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Poésie

« La Digue », Ludovic Degroote, éditions Unes

Le jeudi 25 janvier 1996.

Depuis que la poésie se sait inadmissible, elle ne cesse d’interroger le processus qui la génère. Si le poète n’est plus l’aède qui chante la beauté, il faut bien qu’il devienne l’horrible travailleur que vit Rimbaud. Degroote, dans un premier livre réussi, scelle un pacte avec la tribu des penseurs libres. L’incertain chemin qui va vers l’infini, La Digue, est en effet une longue médiation d’esprit nordique. Le cadre, la mer et les longues plages du Nord sont rarement évoqués, mais les mots portent en eux solitude et brumes. On voit, on avance près d’une ombre transparente, une ombre froide et placide dont la durée tient aux pensées, au silence qui se creuse au-delà. Une absence infiniment plus grande que l’homme, un vide partout présent exige que se découvre une mesure et que cette mesure remette en jeu sa justification. La liberté plutôt qu’un droit est un usage. Il s’agit de créer les conditions d’un geste qui soit aussi une pensée. Chacun, écrit Degroote, « fait la digue avec ce qu’il est… au bord du vertige, à côté du monde troué qui commence… on continue. » La poésie qui s’installe à la frontière du grand silence n’a d’écho qu’un corps, n’a de résonance que pensée. Et puisqu’aucun homme ne naît libre sans perdre aussitôt sa liberté, il doit réinventer son pas. Ce pas trouve sa mesure dans la fréquentation d’une absence dont le poème est l’illumination.

CLAUDE MARGAT





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