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Noisy-le-Grand

Un Maire socialo-pétainiste

Le jeudi 3 avril 1997.

Dans la nuit du 19 février, à Noisy-le-Grand, des partisans de l’action directe sont intervenus contre la construction de l’église de l’extrême droite catholique dont le permis de construire fut accordé par le maire socialiste de la ville. Hier, c’était le dépôt de couches culottes usagées ; aujourd’hui, une nouvelle étape est franchie. Les dégâts sont énormes. Les murs élevés ont été aspergés d’huile de vidange, quatre-vingt sacs de ciment crevés et inondés, des palettes de pierre arrosées de goudron et la palissade couchée sur une vingtaine de mètres.

La contre-onction du diable

François Triomphe, le président de l’Association noiséenne catholique pour la continuité du rite dans l’église (l’ANCRE) éructe : « Nous sommes au centre d’une guérilla qui n’a aucun sens. [1] » Il porte plainte et montre du doigt le collectif unitaire qui a lancé au mois de janvier une pétition contre l’implantation de la chapelle. Jean-Luc Bennahmias membre d’un des groupes du collectif mais aussi maire adjoint (Verts) à la sécurité publique, est immédiatement pris comme cible.

L’ANCRE dans son communiqué de presse « Noisy-le-Grand, la contre-onction du diable avant la consécration à Dieu de saint Martin des Gaules » fait dans la dentelle. Le collectif devient collecteur d’égout et ses membres « les séides de Monsieur Bennahmias ». Radio Courtoisie appelle ses auditeurs à monter la garde autour du chantier. Présent et Rivarol lancent des souscriptions pour réparer les dégâts. Les antisémites chassent le naturel mais il revient au galop. Rivarol est stupéfait du mutisme total des grands médias sur cet incroyable sacrilège : « pour les forces de la désinformation, une église catholique, surtout destinée à la célébration du culte tridentin, ne vaut pas un cimetière juif, celui-ci fut-il d’ailleurs négligé et quasiment désaffecté depuis longtemps comme l’était celui de Carpentras. »

Le Front national profite du bulletin municipal pour calomnier le collectif [2] : « Cette association contre l’ordre moral, de par sa définition reconnaît ouvertement le mal (drogue, vol, viol et meurtre) ». Aucune note de la rédaction n’accompagnera la tribune, alors que celle du RPR, qui parle du permis de construire, reçoit un chapô.

Un bouffon autoritaire et mégalo

Un collectif qui dévoile à la ville que son député-maire socialiste est le responsable de la construction de l’église intégriste, des organisations et associations venant de courants fort divers qui arrivent à vivre ensemble et à faire bloc pour combattre l’implantation locale de l’extrême droite : il n’en fallait pas plus pour que le premier magistrat d’une ville de 57 000 habitants pète les plombs.

Le maire ne supporte pas que l’on puisse refuser de se soumettre à ses désirs de faire main basse sur le milieu associatif en remplaçant les professionnels des Maisons pour tous par ses propres amis. Christian Gauday représentant d’Initiative républicaine dans sa majorité municipale l’apprendra rapidement. Il refuse de voter le projet du maire, ne pouvant abandonner son éthique en l’échange d’un strapontin derrière le trône du seigneur. Il est aussitôt mis à l’index, sa boîte aux lettres dans la mairie est déplacée et s’en va rejoindre celles de la droite.

Le collectif, quant à lui, n’a vraiment pas de chance… Par deux fois le meeting sur « les femmes et l’ordre moral » sera ajourné et la salle municipale où les antifascistes se réunissent sera soudainement occupée.

Le dimanche 23 mars, Christian est aperçu par des militants PS en train de coller les affiches éditées et signées par le groupe Sacco et Vanzetti de la Fédération anarchiste « Contre les enfants de Pétain ». Les trois balances réalisent alors un témoignage à façon et rapidement une machination est mise en place permettant à Pajon de porter plainte.

Christian a prétendument été vu en train de gribouiller les belles affiches Pajon made in Seguela. Le grand jeu est sorti. Policiers sur le lieu de travail, convocation de l’employeur… pour aboutir à 14 heures au tribunal de Bobigny pour flagrant délit.

Dès le mardi des « pressions personnelles à travers l’emploi » pour parler poliment sont exercées contre Christian. Pour son entourage, il est décrit comme le « responsable d’une secte laïque parisienne » et un « dangereux franc-maçon… sûrement coupable des dégradations commises envers la chapelle. [3] »

En un mot, on fait comprendre à Christian que soit il arrête la politique, soit il risque d’avoir des ennuis.

Mellick se voyait dans une batmobile au secours de Tapie. Pajon voit des marqueurs rouges partout en train de s’attaquer à son portrait. A chacun ses fantasmes, mais pendant ce temps là, les croix celtiques fleurissent sur la ville. Dernièrement, Val invité par les enseignants dans le cadre de la semaine de la presse à l’école fut interdit d’entrée par l’inspecteur de l’académie de Créteil suite à des coups de fil de « parents scandalisés ». L’ordre moral marque un point.

Noisy-le-Grand est devenu un enjeu national dans la lutte antifasciste. Dès aujourd’hui réservons notre 11 novembre, date de l’inauguration de la chapelle. La ville est plus moche que Strasbourg mais le combat complémentaire.

C. Thurot


[1Le Parisien 22-23 février.

[2Noisy magazine — mars 1997.

[3Pour soutenir Christian, téléphonez au bureau du maire : 01 45 92 75 75 poste 75 00.


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