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Le Post-fascisme est-il soluble dans la démocratie blindée ?

Le jeudi 18 décembre 1997.

Autour de la brochure Du fascisme au post-fascisme : mythes et réalités de la menace fasciste, éléments d’analyse et propositions d’action (1997, 62 p., éditions du Monde libertaire)



La résurgence du fascisme apparaît comme une véritable crise de civilisation à l’aube du XXIe siècle. Pourtant, il faut souligner que deux des trois principales puissances de la Triade industrielle, les États-Unis et le Japon, ne sont pas touchées explicitement par ce phénomène qui, dans son expression politique spécifique, reste cantonné à des groupuscules ou à des sphères d’influence dans l’orbite des grands partis conservateurs. C’est la « vieille » Europe, au demeurant le berceau historique du fascisme et du national-socialisme, qui est concernée. Dans la mesure où toute analyse qui ne se situe pas dans le cadre de la mondialisation du capital et des États serait vouée à l’échec, on peut donc s’interroger sur ce que cela signifie. La résurgence du fascisme en Europe est-elle une exception passéiste, un résidu, inquiétant certes mais sans perspective profonde, ou bien, au contraire, la préfiguration de ce qui pourrait arriver partout ailleurs, à l’instar de ce qui s’est passé dans les années trente et quarante lorsque fascisme brun et fascisme rouge ont gagné la quasi totalité du monde ?

La recomposition du bloc soviétique et la disparition officielle du prétendu communisme, à l’exception mineure de Cuba ou de la Corée du Nord, et à l’exception majeure de la Chine qui a consacré le nationalisme révolutionnaire comme moyen de sortir du sous-développement, ont offert au fascisme européen une chance de quitter le ghetto où sa faillite et la victoire alliée en 1945 l’avaient confiné. Cette conjonction confirme bien la nécessité de garder une analyse mondiale des événements. Ne la perdons pas de vue en examinant la situation de l’Italie et de la France, deux pays importants où le fascisme arrive aux portes du pouvoir central. Certes la montée du fascisme dans d’autres pays européens comme la Belgique, l’Autriche, la Norvège ou la Grèce, n’est pas négligeable, mais, à moins de brusques changements, elle semble encore loin du pouvoir. En Allemagne, où le national-socialisme est constitutionnellement et juridiquement banni, l’agitation xénophobe et raciste profite à d’autres forces politiques et joue son rôle de sub-culture réactionnaire parfaitement digérable par le système en place.

Ne pas exagérer la percée du F.N.

En France, le lepénisme se structure sur le plan interne et organique : formation des cadres, création d’une bureaucratie lepéniste dans les municipalités F.N…. Les stratégies sont différentes suivant les endroits mais elles ne sont pas antagoniques : une ligne dure à Orange, Marignane et Vitrolles, où le F.N. a gagné grâce au bilan désastreux de la gauche, une ligne plus souple à Toulon, où le maire, qui provient des rangs de l’U.D.F., a bénéficié de l’effondrement du système politico-mafieux de la droite classique, voire à Nice, où le maire néo-R.P.R. est un ancien bras droit de Le Pen. Le F.N. tente également de progresser sur le terrain social, mais, compte tenu de la résistance des forces de gauche et des ambiguïtés de son propre programme socio-économique (libéralisme ou non ? Que signifie lutter contre l’exclusion pour le F.N. ?), il ne perce guère : échec aux élections prudhomales, échec ou stagnation de syndicats pilotes… Les prochaines élections politiques (régionales ou cantonales au printemps 1998) vont nous montrer si le F.N. a atteint son seuil maximum ou s’il est capable de progresser.

À cet égard, il faudra se garder des commentaires propagés un peu partout qui ne cessent de gloser sur l’ascension constante - et par conséquent présumée irrésistible - du F.N. dans les urnes alors que celui-ci peut stagner ou reculer (comme dans la région parisienne). Après tout, avec ses 4,5 millions de voix au présidentielles de 1995 en France métropolitaine, Le Pen n’obtient qu’un gain de 169 299 voix par rapport à son maximum antérieur des présidentielles de 1988, ce qui représente seulement… 0,4 % des inscrits [1]. Deux ans après, aux législatives de 1997, le F.N. régresse avec ses 3,7 millions de voix mais cela n’empêche pas les médias de mettre en exergue « la progression du F.N. », à l’image du journal Le Monde (numéro du 27 mai 1997) [2].

Il va sans dire que cette exagération du vote F.N. profite aux divers protagonistes du jeu politicien : à l’extrême droite, bien sûr, à la droite, qui espère bénéficier de cette dynamique, mais aussi à la gauche qui, compte tenu du bilan catastrophique légué par le mitterrandisme, compte plus que jamais sur le sursaut antifasciste de son électorat pour se faire élire, quitte à surestimer le danger lepéniste. Cette manipulation est d’autant plus pernicieuse qu’elle cherche non seulement à culpabiliser ceux qui refusent de cautionner l’électoralisme antifasciste mais, aussi et surtout, à alimenter la progression du fascisme qu’elle dénonce. C’est un peu comme le double jeu de la gauche en 1982-1984 qui a donné la parole à Le Pen dans les médias publics et qui lui a aussi donné des députés en instaurant la proportionnelle (une saloperie qu’il ne faudra jamais oublier), avec pour objectif à peine masqué de diviser la droite classique.

Du néo-fascisme au post-fascisme en Italie

En Italie, le processus est beaucoup plus avancé. Le M.S.I. (Mouvement social italien, Movimento Sociale Italiano), créé en décembre 1946 par les héritiers de Mussolini, s’est transformé en Alliance nationale (A.N., Alleanza nazionale) en janvier 1994. Depuis des années, les néo-fascistes avaient tenté, sous la houlette du leader Giorgio Almirante, d’intégrer le jeu démocratique. Ils avaient failli réussir, à la suite de quelques succès électoraux, si la Démocratie chrétienne ne s’y était opposée pour des raisons conjoncturelles (stratégie de la tension durant les années de plomb) et pratiques (maintien de son système clientéliste). Mais à partir du moment où le système pivotant autour de la DC se désintégra (opération « Mains propres ») et que, simultanément, le Parti communiste italien lui-même se relifta, à la suite de la recomposition soviétique et de la décomposition du Parti socialiste italien (création du P.D.S. et de Refondation communiste), l’ouverture devint possible.

Pour les fascistes italiens, le grand jour arriva lorsque Silvio Berlusconi déclara, le 23 novembre 1993, lors de l’élection qui opposait le Vert Francesco Rutelli au M.S.I. Gianfranco Fini pour la mairie de Rome, qu’il voterait pour Fini s’il habitait Rome. Dans sa conquête du pouvoir, le leader de la nouvelle mais fragile organisation Forza Italia avait en effet besoin du M.S.I. pour contrer la non moins nouvelle Ligue du Nord qui chassait sur les mêmes terres que lui : au sens propre (l’Italie du Nord, fief de la Ligue comme de la Fininvest de Berlusconi) et au sens figuré (les idées), mais en plus radical : anti-fiscalisme poujadisme, néo-fédéralisme, néo-libéralisme, nouvelles couches urbaines de l’« Italie qui réussit ». Les fascistes du M.S.I. ont compris le message et ont parfaitement joué le jeu : sous la houlette du nouveau secrétaire Gianfranco Fini, ils se transforment donc en Alliance nationale. Au total, l’opération est largement réussie : Berlusconi fait entrer l’A.N. au gouvernement tandis que la Ligue subit en mars 1994 un recul électoral en Italie du Nord, là même où Forza Italia progresse (Piémont, Lombardie), pour se replier sur son bastion historique (l’avant-pays alpin, Varèse, Bergame, Vérone, la Vénétie, le Frioul). L’Alliance nationale post-fasciste enregistre à cette occasion ses meilleures scores électoraux : 13,5 % des suffrages exprimés à l’échelon national, soit 109 députés, avec des pointes de 24,7 % à Rimini, 22,2 % à Rome, 21,2 % à Bari, tout en restant très faible là où domine la Ligue.

La victoire de la coalition de gauche l’Olivier aux élections d’avril 1996 semble mettre un terme à ce schéma. Malgré tout, les post-fascistes progressent. L’A.N. obtient 15,7 % des voix, avec 93 députés et 43 sénateurs, confirmant son enracinement au centre (22,2 %) et au sud (19,2 %) de la péninsule, et sa relative faiblesse au nord (11 %). Comme le souligne le rapport 97 du C.R.I.D.A., la défaite d’avril « pose en grand la question du leadership à droite : Berlusconi ou Fini. La recomposition des droites est en marche » [3].

En attendant la suite des opérations, il n’est pas inutile de s’interroger sur la nature de la mutation du néo-fascisme italien en post-fascisme. Certains observateurs mettent l’accent sur l’évolution des comportements [4], d’autres sur la continuité idéologique [5]. En tout état de cause, la filiation avec le fascisme historique demeure. Outre les faits relevés dans la récente brochure des éditions du Monde libertaire, on peut souligner la position de Fini qui déclare au congrès de 1994 qu’il s’oppose toujours au « système de valeurs et de vie du monde occidental » (démocrato-libéral en politique, capitaliste en économie, laïc et matérialiste sur le plan spirituel) et qu’il veut extraire du fascisme « les intuitions encore valides aujourd’hui et actuelles ». Sachant que, lors de son investiture au congrès M.S.I. de 1987, il s’était prononcé pour « un fascisme de l’an 2000 [parce que] ses valeurs sont éternelles, non modifiables et non historicisables », on comprend que l’extraction de ces valeurs-là sera quasi totale et bien fasciste [6].

Le post-fascisme traduit également une géopolitique interne, particulière à l’Italie, qui se situe à deux niveaux :
- Il défend l’unité italienne en s’opposant aux tendances fédéralistes ou sécessionnistes incarnées par la Ligue du Nord. C’est d’ailleurs conforme à sa tradition historique, Mussolini déclarant au congrès fasciste de 1921 : « c’est la volonté du fascisme qu’il n’y ait plus de Vénitiens, de Romagnols, de Toscans, de Siciliens et de Sardes à l’intérieur de ses frontières, mais des Italiens, seulement des Italiens. C’est pourquoi le fascisme s’opposera à toute tentative séparatiste ; et si les autonomies qui se déclarent à présent devaient nous conduire au séparatisme, nous aurions le devoir de nous y opposer. Nous sommes en faveur d’une décentralisation administrative, et non de la division de l’Italie [7] » ; de fait, le fascisme est électoralement bien implanté là où l’« italianité » semble menacée, comme dans la ville de Bolzano (Trentin-Haut-Adige) qui est entourée par un monde rural germanophone [8].
- Et, dans la foulée, le fascisme symbolise une certaine forme de redistribution socio-économique incarnée par l’État central unitaire ; cela explique son succès auprès de certaines couches urbaines fragilisées et, surtout, dans le Mezzogiorno où, contrairement au fascisme historique né dans la plaine du Pô, il a constitué un nouveau bastion dans l’après-guerre, comme dans les Pouilles qui vont fournir deux des cinq ministres A.N. au sein du gouvernement Berlusconi » »Gorgoni Raffaele (1995) : « Les Pouilles : un postfascisme à la croisée des chemins ». in À quoi sert l’Italie ? Korinman M. et Caracciolo L. éd., La Découverte/Limes, 260 p., p. 100-105. La faiblesse du néo-fascisme dans le Nord de l’Italie s’explique par le lourd héritage des deux annnées de guerre civile sous la République sociale italienne, dite de Salo (1943-1945), par le rôle historique d’une résistance unitaire et par la structure rurale des métayers opposés au grands propriétaires fonciers fascistes. Ces éléments ont favorisé l’émergence d’un bastion de gauche dans le sud de la plaine padane. Inversement, le fascisme a laissé des souvenirs moins vivaces dans le Midi.]].

De la même façon qu’il a aidé Berlusconi à contrer tactiquement l’avancée électorale de la Ligue du Nord, le post-fascisme permet de contrebalancer, structurellement et stratégiquement, les sécessionnismes et les régionalismes qui menacent l’intégrité ainsi que la puissance de l’État italien. Tous les compromis sont à cet égard possibles, comme en témoigne la rencontre entre les délégations de la Ligue et de l’Alliance nationale, le 9 avril 1994, qui aboutit à une mise en veilleuse du fédéralisme chez la Ligue, laquelle renonce à son principe de double souveraineté de l’État et de la macro-région [9]. Cette reculade va d’ailleurs conduire Gianfranco Miglio à rompre avec Umberto Bossi et la Ligue dont il était le théoricien [10].

La fascisation de la démocratie va de pair avec la démocratisation du fascisme

Le fascisme italien se distingue du point de vue géopolitique interne du fascisme français. Celui-ci reposait davantage, dans le passé, sur le régionalisme. Actuellement, ce phénomène est plus discutable et moins perceptible. Car, à l’exception de l’Alsace, l’implantation politico-électorale du F.N. ne recouvre pas les grandes lignes de fond des régionalismes hexagonaux. Sa puissance autour du littoral méditerrannéen s’explique largement par l’héritage spécifique de l’O.A.S. et des pieds noirs et par leur confrontation avec une importante immigration nord-africaine.

De façon parallèle, le virage social-démocrate des Verts français, grâce au triomphe de la tendance Voynet sur la tendance Waechter, semble reléguer aux calendes toute hypothèse d’un écofascisme régionalisant, via le développement d’une deep ecology, cette mouture contemporaine du naturalisme intégriste qui, quoi que certains refusent de le voir, constitue l’une des bases idéologiques du fascisme et du national-socialisme historiques [11].

Le F.N. n’a donc qu’un rôle mineur dans les recompositions territoriales de la France au sein de la subsidiarité européenne, contrairement à l’A.N. italienne. De ce point de vue, il est, pour l’instant, bien moins utile à la bourgeoisie et à la technobureaucratie étatique françaises, et, nonobstant les autres dimensions, on peut se demander si cette différence n’a pas été déterminante dans l’échec de l’un et le succès de l’autre pour la course vers le pouvoir.

Que l’on ne s’y trompe pas en effet. Le triomphe fasciste ne dépend pas seulement des fascistes eux-mêmes. Il est lié au ralliement plus ou moins gradué et plus ou moins fort des partis politiques en place, à commencer par la droite conservatrice, comme l’a montré le passé du mussolinisme ou de l’hitlérisme, et comme le confirme la stratégie berlusconienne. Il dépend également de l’évolution du système capitaliste et libéral-démocrate lui-même. Or que constate-t-on à ce sujet, sinon un renforcement, partout en Europe, des législations xénophobes et anti-immigrés qui constituent le fond de commerce électoral des fascistes ?

Les fascistes italiens semblent constituer, il est vrai, une exception sur ce plan car leur discours était beaucoup moins xénophobe qu’ailleurs. De fait, la politique d’immigration italienne est encore l’une des moins féroces. La tendance incarnée par Pino Rauti, prédécesseur de Fini à la tête du M.S.I., reposait même sur des positions national-révolutionnaires, tiers-mondistes et officiellement antiracistes, mais elle a été écartée. Pino Rauti, qui s’est opposé à la mutation en A.N., a maintenu un M.S.I., dit M.S.I.-F.T. (Flamme tricolore). Cela dit, les activistes de la base, proches de Rauti ou des skinheads, mettent la pression dans la rue par des violences racistes. Ce double jeu entre A.N.-Fini, vitrine respectable et démocratique, et M.S.I.-F.T.-Rauti, mouvementiste activiste radical, est d’ailleurs l’un des classiques du fascisme historique.

Partout en Europe la xénophobie et le racisme d’État triomphent donc, avalisés ou gérés par la droite classique (Allemagne, Espagne) et par la gauche (France, Belgique, Suède…). Cela ne s’explique pas seulement par une tactique purement électoraliste, démagogique et bassement politicienne, visant à brosser le citoyen dans le sens du poil réactionnaire et frileux à l’heure où le chômage fait des ravages. Il y a aussi, tout simplement et ne l’oublions pas, une stratégie socio-économique profonde qui s’appuie sur ce formidable volant de main d’œuvre, taillable, corvéable à merci, faisant pression à la baisse sur les salaires et permettant de diviser un peu plus une classe ouvrière déjà bien désunie, que représentent les immigrés, et notamment les clandestins, quelles que soient leur origine ou leur religion. Les sans-papiers africains ou turcs sont devenus les juifs de l’Europe du XXIe siècle, ballotés d’un pays à l’autre, désignés comme bouc-émissaires, abusés par les humanistes qui prétendent les défendre, enfermés dans des camps de transit ou de rétention qui, pour ne pas être des camps d’extermination, n’en sont pas moins des signes de honte pour l’humanité.

Il est frappant de constater que l’argumentaire qui servait à justifier la discrimination anti-juive dans les années 30 et 40 repose sur les mêmes bases : la crainte de l’étranger, la stigmatisation de l’errant. Dans ce prodigieux film consacré à Vichy, L’Hôtel du Parc [12], on entendait Xavier Vallat, commissaire aux Affaires juives de Vichy, dire qu’il n’avait rien contre les juifs français mais qu’il en voulait aux juifs étrangers parce qu’ils étaient étrangers, qu’il y en avait trop, et qu’ils étaient incontrôlables. Il utilisait des termes pratiquement identiques à ceux du F.N. ou des dirigeants gouvernementaux actuels. On voyait également l’ex-ministre de la justice, Raphaèl Allibert, responsable du premier statut de Vichy sur les Juifs, rappeler, non sans cynisme mais avec une cruelle vérité, que, pour cela, il n’avait fait que s’appuyer sur une loi de 1938 contre les étrangers, loi entérinée, faut-il le rappeler, par le parlement issu du Front populaire.

Le problème, il est là, bien là, et pas ailleurs. La fascisation de la démocratie va de pair avec la démocratisation du fascisme. Face à l’ignoble revendication de la « préférence nationale » avancée par les fascistes, il n’y a pas trente-six alternatives, ni de demi-mesures ou atermoiements possibles, comme essaient de les imaginer les tenants de la gauche plurielle en France : c’est la « préférence humaine » qu’il faut avancer, dans tous ses domaines, tous ses aspects. C’est l’idée même de « nationalité », qui conduit tout droit au « nationalisme », qu’il faut radicalement critiquer et contester. Tergiverser sur cette question, c’est donner du grain à moudre aux fascistes qui sont malheureusement plus cohérents que les pleutres de la démocratie libérale.

Philippe Pelletier — groupe Nestor Makhno (Saint-Etienne)


La brochure Du fascisme au post-fascisme est en vente à la librairie du Monde libertaire. 20 FF.


[1Il ne faut jamais oublier de prendre en compte l’abstention (près de 12 millions de personnes aux législatives de 1997), le vote blanc ou nul (plus de 1,2 million de suffrages) et la non inscription sur les listes électorales (environ 3 millions de personnes). En additionnant ces trois critères, on obtient un total de plus de 16 millions de personnes réfractaires aux partis en place… à comparer aux 3,7 millions de voix obtenues par le F.N. au même moment ! Il faut également considérer les votes en valeur absolue - le nombre de voix - et pas seulement en valeur relative, les pourcentages pouvant conduire à des interprétations hâtives, distordues et fausses d’une élection à l’autre (un même nombre de voix n’a pas la même signification si l’abstention est forte ou si un autre parti se mobilise). Mais ces considérations ne peuvent qu’ébrécher les prétentions du consensus démocratique, et on comprend qu’elles passent généralement à la trappe.

[2On pourrait rétorquer que les médias comparent avec les résultats des précédentes législatives de 1993, car il convient de comparer des élections de même type uniquement. Mais en 1993 le F.N. obtenait à peu près la même chose, avec 3,1 millions de voix et, surtout, il a cette particularité, contrairement à d’autres partis, de disposer d’un électorat stable, avec des noyaux durs importants, ce qui autorise les comparaisons d’un scrutin à l’autre comme le confirment les diverses études de détail.

[3C.R.I.D.A. (Centre de recherche d’information et de documentation antiraciste) : Rapport 97 ; Panorama des actes racistes et de l’extrémisme de droite en Europe, 288 p.

[4Bouillaud Christophe (1995) : « Les Droites en Italie : la science politique italienne face à un objet renouvelé ». Politix, n° 30, p. 151-167.

[5Ignazi Piero (1994) : Postfascisti ? : dal Movimento sociale italiano ad Alleanza nazionale. Bologna, Il Mulino, 122 p.

[6in Ignazi (1994), op. cit., p. 118 et 120.

[7Mussolini Benito (1951) : Opera omnia. Florence, La Fenice, t. XVI, p. 101.

[8Barozzi Maurilio (1995) : « Le Haut-Adige : postfascisme ou ethnies » in À quoi sert l’Italie ? Korinman M. et Caracciolo L. éd., La Découverte/Limes, 260 p., p. 91-99.

[9Quelques jours avant l’entrée de la Ligue dans le gouvernement Berlusconi, Umberto Bossi, son leader, proclamait à l’envi : « Mai con i fascisti ! » (« Jamais avec les fascistes ! »). On sait ce qu’il advint. À la flexibilité socio-économique du système post-fordiste, incarnée par la « Troisième Italie » fief de la Ligue, correspond bien une flexibilité politico-idéologique !

[10Damiani Ilvo (1995) : « Le Bluff fédéraliste » in À quoi sert l’Italie ? Korinman M. et Caracciolo L. éd., La Découverte/Limes, 260 p., p. 145-154. On notera que l’idée de Padanie a été lancée en 1975 par un… communiste, Guido Fanti, « président de la région Émilie-Romagne, et reprise par Miglio qui était encore, à l’époque, un spécialiste de droit constitutionnel peu connu du grand public. L’entreprise Montedison l’encourage, dans un premier temps, en organisant un débat sur la question », cf Rampini Federico (1995) : « Un Pays de plus en plus dirigé au Nord ». ib., p. 60-73.

[11Pour plus de détails, voir : Pelletier Philippe (1993) : L’Imposture écologiste. Montpellier, GIP-Reclus, 210 p. La brochure reprend cette hypothèse qui semble désormais obsolète mais il faut souligner que le F.N. a maintenu ses positions écologistes (contre le nucléaire, pour les énergies renouvelables, l’identité régionale, etc., cf son programme scientifique de 1979) et que de nombreux groupes fascistes cherchent à s’appuyer sur l’écologie : le Groupe d’écologie active de la Nouvelle acropole, le Front écologique de libération d’Alternative européenne en Espagne ; le « Front noir-rouge-vert » du Parti national communautaire européen en Belgique ; le magazine Perspectives en Angleterre. Pino Rauti, épigone de la Nouvelle droite française, a fait de l’écologie l’une de ses luttes prioritaires dans une conception anti-système, estimant que les fascistes devaient prendre la place des écologistes et des communistes sur ce terrain. Le documentaire sur la communauté de Monte Verità au début du XXe siècle, diffusé par Arte le 10 décembre 1997, rappelle que, même au sein de la sphère libertaire, les tendances écologistes du type intégrisme naturaliste peuvent conduire au fascisme. On distinguera à cet égard la position de l’écrivain anarchiste Erich Mühsam qui finit par critiquer cette communauté, par rester sur le terrain de la lutte des classes et par être torturé puis assassiné par les nazis, de celle du chorégraphe Rudolph von Laban qui se mit au service du national-socialisme avant de prendre, mais trop tard, ses distances.

[12Fiction documentaire de Pierre Beuchot (1991) diffusée par Arte le 11 décembre 1997





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