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La Bataille de la Sécu n’aura pas lieu

Le jeudi 27 mai 2004.

Pas tout de suite, en tout cas. Douste Bla Bla, devant l’état lamentable de la majorité et la perspective des européennes, botte en touche. Son plan de bric et de broc n’économisera que 3 milliards d’euros par an. Comparés aux 32 milliards de déficits cumulés, plus 12 à 15 milliards par an jusqu’en 2007, le compte n’y est pas.

Mais comme le suggérait un ambassadeur à Napoléon : « Il est urgent de ne rien faire. » Voire, refiler le bébé à la gauche en cas d’alternance. Mais, au moins, attendre des temps plus favorables. La droite n’a pas du tout envie, dans l’état où elle est, de renouveler l’expérience de la réforme des retraites et de ses cortèges de manifestants.

Pour les libéraux, laisser la Sécu s’enfoncer un peu plus dans son lent naufrage ne peut que ramollir l’échine des assurés sociaux et des syndicats. Encore quelques années à ce rythme, et la libéralisation de la santé sera inéluctable.

Mais si les mesures de redressement financier sont emplâtre sur jambe de bois, la stratégie de Douste Bla Bla, marionnette de Chirac et des libéraux, est de modifier la structure de la Sécurité sociale. Il n’est pas anodin que le Medef se déclare satisfait des orientations prises et décide de réintégrer les instances dirigeantes de la Sécu. Malgré leur protestations au sujet des hausses des contributions des entreprises (de 0,13 % à 0,16 %), les patrons se réjouissent de l’étatisation programmée de l’assurance-maladie.

En effet, les caisses d’assurance-maladie seront dotées de conseils d’orientation dont les directeurs seront nommés en conseil des ministres, et qui auront le pouvoir de désigner les directeurs des caisses primaires1. Les syndicats, et donc les usagers qu’ils représentent (souvent fort mal), seront donc écartés de la gestion de la Sécu (malgré un droit d’opposition facilement négociable en échange de contreparties).

C’est donc l’intérêt de l’État qui est privilégié contre celui des usagers. Et tout le monde sait que l’État (c’est-à-dire les politicards courant après le financement de leur élection) est très sensible au poids des lobbies économiques. En l’occurrence, le lobby des laboratoires pharmaceutiques, dont la prospérité est liée à l’existence d’un système d’assurance privé ou public qu’ils peuvent mettre à profit pour assurer leurs bénéfices colossaux2. Avec 15 % de rendement du capital (dividendes et plus-value des actions) l’industrie pharmaceutique est le secteur le plus rentable du capitalisme international : « Dans notre économie libérale, un médicament est un produit qui doit permettre à l’industrie de gagner de l’argent, le souci de santé publique ne vient qu’après. » 3 C’est pourquoi les compagnies pharmaceutiques ne s’intéressent pas au tiers-monde, et laissent crever l’Afrique. Que leurs recherches sont orientées vers les pathologies des habitants des pays riches et qu’elles délaissent des domaines comme le paludisme ou la lèpre, qui n’affectent que des gens insolvables. Le cynisme des laboratoires n’a d’égal que leurs bénéfices. Les lois sur les brevets leur assurent une rente de situation. Et quand un médicament tombe dans le domaine public et peut donc être vendu moins cher en temps que générique, ils ont déjà prévu son remplaçant, sans réelle amélioration thérapeutique, et l’imposent sur le marché grâce à leurs 40 000 visiteurs médicaux faisant le siège des médecins et offrant week-end exotiques ou séjour à la neige en guise d’argument.

Mais ce gros gâteau intéresse au plus haut point les compagnies d’assurance. C’est pourquoi la stratégie des patrons est d’écarter les usagers de la gestion de la santé.

Mais qu’est-ce que nous voulons ?

La santé est le service public par excellence, qui devrait écarter toutes considérations mercantiles. La justification des bénéfices comme condition du financement de la recherche est un mensonge éhonté. Les labos n’inventent plus de nouvelles molécules depuis vingt-cinq ans, et la recherche est largement financée par l’État. Même aux États-Unis, patrie du capitalisme, le gouvernement a injecté 30 milliards de dollars dans la recherche. Les avancées thérapeutiques sont très souvent le fait de la recherche publique.

Une médecine mercantile ne peut s’adresser qu’aux personnes solvables. C’est une médecine pour privilégiés, contraire à l’intérêt de la collectivité. L’appât du gain aveugle tellement les capitalistes qu’ils ne réalisent pas qu’ils ont besoin d’ouvriers en bonne santé. Le gouvernement vient d’ailleurs de faire passer la fréquence de la visite médicale du travail à deux ans et réduit la prévention en milieu scolaire.

Face à cette politique néfaste à la santé publique, nous devons nous mobiliser pour imposer le contrôle de l’organisation de la santé publique par les usagers, et dénoncer toute marchandisation de la médecine. Il nous faut promouvoir un vrai service public, gratuit pour toutes et tous. Sans profits commerciaux, cela ne nous coûtera pas plus cher.

Daniel


1. Le Monde, 20 mai 2004.

2. P. Pignare, Comment sauver (vraiment) la Sécu, éditons de La Découverte.

3. B. Toussaint, rédacteur en chef de la revue Prescrire, dans Le Nouvel Observateur, 24 juillet 2003.





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