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éditorial du n° 1111

Le jeudi 19 février 1998.

Le centième anniversaire du « J’accuse » de Zola a complexé nos « intellectuels » médiatiques. Soucieux de ne pas rater l’occasion de passer eux aussi à la postérité, ils guettent un juste combat à la mesure de leurs prétentions.

Le plus médiatique d’entre eux a déniché son créneau. Bernard-Henri Lévy l’a décidé : la junte militaire algérienne sera son Dreyfus. Victime, selon lui, d’une ignoble campagne de désinformation, l’armée algérienne doit retrouver son honneur. BHL s’y emploie.

Pour cela, il s’est décrété journaliste. Quatre pages dans « le » quotidien du soir, ce « grand reporter » a pu amplement livrer sa vérité. Elle est nette et sans bavures. BHL trouve « irresponsable » de considérer « le pouvoir d’Alger comme un bloc, uniformément tortionnaire et corrompu ». L’unique solution serait d’appuyer « les démocrates algériens dans le seul combat qui compte : mettre l’armée en demeure de faire son métier ». « Il n’y a pas d’autre choix dans le combat contre les Khmers verts ».

BHL se déclare partisan du moindre mal. Idolâtre repenti du Grand Timonier, il demeure persuadé que la fin justifie les moyens. Rien ne peut l’ébranler. Ni l’avocat Abdenour Ali Yahia, président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, qui affirme que le pouvoir algérien détiendrait 35 000 prisonniers politiques et serait responsable de plusieurs milliers de disparitions, ni la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) qui dénonce l’utilisation systématique de la torture (électricité, chalumeau) par les services de sécurité et l’emprisonnement de suspects, pour des périodes indéterminées, dans des centres de détention (quinze pour la seule ville d’Alger) dont l’État persiste à nier l’existence.

Alliés objectifs d’un régime discrédité qui a besoin de la guerre pour se maintenir, les démocrates éradicateurs que soutient BHL se sont enfoncés dans une impasse. Ils demandent à l’armée d’éradiquer par tous les moyens l’islamisme puis d’organiser pour eux des élections « propres ».

L’idéologisation (laïcité versus islamisme) à outrance rend aveugle sur les racines sociales du drame algérien. Depuis six ans, la misère et le despotisme, les deux terreaux de l’islamisme, n’ont fait que croître. Le prix de la baguette a décuplé, passant de 1 à 10 dinars, soit 1 franc français. Le kilo de viande est à 54 francs, un dixième du SMIC local.

Les enjeux de société fondamentaux comme les droits des femmes, la liberté d’expression et d’organisation, les droits politiques et culturels ne pourront jamais sortir des ghettos sociaux, essentiellement la classe moyenne francophone, où ils sont maintenus, si l’écrasante majorité de la population les vit comme l’apanage d’une minorité insensible à son sort. En Algérie aujourd’hui, les démocrates qui s’identifient au combat de la junte militaire discréditent pour longtemps l’idée de laïcité.


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