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Les nucléocrates au banc des accusés

Le jeudi 18 septembre 1997.

Le Tribunal permanent des peuples avait organisé du 12 au 15 avril 1996 dans la capitale autrichienne, à la requête de Rosalie Bertell, présidente de la Commission médicale internationale de Tchernobyl à Toronto, une session sur les tenants et aboutissants de la catastrophe du 26 avril 1986. Pour la doctoresse canadienne, qui évalue à 32 millions le nombre de personnes dans le monde touchées d’une manière ou d’une autre par des radiations, « nous devons identifier les mécanismes de répression structurelle à l’œuvre ici ». Car, « lorsque vous recherchez des données scientifiques, un mur de silence cache la réalité », s’insurge le docteur Gianni Tognoni, secrétaire général du TPP à Rome. Robert Green, commandant de la Royal Navy à la retraite, livre une information capitale. Il cite Don Arnott, ancien expert de l’Agence internationale de l’énergie atomique, lequel place aujourd’hui ses compétences au service de la cause antinucléaire. Le confinement des réacteurs de type RBMK serait paradoxalement plus sûr que celui des installations occidentales. L’explosion survenue à Tchernobyl n’a occasionné « qu’un dommage minimal » et aucune enceinte n’y aurait résisté. Trois millions de personnes vivent encore sur le périmètre pollué en Biélorussie, atteinte par 72 % des émissions invisibles crachées par le bloc 4, alors qu’elle-même ne possède aucun réacteur sur son territoire. Le professeur Youli Andreev, un des 800 000 « liquidateurs », accuse l’académicien russe Youri Israël, à l’époque directeur des services météorologiques, d’être « personnellement responsable » du cancer de la thyroïde qui a frappé tant d’enfants. D’ores et déjà, 13,5 % des intervenants sur le site sont invalides. « Nous ne sortirons du nucléaire que si nous affrontons le conservatisme et que si la société dans son ensemble modifie fondamentalement ses objectifs ». Peter Weish, professeur d’écologie humaine à l’Université de Vienne, jauge la difficulté de mobiliser l’opinion face aux grands complexes industriels, militaires, bureaucratiques, qui profitent transnationalement des avancées technologiques pour accroître leurs profits. « Le nucléaire ne peut coexister avec un développement durable ». Cornelia Hesse-Honegger, illustratrice en zoologie à l’Université de Zurich, fournit, documents à l’appui, des preuves irréfutables de mutations génétiques qu’elle a observées sur des insectes recueillis à proximité de centrales, y compris en Argovie ou à Krümmel près de Hambourg, ainsi que dans des zones fortement contaminées (Gavle en Suède, Pripyat en Ukraine…). Les malformations ressemblent à celles provoquées par « l’Agent orange » déversé par les yankees au Vietnam. Si le tribunal a évoqué l’indemnisation des victimes, « la seule question importante est comment pouvons-nous arrêter maintenant cette folie ? » (Sanghamitra Gadekar, Rajasthan — Inde).

De Tchernobyl à Bhopal

L’Agence internationale de l’énergie atomique, véritable association de malfaiteurs, qui siégea du 8 au 12 avril de l’autre côté du Danube, ne reconnaît que 32 morts, alors que 321 personnes périrent sur le champ et que maints scientifiques estiment à 25 000 le total des décès en dix ans, sans parler des centaines de milliers d’intoxiqués. Il convient d’interpréter différemment les droits de la personne en refusant le paradigme les réduisant aux prérogatives des puissants, des privilégiés et des décideurs. Il s’avère urgent de créer une institution devant laquelle les peuples et les communautés malmenés par les États-nations peuvent exiger réparation des préjudices causés par ceux-ci. « L’industrie nucléaire mine le discours de la justice » ; son extension sans vergogne, au mépris de toute considération écologique, induit de facto des crimes contre l’humanité. Le Tribunal permanent des peuples condamne l’AIEA, qu’il y a lieu de refonder en une Agence internationale pour l’énergie alternative, les gouvernements ainsi que la Commission internationale de protection contre les radiations. Il exige la prohibition de l’industrie nucléaire, dans son usage civil comme militaire. Dans la préface à cet ouvrage, de la lecture duquel on ne ressort pas indemne, Maryse Arditi plaide en ce sens. Membre du GSIEN, elle siège au Conseil national des Verts. Qu’en pensent les caciques du Parti socialiste qui accélérèrent le tout nucléaire en 1981, en contradiction avec quelques-unes des 110 propositions mitterrandiennes ? Quant aux effets de Tchernobyl, on sait que le pire reste à venir… Solange Fernex, qui a traduit et transcrit les minutes des débats, et Michel, son époux, témoignèrent devant le TPP, initié en 1979 et qui avait par exemple passé au crible, en avril 1991 à Bogotá, « l’impunité en Amérique latine » depuis la chute des dictateurs et examiné durant quatre sessions, entre 1991 et 1994, les menaces contre l’environnement à partir de l’accident dans l’usine d’Union Carbide à Bhopal (Inde), le 3 décembre 1984 (2 800 morts, 50 000 blessés).

René Hamm


Tchernobyl. Conséquences sur l’environnement, la santé et les droits de la personne. Ecodif : 107, avenue Parmentier — 75011 Paris — Avril 1997 — 254 p. — 72 F.


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