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Journée d’action ou dos rond ?

Le jeudi 10 avril 2003.

La journée d’action syndicale du 3 avril sur les retraites a été un succès. Des centaines de milliers de personnes dans les rues de toutes les grandes villes, Paris et Marseille en particulier, une grève assez bien suivie dans la fonction publique… Mais les autres, les millions de travailleurs qui ne sont pas fonctionnaires, on ne les a pas beaucoup entendus.

Force est de remarquer que, sur le sujet des retraites, les confédérations semblent plus défendre les régimes particuliers que le régime général. Même la revendication — par ailleurs légitime — de Force ouvrière, le retour aux 37,5 annuités pour tous, apparaît plus comme une manœuvre destinée à protéger la fonction publique que comme un slogan mobilisateur pour le privé.

Et c’est, somme toute, normal : il y a belle lurette que les salariés du secteur privé ne se sont pas battus collectivement. La grande idée de grève générale a été galvaudée, assimilée à des journées d’action ponctuelles sans aucun résultat, généralement peu avant les élections professionnelles. La gauche parlementariste a démantelé les bastions ouvriers. Les rares conflits prennent l’allure de combats désespérés d’arrière garde. On ne se syndique plus, on ne fait pas de politique. Profil bas, et pourvu que le coup tombe sur le voisin.

Mais le patron, lui, de la politique il en fait. Et pour commencer, il a réussi à nous convaincre que nous n’existons pas. Oui, oui ! La classe ouvrière a disparu, corps et bien. Qui produit ? Qui rend disponible ce qui est produit ? Les tauliers peut-être ? Bien sûr que non. Savez-vous quels sont les deux groupes sociaux majoritaires, et de loin, dans la population active en France ? Les ouvriers et les employés. Et qui est-ce qu’on entend le moins ? Vous m’avez compris. La vraie force des patrons, elle est là. Comme de tout petits cornacs sur de très gros éléphants, ils tiennent sur notre dos parce qu’on n’imagine pas le monde sans eux.

C’est une priorité : le monde prolétaire doit se réorganiser — avec ou sans les confédérations. Se réorganiser et passer à l’offensive. C’est des efforts, c’est des difficultés, c’est des conflits, mais c’est le seul chemin vers l’émancipation. Cinq cent mille manifestants défendant leur statut, c’est bien. Mais huit ou dix millions de grévistes défendant leur bifteck, c’est mieux. Ce n’est pas tout de rêver et de se préparer à un nouveau 1995. Parce qu’en 1995, la grande majorité des travailleurs, ceux qui ont fait la fameuse « grève par procuration », celle qui consistait à marcher sans rouscagner contre les grévistes pour aller, soi-même, bosser, se sont fait avoir. Les 40 ans de cotisation, on les a eus, malgré notre pédestre héroïsme.

Max Lhourson





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