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Procès en correctionnelle suite à l’agression du 22 septembre 1996 à Poitiers

Le lundi 7 juillet 1997.

Les anarchistes en tant que plaignants devant la justice bourgeoise, ce n’est ni banal, ni forcément agréable… et pourtant ce fut le cas jeudi 19 juin pour les membres du groupe de Poitiers.

Rappellons brievement que suite à une attaque commando contre un stand de la Fédération anarchiste de Poitiers le 2 septembre lors d’une fête des associations, un, puis deux personnages furent interpellés. Le premier a passé trois semaines en taule, juste le temps de balancer son comparse qui, lui, a été emprisonné de fin octobre à début février.

Persuadé d’avoir été victime de l’extrême droite, mais sans preuve, le groupe de Poitiers décida de porter plainte à travers un de ses membres pour avoir accès au dossier.

L’instruction, avec son lot de témoignages et de lourdes confrontations, nous confirma nos premières impressions. Nos deux minables agresseurs étaient membres du FNJ. Un fut secrétaire départemental de l’Indre, du Front national jeunesse (20 ans et lycéen au moment des faits), l’autre était apprenti instituteur dans une école privée, et a été suppléant candidat pour le Front national dans l’Indre aux dernières législatives (23 ans au moment des faits). Leur défense initiale au moment de l’instruction était basée sur leur volonté d’en découdre avec des gauchistes et surtout des anti-FN, et que des divers stands qu’ils envisageaient d’attaquer, ce fut le nôtre de par sa proximité de la sortie et surtout de par son contenu antipape qu’ils choisirent.

Une vengeance chrétienne ?

Leur défense au procès fut légèrement différente, elle a été essentiellement axée sur leurs convictions religieuses, que les juges qualifièrent d’intégristes et eux de traditionalistes. En effet, après qu’ils se soient rendus à la messe du pape le 21 septembre à Tours, leur véhicule s’est trouvé bloqué par un « immense cortège surtout libertaire… blasphématoire… prônant le meurtre contre les catholiques… ». Choqués, ils décidèrent d’aller se venger le lendemain à Poitiers (haut-lieu bien connu de la contestation gauchiste), car une république qui tolère cela est contre la liberté, celle des croyants bien entendu. Ils nous concèdent « le droit le plus strict d’être anticléricaux », mais en gros, pas en dehors de nos cerveaux ! Et de rajouter qu’ils se sont rencontrés non au FNJ, mais dans les marches « pour la vie », en fustigeant une nouvelle fois cette république qui accepte le « meurtre de milliers de petits enfants ». Leurs avocats persistèrent dans la connerie et la bêtise, en déclarant entre autres : « Ce sont des jeunes motivés, au sang bouillant, cela fait plaisir à voir… », ou encore : « À vingt ans, on agit avant de réfléchir, c’est normal sinon on n’est pas jeune… », et même : « Ce sont des croisés des temps modernes combattant l’hérétique ». De plus, ils se mirent à citer dans leur plaidoirie, des slogans entendus dans les manifs contre JP II, comme : « Dieu existe, j’ai marché dedans », et ceci à notre grand plaisir. Ce genre de procès, agression avec armes de sixième catégorie, est bâclé en une demi-heure ou trois quarts d’heures, là, juges et procureur, visiblement peu habitués à ce genre d’affaire, cherchèrent à la faire durer. Le procès dura ainsi près de trois heures, avec parfois, pénibles pour nous, des références continuelles à la famille et surtout aux évangiles, de la part des accusés et de la cour.

La représentante de la partie civile (nous !) a commencé à déclarer qu’ils ne pouvaient être jugés pour leurs idées, cependant qu’une idéologie de la violence entraînait la violence, en rappelant que l’extrême droite, c’était la violence faite aux femmes, à ceux qui ne partagent pas leurs idées, aux immigrés…

Recommenceront-ils ?

Finalement, l’un fut condamné à dix mois dont un ferme (déjà effectué), l’autre à cinq mois avec sursis, avec inscription au casier judiciaire (c’est la seule chose que nous voulions réellement et qu’ils redoutaient le plus, l’enjeu étant ici l’entrée ou non d’un des deux dans l’Éducation), et à verser des dommages et intérêts, qui permettront à la trésorerie de la Fédération de récupérer l’argent donné au groupe de Poitiers pour les frais d’avocat (qui nous a fait don de la moitié de ses honoraires).

Faut-il dans un cas semblable faire la même chose ? Pour le moindre dessin ou article, Le Pen et ses collègues nous assignent en justice, alors en cas d’agression physique caractérisée, aux yeux de tous, il faut montrer que les anarchistes organisés ne se laissent pas attaquer impunément. Devons-nous répondre à la violence par la violence ? Pas dans un cas comme celui-ci, où nous avons bénéficié d’un capital de sympathie dont nous ressentons encore les retombées. Nous nous sommes servis d’une arme dont on se sert souvent contre nous, et l’argent versé par les deux condamnés servira à diverses actions de solidarité.

Groupe de Poitiers





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