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Test génétique à Pleine-Fougères

Le jeudi 23 octobre 1997.

Dans la nuit du 17 au 18 juillet 1996, la jeune Caroline Dickinson a été violée et assassinée dans la commune de Pleine-Fougères (Ille-et-Vilaine). Les enquêteurs, ayant l’intime conviction que l’auteur de ce crime connaissait les lieux, ont jusqu’à maintenant fait chou blanc.

Le viol et le meurtre de la jeune Caroline sont un fait divers particulièrement révoltant. Les méthodes traditionnelles de recherche du responsable n’ayant rien donné, les enquêteurs entendent pratiquer un test génétique sur tous les hommes de Pleine-Fougères âgés de 15 à 35 ans.

Cette méthode liberticide qui consiste à rendre suspecte toute une population appelle certaines interrogations.

En effet les 195 « suspects » de Pleine-Fougères subissent une pression inadmissible de la part de la mairie, de la gendarmerie, d’Ouest-France et du Parquet général de Rennes. Ces derniers font sans aucun débat contradictoire la promotion de ce test en utilisant des méthodes d’intimidation (convocation officielle) et de culpabilisation (« Le test du civisme à Pleine-Fougères » Ouest-France) faute de pouvoir réellement l’imposer.

La suspicion d’une population ne peut cautionner de telles pratiques qui aboutissent finalement à scinder cette population entre ceux qui « collaborent » (dans le cas présent et de manière générale) et ceux qui se refusent à prouver leur innocence au risque de se voir ultérieurement fortement suspectés par la justice.

Jusqu’à maintenant, la loi française érigeait en principe l’innocence présumée de chacun tant que la preuve de sa culpabilité n’était pas apportée. Il faudrait maintenant aller prouver notre innocence ? Si la fiabilité scientifique du test est déjà discutable (il n’y a pas de science exacte) son utilisation judiciaire voire politique l’est d’autant plus : la France a toujours pratiqué la justice de classes — à deux vitesses — (sang contaminé, procès de l’amiante, dont les coupables sont connus mais jamais inquiétés).

Quel avenir pour les tests génétiques ?

Si à Pleine-Fougères on nous promet la destruction du fichier, un autre pas est franchi vers l’extension du fichage : les anarchistes ont toujours refusé les papiers d’identité obligatoires, le fichage par empreintes digitales pour renouveler sa carte d’ identité, la « carte d’identité sécurisée », le carnet de santé obligatoire, mais aussi la vidéosurveillance… qui sont autant de mesures restreignant la liberté individuelle et allant dans le sens d’une société toujours plus sécuritaire.

Alors que l’État ne dissimule même plus ses intentions de créer un fichier des empreintes génétiques (avec pour caution morale la lutte contre les crimes sexuels), comment croire que le fichier de Pleine-Fougères sera réellement détruit, qu’il n’y aura pas une généralisation du fichage afin d’étendre insidieusement le contrôle social et judiciaire de l’ensemble de la population ?

Comme pour les manipulations génétiques, un débat éthique doit avoir lieu pour que le principe du fichage génétique et ses dérives inacceptables soient définitivement enrayés.

Pour un changement de cap

La science et la technologie ne doivent être qu’au service de l’homme : amélioration des conditions de vie, de travail, de santé, de l’épanouissement intellectuel et social. Or les tenants du pouvoir s’en servent essentiellement dans un but de rentabilité (par exemple l’ergonomie est utilisée pour améliorer la productivité et non les conditions de travail) ou de flicage de la société (vidéosurveillance, généralisation du fichage politique, syndical, génétique ?.. de la population).

Le boycott du test n’influencera pas le cours de l’enquête mais participera à la défense des libertés individuelles et collectives. Refuser aujourd’hui, c’est aussi refuser l’extension annoncée du test aux communes environnantes, mais c’est surtout refuser la généralisation et les dérives de ces pratiques.

F., Y., F. et M.
groupe La Commune (Rennes)





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