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Lumières noires de Leopardi

Le jeudi 15 mai 1997.

Né en 1798, dans les États de l’Église, d’une mère bigote et d’un père réactionnaire qui le destinait à une carrière ecclésiastique, Giacomo Leopardi est sans doute l’un des esprits les plus libres qu’ait connus l’Italie de son temps. Après une enfance qui se flétrit entre les murs de la bibliothèque paternelle où il acquiert cependant une prodigieuse érudition, à vingt ans, il perd définitivement la foi et tente de fuir l’étouffant foyer familial. Lorsqu’il y parviendra peu d’années plus tard, il aura écrit quelques uns des plus beaux poèmes de la littérature italienne. Il mènera dès lors dans des conditions précaires une vie errante à travers l’Italie, écrivant beaucoup, mais publiant peu (la plus grande partie de son œuvre paraîtra après sa mort). Lors du soulèvement populaire de 1831, les insurgés de sa ville natale le nomment représentant à l’Assemblée de Bologne, mais le soulèvement est écrasé par les Autrichiens. Il part s’installer à Naples où il mourra, probablement de phtisie, en 1837.

Célébré surtout pour sa poésie, Leopardi est également un philosophe original en qui Nietzsche a reconnu un précurseur. Allant au-delà de la critique antithéologique d’un d’Holbach ou d’un Diderot, Leopardi ne récuse pas seulement la croyance en Dieu, mais en [?] toute idée qui se glisserait subrepticement dans le suaire du fantôme divin et renouvellerait sous d’autres formes l’imposture religieuse. Ainsi en est-il par exemple du mythe du progrès qui commence à la faveur de l’expansion capitaliste à s’imposer en ce début du XIXe siècle. Héritier des Lumières dans la mesure où il rejette l’emprise de la métaphysique et de la théologie sur le monde, Leopardi s’en éloigne par son refus de voir dans le triomphe de la raison la solution aux maux qui accablent l’humanité. Son matérialisme conséquent le conduit à mettre en cause les valeurs les plus reconnues, l’illusion du libre-arbitre et même la nécessité de l’existence de l’homme, et fait de lui un moraliste noir dont la parole se tient à mi-distance entre le désespoir féroce de Sade et le grand rire dionysiaque de Nietzsche.

Joël Gayraud


Œuvres de Leopardi disponibles :

  • Aux éditions Allia : Pensées, Petites œuvres morales, Le Massacre des Illusions, La Théorie du Plaisir, Théorie des arts et lettres, Journal du premier amour.
  • Aux éditions Mille et une nuits : Éloge des oiseaux.
  • Aux éditions Aubier : Chants.

Joèl Gayraud sera l’invité de Radio libertaire vendredi 16 mai à 13 h 30 dans l’émission Pensées à débattre.





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