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Belgique

À propos de Clabecq, Renault et des autres

Le jeudi 10 avril 1997.

Dès les origines, dans un monde de pénurie, le capitalisme s’est construit sur l’exploitation effrénée du travail humain, avec pour justification idéologique la sanctification chrétienne (y compris chez les exploités en révolte ) de la valeur du travail : « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ».

S’il est vrai que la plupart d’entre nous sont obligés de vendre leur force de travail pour survivre et faire vivre leurs enfants, il n’en est pas moins vrai que pour beaucoup (et particulièrement pour les ouvriers qui bossent dans la sidérurgie ou sur une chaîne de montage automobile) le travail est d’abord, et avant tout, un espace d’exploitation économique.

S’il est vrai que dans une société dominée par le spectacle et l’atomisation des individus, le travail est l’un des derniers lieux de création de lien social, il n’en est pas moins vrai que l’entreprise, avec son fonctionnement hiérarchique et autoritaire est d’abord, et avant tout, un espace d’aliénation et d’oppression.

A l’heure de la révolution informatique, c’est une évidence que le travail humain (et particulièrement celui qui est peu qualifié) est de moins en moins nécessaire à la production industrielle. Aujourd’hui, ce sont les robots qui, de plus en plus produisent la richesse, de plus en plus de richesses.

Face à ces évidences, le problème n’est donc pas de gérer la pénurie, de répartir la misère, mais d’inventer de nouvelles formes de répartition de toujours plus de richesses.

Il est donc indispensable de découpler aujourd’hui l’activité « travail » des revenus nécessaires à l’épanouissement de la vie de chacun. Que ce soit par l’allocation universelle ou par tout autre moyen à inventer, c’est moins par impossibilité comptable que cette nouvelle redistribution des richesses se mettra en place que par la formidable révolution culturelle qu’elle implique. Combien parmi les salariés n’existent socialement que grâce à leurs « activités professionnelles » ?

Question subsidiaire. La vacance actuelle du pouvoir patronal dans des usines en liquidation n’ouvre-t-elle pas des possibilités aux travailleurs de démontrer in vivo, à la société tout entière, leur capacité à auto-organiser la production. Dans les années 70, les travailleurs de l’usine Lip de Besançon, licenciés en bloc, avaient occupé leur entreprise avant de la redémarrer collectivement, sans patron. Leur mot d’ordre était : « on produit, on vend, on paie. » Piaget [1] reviens ! Ils sont devenus fous, ils ne cessent d’exiger un nouveau patron…

Question subsidiaire. Quel silence assourdissant dans les luttes de Clabecq et Renault autour de la question de l’utilité sociale de la production. Se bagarrer pour pouvoir continuer à produire des bagnoles, toujours plus de bagnoles, est-ce bien notre combat ?

Roger Noël


[1Piaget, délégué CFDT de l’usine Lip était la figure emblématique de cette aspiration autogestionnaire.


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