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Campagne pour le droit à l’intimité en prison

Le lundi 7 juillet 1997.

Il y a quelques semaines, l’Observatoire International des Prisons a réuni autour de Patrick Marest, délégué national de la section française, Michelle Perrot, historienne, Henri Leclerc, avocat et Président de la Ligue des Droits de l’Homme, Jacques Lerouge, formateur en prison, Mikaèl Faure sociologue ainsi que Jacques Lesage de La Haye, psychologue à l’Établissement Public de Santé de Ville-Évrard et Chargé de Cours à l’Université de Paris VIIl afin de lance la campagne « Pour le droit à l’intimité ».

Le droit à l’intimité est un droit imprescriptible : le parloir intime avec la famille permet d’avoir des relations affectives avec les enfants et éventuellement sexuelles avec la femme ou la compagne, le mari ou le compagnon.

Le droit a l’intimité comprend, dans les cellules collectives, l’aménagement de l’espace, afin que l’intimité de chaque détenu soit respectée. Qu’il soit possible de se dénuder, se laver ou faire ses besoins naturel à l’abri de tout regard (personnel de surveillance et codétenus).

Le droit à l’intimité exige l’abandon de la pratique de la fouille intégrale (à nu), même pour des raisons de maintien de l’ordre et de sécurité.

Le droit à l’intimité exige la suppression des situations humiliantes et dégradantes qui font le quotidien des détenus : détérioration ou destruction des affaires personnelles lors des fouilles des cellules.

Le droit à l’intimité exige l’abandon du tutoiement (sauf choix réciproque) et la confidentialité de la correspondance privée,

Le droit à l’intimité comprend le strict respect des réglementations relatives à la proximité du lieu d’incarcération du détenu avec le lieu de domiciliation de ses proches (famille, ou amis). Et l’arrêt immédiat des transferts arbitraires sur l’ensemble des territoires.

La privation ne doit être rien d’autre que la privation de liberté. Pourquoi l’accompagner de la « castration pénitentiaire » ? La prison reste la dernière institution totalitaire de cette fin de vingtième siècle. Il est grand temps qu’elle soit abolie. En attendant, il devient urgent qu’elle se déconstruise, au moins par la transparence et l’ouverture sur l’extérieur.

Le droit à l’intimité est un des points les plus importants des récentes plates-formes de revendications des prisonniers, avec l’abolition du prétoire, du mitard et des quartiers d’isolement, le droit d’association et le SMIC pour tous les travailleurs incarcérés. Il faut exiger d’avantage de remises de peine, de permissions et de libérations conditionnelles.

Dans cette lente avancée vers la fin de la prison, la multiplication des alternatives à l’enfermement apparaît un des axes de lutte les plus urgents.

Mais il ne doit pas nous faire oublier pour autant celles et ceux qui crèvent à petit feu en détention. C’est pourquoi la campagne pour le droit à l’intimité et, en particulier, pour le parloir intime, doit être soutenue par tous les moyens, militants et politiques.

Les détenues et les détenus acculés à la frustration affective et sexuelle sont dépossédés de l’une de leurs principales dimensions. Il est urgent qu’ils la réintègrent. N’en déplaise aux robots et technocrates de la pénitentiaire, un homme et une femme même prisonniers, sont des êtres sexués. Ils ont le droit d’aimer et de faire l’amour.

Que cela ne nous empêche pas de rappeler que, seule, l’abolition de la prison reste, en matière de lutte anticarcérale, la première pierre de la construction d’une société anarchiste. Les autres objectifs, comme le parloir intime, font partie de l’amélioration des conditions de détention. Ils tiennent compte des situations catastrophiques des personnes incarcérées aujourd’hui. Mais ils constituent aussi les éléments et les étapes permettant la déconstruction de la prison. C’est cette mise en perspective qui nous permet, à nous, libertaires, de nous mobiliser pour ce qui peut paraître humanitaire et réformiste. La fin de la prison, c’est le début de la société anarchiste.

Émission « Ras les murs » (Radio libertaire)





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