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Crise financière du capitalisme

Après la Russie, à qui le tour ?

Le jeudi 10 septembre 1998.

Alors que tout le monde, et en particulier les experts du FMI et leur cour inféodé d’économistes libéraux, disserte sur la mondialisation heureuse et les victoires du capitalisme, tout est fait pour cacher la misère humaine et la situation chaotique de l’économie mondiale

Pourtant, la situation du capitalisme mondial n’est pas florissante. Les pays industrialisés ne peuvent continuer leur croissance qu’aux prix d’un chômage de masse et d’une précarité qui les ramènent 40 ans en arrière pour une partie de la population (pas de protection sociale, licenciement au gré, temps de travail réduit avec revenus réduits….). Les pays pauvres, comme les gens, le sont de plus en plus relativement. En clair, l’écart de richesse s’accroît entre l’Afrique et les États-Unis par exemple depuis 30 ans, contrairement à une idée répandue. Les pays dits émergents, c’est-à-dire ceux comme le Brésil, le Mexique, la Corée, l’Indonésie qui sont des pôles d’attraction des investissements internationaux et des pôles de croissance (+ 5 à 10 % par an), ont connu successivement des moments de purge boursière et financière comme on dit dans le vocabulaire froid des investisseurs internationaux (nouveau nom des capitalistes dans la novlangue libérale !). Cela a été le cas du Mexique en 1994, de la Corée en 1997 et de l’Indonésie en 1998. Maintenant, c’est le tour de la Russie. C’est cela la stabilité et l’équilibre proposés par l’utopie libérale : c’est la crise récurrente sur le dos des populations !

Il y a d’ailleurs à s’interroger sur le traitement que les médias assurent à « la crise » en Russie. La population russe n’a, en effet, pas attendu le mois de juillet 1997 pour connaître l’exploitation, la misère et la morgue libérale. Les médias ne parlent en fait de crise que quand celle-ci concerne les intérêts de cette clique capitaliste. C’est d’ailleurs la même chose avec la croissance actuelle de la France qui est la croissance des profits de cette même clique sans que les travailleurs ne voient d’améliorations !

Du mirage capitaliste…

S’il y a un pays pour lequel il est possible de parler de l’utopie libérale, c’est bien la Russie. Aux premières fissures du Mur, en 1989, il était clair pour tout le monde (ou presque…) que le capitalisme allait pouvoir redresser le pays. La victoire totale et universelle de celui-ci ne faisait plus de doute. Les pays pauvres sortaient du sous-développement, les pays riches étaient dans l’une de ces périodes de croissance qui succède inéluctablement à la dernière période de crise tout en précédant la prochaine. Les pays dits communistes allaient se mettre à la potion magique de la même façon. Certes, il y aurait des sacrifices à consentir, c’est là le discours général tenu aux populations, mais il n’y avaient pas de doute. La situation y est, en fait, lamentable depuis la fin du capitalisme d’État qui annonçait l’époque radieuse. La Russie ne connaît que baisse de production et inflation. Jusqu’à l’espérance de vie dont c’est bien le seul pays ou elle baisse (de 63 à 59 ans depuis 1990) : c’est dire l’état de la population auquel mène le type de politique qui a été choisie. La potion imposée aux Russes s’est révélée inhumaine. Les politiques suivies ne visent que la réhabilitation du profit dans les secteurs ou cela est possible. Ces secteurs sont si lucratifs que la Russie a pu tromper son monde en attirant des investisseurs et, surtout, l’aide des occidentaux. Alors même que les populations étaient exsangues, absence de salaire, d’impôts donc de structures collectives, il suffit que les espoirs de profit ne soient plus aussi forts pour que tous les investisseurs retirent leurs billes, ce qui ne fait qu’accroître la crainte des investisseurs qui retirent encore plus leurs billes.C’est comme cela que l’on arrive à une bourse qui perd 60 % en une semaine et un rouble qui perd la moitié de sa valeur. C’est dire le pouvoir de l’argent et de cette petite clique d’investisseurs internationaux qui peuvent plier un pays et des populations en une semaine ! C’est notamment la baisse du prix de matières premières essentielles pour la Russie comme le pétrole ou le nickel, qui a enlevé la confiance que les investisseurs avaient encore en cette économie.

… à l’eldorado de l’utopie libérale

Il est vrai que ces capitalistes ont dû se dire qu’on ne pouvait aller plus loin dans le processus de dépouillement de la population. Car la Russie, si elle n’a pas été un modèle pour le communisme, a réussi en sept ans à construire un vrai modèle pur du capitalisme. Un pays où les capitalistes peuvent ne pas payer leurs salariés, ne payent pas d’impôts, ou la législation n’existe pratiquement pas pour contraindre leurs activités, où le système de santé a été démantelé ; voilà ce qu’est la Russie : l’eldorado de l’utopie libérale. Elle réalise ce que les Madelin et les patrons rêvent ! Mais au bout de sept ans, le cauchemar est là. De la deuxième puissance économique mondiale, ils ont fait un pays aux allures de tiers monde, une république bananière ! Car c’est bien l’étalement de richesses bien vite accumulées par certains au détriment de la pauvreté de masse qui signe la décomposition. La mafia n’est autre que cette clique qui vit et spécule sur le dos des populations. Comme il a fallu faire ce travail de mise au pas des populations pour aller vers le marché, une économie occulte de type mafieux s’y prête bien. Point de responsabilités politiques, de décisions collectives : « laissons faire le marché et ceux qui en profitent ». Les réformes n’allant pas assez vite, les marchés financiers ont fait le ménage. Une fois de plus le cynisme économique est à l’œuvre et remplace allégrement la décision politique.

Une débâcle économique

Avec la Russie, c’est l’économie mondiale qui chancelle. Non pas que la Russie ait un poids terrible, mais la crise asiatique et les troubles du prix des matières premières montre que le capitalisme est incapable, s’il en était encore besoin, d’assurer le plus simple, à savoir une vie digne et décente à tous avec des besoins sociaux satisfaits en distribuant de façon égale le travail utile. La plupart des pays asiatiques sont en train de prendre des mesures anti-libérales pour freiner le délitement de leur économie. C’est le cas de la Malaisie qui vient de rétablir le contrôle des changes, au grand dam du FMI. Car celui est responsable de la débâcle économique. Comment appeler autrement les mise au chômage de 8 millions d’Indonésiens, trois millions de Thaïlandais, autant de Coréens et la misère de masse en Russie ? Le FMI en obligeant les pays dits émergents à pratiquer des politiques uItra-libérales les a précipités dans la crise actuelle. Mais pour lui, comme pour tous les investisseurs capitalistes, le cynisme commande de dépouiller les populations de temps en temps afin de purger le système financier. Le dernier pronostic à la mode chez les investisseurs est de se dire que la Russie sera florissante dans quelques années pour réinvestir en bourse. Mais, à l’allure où l’économie mondiale se délite, on finit par se demander où ils vont pouvoir investir leur argent… si ce n’est dans leur propres économies… ce qui explique que l’économie américaine et européenne traverse une période de croissance. Le capitalisme ne peut assurer que le délitement et la pauvreté entrecoupé de périodes de croissance. C’est la météo du bonheur humain. Aussi sûr que le beau temps succède à la pluie, la crise succède à la croissance. Mais, à la différence de la météo, le capitalisme n’est pas naturel et c’est aux populations brisées qui en ont ras le bol de le montrer !

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