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Documentaire

« Journal de Rivesaltes 1941-1942 »

Jacqueline Veuve
Le jeudi 5 mars 1998.

« C’est plus triste qu’avant », constate Friedel Bohny-Reiter, de retour sur les lieux où il y a cinq décennies et demi, elle avait offert ses compétences et son dévouement au Secours suisse aux enfants. Du 11 novembre 1941 au 25 novembre 1942, elle avait rédigé son Journal de Rivesaltes. Le livre existe en français aux éditions Zoé de Genève (1993). La cinéaste payernoise Jacqueline Veuve en a tiré un documentaire de 75 minutes, sobre, nuancé et bouleversant. « L’horrible » camp de Rivesaltes (Pyrénées orientales), sous administration militaire française comme tous ceux situés en zone libre, n’hébergeait d’abord que des Espagnols fuyant la tyrannie franquiste. En septembre 1940, le gouvernement de Vichy y ordonna le regroupement des juifs français que rejoindront des coreligionnaires allemands et des tziganes. Tôt ou tard, tous passeront devant la commission de criblage qui désignera les « voyageurs » des trains de la mort…

Friedel Reiter parle de « la saleté repoussante » ainsi que de « la négligence insupportable des gardiens français qui oppriment des gens qui ont droit à la liberté ». Elle note également que des médecins tentèrent des expériences par injections de vitamines. Souvent assaillies par le doute, l’infirmière bâloise et ses collègues se dépensaient sans compter pour fournir un minimum de réconfort et de soins aux malheureux garçonnets et fillettes orphelins ou séparés de leurs parents. Elle aménagea un foyer avec livres et jouets. Nonobstant les trésors d’imagination déployés pour atténuer les souffrances, « on se demandait parfois dans le calme de la nuit si on n’était pas complice des gens qui déportaient ». Elle exprime le terrible dilemme auquel ses compatriotes et elle furent confrontées. La déontologie de la Croix rouge « ni frontières, ni ennemis » expose ses volontaires, aujourd’hui comme hier, à ce type d’ambiguïtés… Friedel se remémore « les regards vides et désespérés » des « voyageurs » entassés dans les trains de la mort… Que la majorité de ces infortunés ait « accepté son destin » l’attrista profondément, tout comme l’affreux constat de « voir des hommes devenir si primitifs ». Accablée de lassitude, elle nota le 22 octobre 1942 : « Je n’ai plus qu’un désir de paix, de tranquillité, de couleurs. Peindre ». Après le débarquement des alliés en Afrique début novembre 1942, la Wehrmacht investit le sud de l’Hexagone et il fallut évacuer cet endroit où régnait « un silence angoissant ». Rongée par le remords de n’avoir sauvé que quelques personnes, Friedel exprima également ses douloureux souvenirs par le dessin.

Jacqueline Veuve a inséré dans sa bande 35 mm des photographies du reporter Paul Senn publiées dans la Schweizer Illustrierte Zeitung du 25 février 1942. Dans les quelques scènes de reconstitution, l’actrice Catherine Saxet parcourt à vélo les allées battues par le vent. Le 21 janvier dernier, lors des 33e Journées cinématographiques de Soleure, elle a obtenu le Prix du cinéma suisse dans sa catégorie. Thierry Garrel d’Arte ne l’a pas jugé digne de figurer au catalogue de « la chaîne culturelle européenne »…

Les maisonnettes et les baraquements sont en ruines depuis belle lurette. Mais sur une aire de 50 hectares cédée par le ministère de la Défense au Conseil général des Pyrénées orientales, un centre de rétention, érigé il y a quelques années, abrite, avant leur refoulement, des requérants d’asile indésirables…

René Hamm


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