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Zénith

Les verts sous les feux de la rampe

Le jeudi 4 juin 1992.

L’émergence des écologistes et particulièrement des Verts dans le Nord/Pas-de-Calais ne date pas d’hier. Évidemment, le score aux régionales aux alentours de 6 à 7 %, alors qu’ils espéraient plus, est dû à la concurrence sévère de Génération écologie, qui en quelques mois a su rafler près de 5 à 6% au sein d’un électorat gagné aux idées écologistes. Mais d’un demi échec, les Verts, en assumant la présidence de la région, en ont fait un triomphe médiatique. Sans trop y croire, au début, ils ont assumé leur nouvelle promotion en se démarquant du PS.

Les Verts, depuis 1977, sous la conduite de Pierre Radane, ancien cadre de l’Agence française pour la maîtrise de l’énergie (AFME) et actuel dirigeant de l’Institut national d’évaluation des stratégies sur l’énergie et l’environnement (INESTEN), se sont présentés aux élections municipales. Leur aide fut précieuse à Pierre Mauroy pour garder la mairie de Lille. En contrepartie, les écolos négocient l’ouverture de la Maison de la Nature et de l’Environnement (MNE) dans les locaux de l’ancienne faculté de géographie. Ce lieu devint très vite le point de ralliement de toute la mouvance alternative (écolos, Ligue des droits de l’homme, féministes, antifascistes et anarchistes). Une radio, Radio Lille, émettra même en 1981, en toute illégalité. La progression des Verts sera, malgré tout, freinée aux élections législatives 1986, où ils n’atteignent pas la barre des 5 %. En 1989, cependant, leur bon score aux municipales sauvera une nouvelle fois Pierre Mauroy, et les Verts y gagnent deux adjoints et 3 conseillers municipaux. Leur alliance avec le PS n’est pourtant pas une soumission. Les Verts, sous l’impulsion de Guy Hascoët et de Dominique Planche, se sont engagés contre l’actuel quartier-centre d’affaire de Lille… un délire de béton ! Le PS doit composer avec ces écolos, intégrés mais non digérés.

L’élection de Marie-Christine Blandin à la présidence de la région parachèvera ce parcours. Mais les Verts ne risquent-ils pas d’y perdre leur combativité et leur indépendance ?

Les Verts du Nord/Pas-de-Calais, opposés en cela à la conception de Waechter, ont toujours milité pour une écologie politique pratiquant des alliances avec la gauche. Mais pourront-ils concilier leurs revendications avec la realpolitik qu’imposent l’assemblée
régionale et un allié, le PS, qui, s’il est le grand perdant, compte tout de même imposer ses points de vue ?

Les anarchistes doivent-ils se féliciter de cette nouvelle donne ? Ces dernières années, on a assisté à des luttes communes entre les libertaires et les Verts (revenu garanti égal au SMIC, lutte contre les centres de rétention, luttes de chômeurs…). Le groupe Humeurs Noires est, par ailleurs, installé à la MNE depuis sa création en 1987. Les militants écologistes ne sont donc pas des inconnus pour nous, et si les Verts attirent de nombreux opportunistes depuis leurs succès, dans l’ensemble les militants sont des gens de bonne foi et des écolos sincères.

Nous ne pouvons que nous féliciter de l’émergence des préoccupations écologistes sur le devant de la scène politique, et de la prise de conscience des électeurs sur les dangers qu’encourt la planète. Cependant, l’écologisme ne peut s’accomplir sans réelle transformation de notre société. Transformation politique mais aussi économique et sociale. Les Verts, en faisant le pari de la participation aux instances municipales et régionales, n’entérinent-ils pas un fonctionnement des institutions politiques que de nombreux électeurs rejettent ? Leur destin ne risque-t-il pas de rejoindre celui des Grùnen allemands, qui se sont intégrés au système politique, menant l’alternative à une impasse ? Il est troublant de constater que les Verts ne regroupent actuellement qu’environ 3 000 militants dans l’Hexagone. Leurs succès électoraux sont inversement proportionnels à leur nombre de militants. Lors des événements de la guerre du Golfe, les écologistes ont été incapables de rassembler des troupes conséquentes.

Les libertaires doivent s’inspirer de l’émergence du mouvement écologiste pour une critique constructive de leurs modes d’intervention. Les Verts ont su rendre attractives leurs revendications, et sont en phase avec les attentes de nombreux électeurs. Nous devons, cependant, nous méfier de toute intégration politique, qui loin de changer en profondeur notre société, ne peut que faire se perpétuer un système basé sur les inégalités sociales, politiques et économiques.

José Da Costa
(gr Humeurs Noires - Lille)





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