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Obso, l’essence du capitalisme

février 2019.

En 1901, le hangar des pompiers de Livermore (Californie) fut doté d’une ampoule électrique au bout d’un fil. L’ampoule à filament incandescent n’avait été breveté par Thomas Edison que 22 ans plus tôt.

Edison fut aussi à l’origine d’une autre invention tristement célèbre, la chaise électrique utilisant du courant alternatif, et ceci dans l’unique but de prouver que le courant alternatif – découvert par son grand rival Nikola Tesla — peut être utilisé pour tuer alors que le courant continu — développé par la « Edison Electric Light Company » — est sans risque pour ses utilisateurs…

« Nous devons faire passer l’Amérique d’une culture du besoin à une culture du désir. Il faut apprendre aux gens à vouloir un nouvel objet avant que l’ancien n’ait fait son temps »

Revenons à notre ampoule de Livermore : depuis 1901, date de sa mise en service, elle est allumée sans discontinuer hormis quelques arrêts dus à des pannes d’alimentation. Son secret : « l’ampoule est restée vivante toutes ces années car ceux qui l’ont fabriquée lui ont donné une étanchéité parfaite, empêchant l’air d’entrer dans l’ampoule et de désintégrer le filament de carbone. L’ampoule opère donc dans le vide et ne chauffe pas. Voilà le secret » dixit Tom Bramell, le pompier à la retraite qui veille sur la célébrité de la caserne.

N’étant ni californien ni pompier à la retraite, je n’ai pu qu’observer des ampoules à incandescence tristement « mortelles », pourquoi ?

L’ampoule de tous les records a donc un filament de carbone de la même épaisseur que les filaments de tungstène des ampoules « périssables » qui lui succédèrent. Du dépôt du brevet jusqu’au milieu des années 20, les fabricants devaient répondre à un besoin : doter le plus de foyers possibles de l’éclairage électrique. Gros marché, gros profits…

1924, les ampoules très résistantes éclairent maintenant la quasi-totalité des clients potentiels, comment relancer la production ? En baissant la qualité des ampoules…
Le 23 décembre, les représentants hollandais de Philips, leurs homologues français de la Compagnie des Lampes, allemands de Osram, étasuniens de General Electric se rencontrent en Suisse, fondent le cartel Phoebus pour ce que l’on pourrait considérer comme le premier complot économique mondial de l’histoire : comme la grande durée de vie des ampoules menaçaient le chiffre d’affaire de ces requins, ils décidèrent de la réduire de moitié donc de ne plus réfléchir à l’amélioration de leurs produits mais à leur dégradation. Exit le carbone, bonjour le tungstène. On peut donc dire que le cartel Phoebus venait de lancer l’obsolescence programmée.

Il va de soi que cette naissance fut saluée, applaudie par les principaux économistes du monde capitaliste. Paul Mazur, un partenaire de Lehman Brothers, a même qualifié l’obsolescence programmée de « nouveau dieu » des affaires étasuniennes. Il avait alors écrit : « Nous devons faire passer l’Amérique d’une culture du besoin à une culture du désir. Il faut apprendre aux gens à vouloir un nouvel objet avant que l’ancien n’ait fait son temps. »

On appela ce « nouveau dieu » à la rescousse – in gold we trust ! – pour lutter contre la Grande dépression. Étonnamment, ce modèle ne s’est pas arrêté avec la fin de la dépression mais est devenu la base de toute l’économie de marché moderne…

« Il faut apprendre aux gens à vouloir un nouvel objet » … sinon ils devront se passer du travail procuré par la réalisation de ce nouvel objet. Vaste chantage : « Si tu n’achètes pas cet objet que tu as fabriqué en laissant une bonne partie de ta sueur se transformer en dividendes alors traverse la rue et va pointer au chômage. » L’obsolescence programmée a donc encore de beaux jours devant elle.

Même si une loi, la Loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte lui déclare la guerre :
« I. L’obsolescence programmée se définit par l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement.
II. L’obsolescence programmée est punie d’une peine de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende.
III. Le montant de l’amende peut être porté, de manière proportionnée aux avantages tirés du manquement, à 5 % du chiffre d’affaires moyen annuel, calculé sur les trois derniers chiffres d’affaires annuels connus à la date des faits.
 »

Même si des grandes marques – Apple, Samsung, Canon, Espon… --- sont attaquées en justice par des associations de consommateurs.

Il restera dans la tête de qui travaille pour « gagner sa vie » dans cette société capitaliste que sans obsolescence moins de production, moins de production moins de travail, moins de travail…

Il reste bien une solution ou plutôt la solution : l’obsolescence programmée à très court terme de cette société capitaliste et de sa drogue dure qu’est le salariat...

Bernard


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