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Cinéma

Festival des films de Fribourg (Suisse)

images du tiers monde
Le jeudi 15 mai 1997.

En sus de la rétrospective consacrée au réalisateur du Kerala, Adoor Gopakrishnan, d’un panorama sud-africain et de la section sur « la nouvelle vague » sud-coréenne, la 11ème édition, du 2 au 9 mars derniers, offrit aux quelques 13 200 privilégiés l’opportunité quasi unique de porter leurs regards « au delà de l’horizon » [1], si loin, si proche…

Né en 1962 dans le camp de réfugiés de Shati (Gaza), Rashid Masharawi restitue fidèlement l’existence de ses frères palestiniens dans leur enclave de non-droits et de confinement. Haifa emprunte son titre au personnage principal qui a adopté comme sobriquet le nom de la cité portuaire d’où il est originaire. Bien que considéré comme « l’idiot du village », Haifa (Mohammad Bakri), vêtu d’un treillis militaire mais armé d’un fusil en bois, apparaît, nonobstant ses imprécations, comme l’ange protecteur, toujours prêt à rendre service à ses concitoyens. L’intrigue de 75 minutes se déroule au moment des accords entre Yasser Arafat et Itzhak Rabin, le 28 septembre 1995 à Washington, quant à l’extension de l’autonomie de la Cisjordanie. Siad (Fadi el-Ghoul) estime que « rien ne changera… ». Au regard de la situation actuelle marquée notamment par la poursuite des scandaleuses implantations de colons, le jeune homme sceptique et partisan de l’Intifada n’a malheureusement pas tort.

Du haut de son phare, Mai Qiang règle la circulation sur le Yang-Tsé-Kiang. L’intrusion de son pote Ma Bin, accompagné de la passablement délurée Lili, ne parvient ni à le distraire de son ennui, ni à le dérider. Il rêve de Chen Qing, employée dans un hôtel à Wushan, bourgade en contrebas vouée à l’engloutissement, édification du gigantesque barrage des « Trois Gorges » oblige [2]. Zhang Ming a conçu Nuages de pluie sur Wushan : l’attente comme « une histoire d’amour dans laquelle des événements étranges se profilent sous la surface des éléments ordinaires ». Le jury international décerna son Grand Prix à ce long-métrage de 96 minutes, également récompensé par les ciné-clubs.

Gir-Gir (Tumulte) évoque un pan méconnu de l’histoire éthiopienne [3], à savoir une tentative de coup d’Etat perpétrée contre la monarchie, le 16 décembre 1960, lorsque l’empereur Hailé Selassié s’était rendu en visite officielle au Brésil. Après l’échec du putsch, Yoseph Zelicka (Jima Assefa), un aristocrate aux idées révolutionnaires se voit contraint à la fuite. L’abri que lui fournit provisoirement Dejen (Eskinder Berhane), le compagnon de ses jeux d’enfance, aujourd’hui serviteur dans une famille patricienne, semble plus qu’incertaine ; pour la première fois, Dejen se trouve en position de peser sur le sort d’un noble. Yemane I. Demissie, domicilié à Los Angeles, propose une fin ouverte à toutes les conjectures. Il tourna dans le sud de la Californie où certains décors naturels ressemblent aux paysages éthiopiens ; il mit sept ans pour achever son premier long-métrage, produit « à coup de cartes de crédit ».

L’action de Friends se situe en 1989, alors que les premières mesures formelles d’assouplissement de l’apartheid n’ont rien modifié des structures de la société sud-africaine. Sophie, une bourgeoise blanche, Aninka, une Afrikaner, et Thokho, une noire, se partagent la même demeure à Johannesburg. Elles n’apprécient pas la situation intérieure de manière identique. Sophie, interprétée par Kerry Fox (An Angel at my table de Jane Campion et Saigon Baby de David Attwood), appartient à un mouvement activiste. Elle dépose une bombe à la Willbrow Tower, puis à l’aéroport Jan Smuts ; le second attentat entraîne le décès de deux personnes. Elle refuse de fuir au Botswana et se livre à la police. Inculpée de meurtre, elle est incarcérée. Relaxée suite à l’amnistie accordée à des prisonniers politiques, elle rejoint ses amies, désormais installées dans le township aux abords de la métropole. Elaine Proctor dépeint avec autant de justesse le contexte socio-politique que le cheminement individuel des trois femmes. Friends avait obtenu une mention spéciale à la Caméra d’or, lors du Festival de Cannes en mai 1993.

L’éveil de la sensualité chez Nham (17 ans), la tristesse muette de Ngu, sa belle-soeur, le retour provisoire dans son village de la sophistiquée Quyen, installée aux States, l’espièglerie de Ming, qui mourra écrasée comme sa camarade d’école My sous les roues d’un camion conduit par un chauffard ivre… La beauté mélancolique de Nostalgie pour le pays du Vietnamien Dang Nhat Minh a captivé un public disponible pour ses irrigantes vibrations.

René Hamm


[1Martial Knaebel, le directeur de la manifestation.

[2Cf. « Septième art et écologie » : Monde libertaire du 14 novembre 1996.

[3Aucune des encyclopédies consultées ne le mentionne.





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