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éditorial du n° 1078

Le jeudi 3 avril 1997.

Peut-être quelques-uns d’entre ceux qui lisent ce texte se souviennent-ils de Prima della Rivoluzione, un film de Bertolucci du milieu des années 60 ? La référence à la célèbre phrase de Talleyrand était transparente : « Ceux qui n’ont pas connu le temps d’avant la Révolution - prima della Rivoluzione - ne savent pas ce qu’est la douceur de vivre. »

Le cinéaste italien y racontait, sur un fond de luttes sociales, de manifestations de masse et de ventes de l’Unità, le quotidien communiste italien, quelques historiettes romanesques sur le mal de vivre de la bourgeoisie. Il nous montrait deux mondes, dont l’un allait disparaître, qui coexistaient sans se voir, sans se connaître, sans se comprendre.

Comme se croisèrent, à Versailles, peut-être, durant le printemps de 1789, Maximilien Robespierre, un jeune député du tiers, en marche vers une séance de commission en l’église Saint-Louis, et Marie-Antoinette, reine de France, revenant de Trianon en carrosse. L’Europe d’alors étouffait tout entière sous les privilèges des nobles et des monarques : trop de corvées, trop d’impôts, trop de famines, trop d’humiliations. Les nouvelles techniques agricoles et métallurgiques étaient monopolisées par le beau monde du « sang bleu » et de la noblesse de robe : la douceur de vivre, c’était pour eux ! Un beau matin, les savetiers, les croquants et autres porteurs d’eau, au coude à coude avec les gardes-françaises, jetèrent tout cela aux quatre vents.

Le monde d’aujourd’hui, à l’échelle de la planète, n’est pas sans rappeler l’Europe du XVIIIe siècle finissant. Un même mépris pour les misères et les inquiétudes du peuple et des humbles ; une pareille insouciance et une avidité analogue des riches, des puissants ; une semblable utilisation des sciences et des techniques pour renforcer leur puissance et leurs privilèges. Un philosophe américain, disciple de Fernand Braudel, Immanuel Wallerstein, affirmait récemment que le capitalisme « allait mourir de sa réussite ». Couvrant le monde entier de ses réseaux et de sa logique, il ne trouverait bientôt plus de nouveaux territoires, de nouveaux prolétaires, de nouveaux débouchés. « Une longue période de désordre est à prévoir, continuait-il. On ne peut absolument pas prévoir dans quel sens évolueront les choses et ce qui en sortira dans les cinquante années qui viennent. » Ainsi, comme l’évoquait Bertolucci,la Révolution serait devant nous.

« Humains, encore un effort… »


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