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Un Dimanche en campagne

Le jeudi 5 juin 1997.

Un chapelet de politiciens cravatés de frais, joviaux jusqu’à la caricature arpentent un petit marché de la banlieue parisienne. Ils distribuent un tract électoral dans la bonne humeur avec à la clef, la promesse du changement juste après les élections. Le bonheur est toujours dans l’après. Ils sont tous bien gentils, ils prennent de nos nouvelles, comme des vieux poteaux qu’on a pas vu depuis quatre ans. La p’tite dame, elle va bien ? Le p’tit dernier ça marche à l’école ? Mais que voulez-vous le banlieusard est ingrat, c’est là son moindre défaut. Il ramasse négligemment son tract, le range nerveusement au fond de son cabat puis disparaît sans demander son reste. Tous ces apprentis députés ont dû sûrement égaré l’adresse de ce coin de banlieue depuis quatre ans. Certes, la symbiose entre le peuple et ses représentants est telle qu’il n’est plus besoin au candidat moyen de présenter un quelconque programme. Ce qui, convenons en, tombe plutôt bien tant l’idée en politique est une denrée qui se fait rare. Ami banlieusard, au lieu de ressasser la sempiternelle litanie du chômage et de la précarité, réalise combien tu as été gâté ces dernières années. Fini les stages parking précaires, on a inventé le vrai boulot précaire qui dure. Des entreprises qui délocalisent, des industries qui ferment ont été avantageusement remplacées par de nouvelles zones franches. Pour enrayer le trop plein d’animation des cités dortoirs sont apparus les animateurs sociaux dans les quartiers.

Un lundi en banlieue

Une petite école maternelle de banlieue parisienne transformée pour l’occasion en bureau de vote n’aura rassemblé que 60 % des électeurs. Les abstentionnistes auront pourtant été fiévreusement courtisés pour sauver la majorité parlementaire, le pouvoir, l’avenir ou la France. Lundi c’en sera fini de la citoyenneté. Exit les acteurs de la ville, les inventeurs du futur. Notre destin sera une fois de plus élaboré dans les palais de la République. Nous serons administrés, régis, encadrés, policés. Le peuple se sera empressé de se démettre de sa souveraineté. Le roi d’un jour aura une fois encore abdiqué sans trop de grogne. Face à cela, toute initiative d’organisation dans les quartiers allant dans le sens de l’égalité, de l’émancipation et de la solidarité sera bien plus importante que deux tours de scrutin. Ces initiatives foisonnent en banlieue. Encore faudra-t-il s’entendre sur les notions d’égalité, de liberté et de fraternité. Pour les anarchistes, il ne saurait s’agir d’un simple slogan juridique démenti par le fonctionnement de la société, mais d’en assurer le fondement social dans la pratique quotidienne. Il serait temps que les éternels cocus des élections s’organisent pour rendre leurs affaires en mains. Et il y a plutôt urgence.

Bruno
groupe de la Villette (Paris)


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