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Noisy-le-Grand

L’Extrême droite s’installe, Pajon fournit les pierres

Le jeudi 26 février 1998.

Depuis 1987, dans un local prêté par la mairie de Noisy-le-Grand, l’ANCRE (Association Noiséenne Catholique pour la Continuité du Rite dans l’Église) célèbre une messe dans le quartier du « Pavé Neuf ». Fort du soutien de la fine fleur de l’extrême droite, l’ANCRE décida de renforcer son audience par la construction d’une église. Pour ce faire, une chapelle du XIXe siècle fut achetée 360 000 FF à un marchand de matériaux. Cet édifice de plus de 300 tonnes fut transporté pierre à pierre des Deux-Sèvres à Marne-la-Vallée (coût ?) sur un terrain acheté, ironie de l’histoire, rue Jules Ferry, pour 1,2 million de francs. Le devis de reconstruction fut établi aux alentours de 600 000 FF.

François Triomphe, le président de cette association, et ancien candidat sur la liste FN pense, d’ici cinq ans, installer un prieuré avec une communauté de moines. Nous pouvons déjà prévoir l’ouverture d’écoles privées. En effet depuis sa fondation en 1970 par Mgr Lefèbvre, La Fraternité Saint Pie X sait utiliser au mieux la loi Falloux de 1850 pour semer ses bâtiments. Ces écoles, lieux de propagande de prédilection où l’extrême droite se retrouve chez elle, s’inscrivent dans les 10 % « hors contrats ».

Complice et coupable

Le permis de construire, refusé par l’ancien maire UDF-RPR de Noisy le Grand, sera délivré par le maire socialiste rocardien Pajon, qui confond tolérance et complicité. Le but lamentable est de diviser la droite pour garder un trône en mairie et à la chambre des députés. La soif du pouvoir est plus forte que la défense des libertés, ainsi sans prévenir le conseil municipal Pajon signa le cadeau à l’extrême droite sous prétexte qu’il ne pouvait aller contre la loi. Papon, lui, remplissait les trains pour obéir aux ordres.

La pose de la première pierre s’est effectué le 4 février 1996. Une centaine de Noiséens, sachant qui se cachait derrière l’ANCRE, ont manifesté leur opposition au projet dans la froidure pendant que 250 fidèles, habillés bcbg, se gavaient de petits fours dans l’hôtel Adagio, avant de se rendre sur le chantier escortés par un immense pavillon chouan, battant au vent. Dès cette époque il était évident que cette chapelle redynamiserait les actions de l’extrême droite en Seine-Saint-Denis. La suite nous donna raison.

Des adversaires déterminés

Dès le début des travaux de construction, de vives réactions apparaissent. Soit des personnes réagissent individuellement : dépôts de couches usagées sur le chantier et une attaque en règle dans la nuit du 19 au 20 février qui se soldera par une clôture abattue, des pierres et le chantier badigeonnés à l’huile de vidange et quelques 80 sacs de ciment rendus inutilisables. Les réactions de l’extrême droite se font dans toutes les directions : François Triomphe y voit la contre onction du diable, Radio Courtoisie appelle ses auditeurs à monter la garde autour du chantier, Présent et Rivarol lancent des souscriptions.

De leur côté, plusieurs organisations se regroupent autour d’une plate-forme et lancent un collectif de vigilance sur Noisy. Ce collectif, très large, regroupe des organisations allant de la FA au mouvement des citoyens en passant par CNT, SCALP, Initiative républicaine, Noisy autrement, Verts, LCR, Sud CRC, PCF et UNEF-ID.

Le groupe Sacco et Vanzetti produira trois affiches sur la poussée de l’extrême droite à Noisy-le-Grand. Celle qui rappelle le rôle du maire socialiste dans l’obtention du permis sera poursuivie en justice par Pajon. Non content de faire progresser la cause de l’obscurantisme et de l’ignorance, le mégalo réprime.

Un débat public dans une salle comble à majorité libertaire où toutes les prises de parole rappelaient le rôle joué par la mairie et le PS dans la monté du FN en inquiéta plus d’un. Le 11 novembre, c’était la manifestation contre la première messe de la Fraternité Saint Pie X à Noisy-le-Grand. Nous pouvons aujourd’hui qualifier cette mobilisation de réussite !

Le collectif s’était fixé comme but de réunir au moins autant de personnes que les intégristes et ce fut réalisé ! La presse accorde 600 personnes pour les opposants contre 400 pour les sectaires. Si l’on rajoute que le cortège libertaire à lui seul représentait plus de 50 % des manifestants… Cela donna bien sur un autre ton aux slogans (ni Dieu ni maître ni ordre moral, l’extrême droite s’installe, le PS fournit les pierres). La FA, la CNT et le SCALP ont tenu plus que leurs engagements. Malheureusement, si aucun photographe ou cameraman ne pouvait ignorer nos couleurs, lorsqu’il fallut passer les micros seuls les politiciens furent retenus. Pour les zones d’ombre, comment ne pas signaler le travail écœurant de la section du P.S. qui après les poursuites policières et les tracasseries pendant une années décida officiellement, le soir du débat sur l’extrême droite, de rejoindre la manifestation. Là, les Pajonistes se surpassèrent car sur trois affiches appelant à manifester deux étaient systématiquement recouvertes par une autre sûrement plus d’actualité : l’inévitable rose appelant à adhérer au parti. Avec 1200 affiches rajoutées à celles du collectif et collées en 15 jours (on n’a pas rien sans rien) la parole resta aux libertaires !

Depuis, l’ANCRE recherche des fonds pour poursuivre ses travaux mais c’est vrai que la Fraternité doit déjà financer l’équipement de l’église désaffectée de Saint-Ouen-de Mancelle à 40 km d’Évreux, cadeau de l’église officielle. L’extrême droite elle s’ancre. L’Église protestante indépendante (émanant du pasteur qui distribue des soupes populaires à préférences nationales) trouve siège social au 33 rue de Bourgogne à Noisy-le-Grand. Le siège départemental du FN quitte Pavillons-sous-Bois pour s’installer officiellement à Noisy-le-Grand… Sûrement de simples hasards, n’est-ce pas M. Pajon ? Pour nous le combat continue. Nous avons déjà montré nos capacités de mobilisation.

G.L.





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