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Clermont-Ferrand

Centre de tri en grève

Le jeudi 3 avril 1997.

Le démantèlement progressif du service public s’accentue : suppression de postes, remise en cause des statuts, mise en concurrence… Les salariés de ces services s’opposent ponctuellement à cette série d’attaques en règle. Au centre de tri de Lempdes, près de Clermont-Ferrand, les postiers sont entrés en conflit depuis le 12 mars, brisant à leur tour la logique de la résignation. Le 9 mars, ce nouveau centre de tri rentrait en service, présenté comme un modèle du genre, non seulement au niveau du traitement du courrier mais aussi de la politique précitée… Le ras-le-bol couvait depuis l’annonce de 59 suppressions d’emplois entre l’ancien centre (422 postiers) et le nouveau. Ces 59 emplois étaient tenus par des CDD dont les contrats prenaient fin le 9 mars et remplaçaient depuis 6-7 ans les titulaires partis en retraite. Cette coupe rase ajoutée à la mutation forcée de certains agents dits en distorsion fonctionnelle (1) et à la remise en question des horaires de travail de nuit (2) ont décidé la majorité des postiers à occuper les lieux. Très vite, les revendications se sont élargies aux conditions d’emploi des auxiliaires de relevage, petite perle de l’exploitation, qui ont pour fonction de relever le courrier dans les entreprises, 3-4 heures par jour pour 3000 FF maximum en fin de mois. Le " joyau " du genre étant l’auxiliaire sous contrat à temps complet intermittent, comprenez annualisation du temps de travail, c’est-à-dire 1200 heures par an, à l’unique bon vouloir de l’employeur.

De l’autre côté, la parade ne s’est pas faite attendre devant le blocage du courrier : détournement des plis vers d’autres centres de tris dont la plupart sont parallèles. Ceux-ci sont constitués par des entrepôts loués à l’année dans lesquels du matériel de tri de base a été placé. Il suffit alors d’un coup de fil à l’ANPE et dans des conditions inacceptables (absence de locaux pour le personnel…) des journaliers pallient au plus pressé. Le 19 mars, la tension est montée d’un cran après que les mandatés du personnel se soient vus refuser une entrevue avec le directeur régional, lequel les avaient fait attendre gentiment une heure avant de daigner leur adresser la parole. Le même jour, le directeur du centre, qui se dit ancien trotskiste (le culte mène décidément à tout…) fait constater par huissier le blocage du site et de prendre des noms, espérant intimider…

Des grèves malgré certaines bureaucraties syndicales

Finalement, après une entrevue forcée, le représentant régional et les grévistes en sont restés au statu quo. Les hostilités continuent et les assemblées générales où sont reconduites journellement la grève n’en finissent pas de dénoncer un peu plus chaque jour les conditions de travail qui deviennent inacceptables. Ce conflit est représentatif des résistances au " toujours plus de flexibilité ", aux licenciements : maîtres auxiliaires, occupation des ASSEDIC par les chômeurs, T2C… Ces grèves, à de rares exceptions près (revendications de la T2C (3) à Clermont-Ferrand : retraite à 55 ans, réduction du temps de travail), restent défensives. Les conflits sont la plupart du temps isolés. Outre la coupure public-privé, les cheminots, les agents de la poste débraient régulièrement sans que leurs luttes soient relayées par les médias (4). Par ailleurs, un travail de sape est organisé par certains syndicats : les bureaucrates syndicaux appellent à des grèves nationales d’une journée qui prennent la forme de manifestations " défouloir ", les délégués syndicaux ne font pas circuler l’information et négocient en " sous-marin ". Ainsi, lors de la grève de la T2C, FO et la CFDT signent le protocole d’accord qui implique une reprise immédiate du travail, en abandonnant la demande de paiement des jours de grève.

Le morcellement des conflits, entretenu par les bureaucrates syndicaux, n’explique que partiellement le caractère défensif des revendications. Sans création de liens, une réelle solidarité de classe active ne peut s’exprimer et une réflexion collective sur un projet sociétaire est impossible ! C’est pourquoi, face au corporatisme, il est urgent de développer les assemblées interprofessionnelles, de faire circuler l’information et de rompre avec la délégation des pouvoirs. C’est uniquement à travers des pratiques de démocratie directe, d’auto-organisation que pourra s’amorcer la construction d’un projet sociétaire !

Nous remercions les grévistes du centre de tri de Lempdes et particulièrement certains militants du SUD-PTT.

Maryla et Stéphane — groupe Spartacus (Clermont-Ferrand)


(1) Distorsion : situation d’un agent qui bénéficie d’un grade supérieur par rapport au poste occupé

(2) Les nouvelles dispositions du centre reviennent sur des conditions de travail de nuit obtenues lors d’un précédent conflit qui prévoyaient l’alternance de deux nuits de travail sur quatre au lieu des cinq sur sept proposées aujourd’hui

(3) Transport en commun clermontois

(4) Anecdote : un journaliste de RTL s’est rendu au centre de tri de Lempdes pour interviewer le directeur. Interpellé par les grévistes lui demandant s’il ne veut pas les interroger, il refuse. Motif : pour RTL, tout conflit de moins de trois semaines est sans intérêt…





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