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Espagne

Le Procès des GAL

Le jeudi 24 septembre 1998.

Au lendemain du refus d’une solution négociée à l’irlandaise de la part du gouvernement espagnol, et de l’incarcération des ministres responsables des GAL appartenant au PSOE (parti socialiste en Espagne), il semble clair que le parti populaire au gouvernement reprend les mêmes méthodes répressives en Euskadi (Pays basque) que les socialistes. Mais cette fois-ci c’est par un arsenal de lois d’exception et d’un tribunal suprême qu’ils se permettent de condamner les 23 dirigeants d’Herri Batasuna (vitrine légale de ETA) à sept ans de prisons pour avoir simplement diffusé la vidéo de l’alternative démocratique de ETA et d’interdire le journal d’Herri Batasuna Egin.

Dans un monde où la lutte antiterroriste justifie toutes les mesures d’exception, le procès GAL a fait figure d’un boomerang pour l’ancien premier ministre Felipe Gonzalez mais c’est aussi l’exemple le plus probant de ce que peut se permettre un État démocratique à l’encontre de ses ennemis politiques. En créant de véritable escadrons de la mort antiséparatistes basques, ils ont révélé qu’ils étaient capables d’employer les mêmes méthodes répressives que les dictatures d’Amérique latine. Malgré le jugement sévère de l’ex-ministre de l’intérieur, le socialiste José Barrionuevo et de son ancien adjoint, Rafael Vera, à des peines de dix ans. Il semble que la justice ait voulu les protéger en ne les condamnant que sous les seul chefs d’enlèvement de Ségundo Marey (enlevé par erreur par les « galeux » puis relâché) et détournement de fonds, excluant l’association de malfaiteurs et la constitution de bande armée, pourtant réclamée par le procureur et le juge d’instruction. Ce qui a pour conséquence d’exclure ces deux personnages concernant les prochains épisodes judiciaires des 27 assassinats des GAL.

Si au premier abord ce procès semble être basque espagnol les faits nous montre que tous les attentats des GAL depuis le l’enlèvement de Marey en 1983 ont été perpétrés en France avec l’aide de certains policiers français. Comme dans un mauvais roman policier, lors de la procédure : plus les implications de l’État français étaient claires, plus des zones d’ombre ralentissaient l’enquête. Une heure après l’enlèvement de Marey, l’ex légionnaire français Pedro Sanchez est arrêté dans la voiture du rapt, en possession d’armes, d’une bombe paralysante et d’une quarantaine de documents (des archives de la police espagnole, et des photocopies de cartes d’identité de réfugiés, provenant des renseignements généraux et de la sous-préfecture de Bayonne). Incarcéré, il sera remis en liberté en juin par le juge palois Svhan. Ce dernier n’a retenu aucune charge contre lui. Sanchez sera arrêté une seconde fois et mourra dans des circonstances obscures à la prison de Gradignan en Gironde.

Les implications de l’État français

Un rapport d’enquête du CEDRI (comité d’enquête sur les violences des droits de l’homme en Europe) informe en 1982 que Sanchez avait donné des noms et éclairé certaines filières. Le juge d’instruction et certains policiers avaient obtenu de précieux renseignements dès 1983, il existe une complicité au moins par omission et passivité entre certains magistrats, des policiers des Pyrénées Atlantiques et la police espagnole.

Mohamed Talbi, mercenaire impliqué dans l’enlèvement de Marey, arrive lors de son procès en 1987 à Pau avec un écriteau « la police de Biarritz connaissait tous les projets d’attentats des terroristes policiers français et espagnols, dès décembre 1983 ». Françisco Alvarez, chef de la police antiterroriste de Bilbao, a déclaré devant le juge Garzon que la police française était impliquée dans les attentats des GAL.

Mais toutes ces déclarations ne sont pas des preuves valables pour la justice française. Ce qui lui permet de ne pas instruire les plaintes des familles des victimes. Quand aux barbouzes qui ont grossi les rangs des GAL, dès que certains ont voulu porter plainte contre les commanditaires des attentats… ils sont tous morts de façon suspecte. Enfin, le juge Christophe Seyes à l’époque en fonction qui a joué un rôle fondamental dans toutes les affaires des GAL, y compris en Espagne, témoigne dans l’Humanité du dimanche du 15 février 1996 « Le jour où des noms de fonctionnaires français sont apparus dans mon enquête, on m’a fait comprendre que la collaboration que j’étais en droit d’attendre serait limitée au maximum ».

Tous ses témoignages laissent à penser que ses opérations n’ont pu être réalisé sans l’assentiment ou simplement la connaissance des faits par les représentants de l’État français de l’époque. Pourtant, ces derniers temps, la justice française continue de soutenir la thèse que aucun fonctionnaire n’est impliqué dans les affaires des GAL. Ainsi, le 5 février 1997, la cour d’appel de Pau condamnait le journal Enbata à 210 000 FF et un militant du groupe politique Herriaren Alde à 105 000 FF en diffamation. Ils ont été poursuivis par la justice pour avoir simplement repris le témoignage du policier espagnol Lopez Carillo impliquant plusieurs policiers français. Enfin il faut rappeler que les GAL ont tout de même effectué, entre 1983 et 1987, 40 attentats, faisant 27 morts et 30 blessés entre Hendaye et Mauléon, parmi les réfugiés politiques basques et la population du Pays Basque Nord. C’est le groupe le plus meurtrier sur le territoire français depuis la guerre d’Algérie. Les fameuses zones d’ombres ainsi que les disparitions suspectes dans cette affaire nous montre l’importance des enjeux et des implications politiques de chaque coté de la frontière.

Des têtes vont sûrement encore tomber, mais il semble que certains protagonistes français soient encore tranquilles pour de nombreuses années.

Rémi
groupe Emma Goldman (Bordeaux)


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