre la corde pour se faire pendre » camarades sociaux-démocrates !

Nous préférons l’action et la gestion directe.

Claude Delattre. — groupe Humeurs noires, Lille


« Gros succès pour la fanfare de Vitrolles » dessin de Charmag




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