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FN : un nouveau larron au pouvoir !

Organisons la riposte libertaire !

Le jeudi 26 mars 1998.

Ainsi donc ces élections régionales auront été celles par qui le scandale arrive. Des politiciens de droite ont brisé le cordon sanitaire qui maintenait dans l’isolement politique total le Front national. L’alliance nouée entre au moins cinq présidents de région et le FN marque assurément une évolution des rapports de forces entre les différentes composantes de la classe politique française.

Les dirigeants actuels de la droite, comme ceux de la gauche plurielle, parlent de trahison et de complot contre la république et la démocratie. Beaucoup de bruits et de gesticulations qui masquent mal leur peur panique de voir à plus ou moins brève échéance se structurer une nouvelle organisation de droite, intégrant sous une forme ou une autre l’extrême droite, et qui serait en capacité de les éjecter du pouvoir. On comprend que les Séguin, Chirac, Jospin et beaucoup d’autres aient tout à perdre.

Les anarchistes, conscients que cette recomposition politique était en gestation depuis plusieurs années, dénoncent ces nouvelles alliances fascisantes qui vont précipiter une gestion de l’État encore plus agressive et répressive. Pour autant nous ne sommes pas dupe vis à vis de cette gauche plurielle qui voudrait nous amener à défendre pieds et poings liés, sans condition ni précaution, un État, fut-il républicain, et un système de démocratie parlementaire, dont nous avons toujours affirmé qu’ils nous assujettissaient aux intérêts capitalistes sans jamais nous mettre à l’abri de dérives racistes et fascistes. Malheureusement les faits nous donnent une fois de plus raison !

Il y a urgence à rassembler l’immense majorité des exploités, à travers des luttes revendicatives, permettant par des pratiques de démocratie directe, d’auto-organisation et de mandatement impératif, de manière à mette en place une dynamique autogestionnaire qui trouvera sa finalité dans la définition d’un projet sociétaire en rupture avec le capitalisme et l’État, assurant ainsi à chacun liberté et égalité économique et sociale !
C’est la raison d’être de la Fédération anarchiste et c’est en ce sens que nous agissons ! Nous rappelons qu’en politique il n’y a pas de génération spontanée et qu’il convient donc d’expliciter les causes du développement du FN et de relativiser l’impact de ses thèses dans la société.

Les responsabilités de la gauche plurielle

Après la prise du pouvoir d’État en 1981 et passés quelques moments de frayeur, la droite a compris tout l’intérêt qu’elle pouvait retirer à faire assumer par la gauche la responsabilité des restructurations industrielles et la réduction des protections sociales, pour s’adapter à la mondialisation des marchés et de la société.

Dès 1984 les marges de profits reprenaient une courbe ascendante après de longues années d’érosion. Le coût social de cette politique économique capitaliste s’est traduit par une augmentation continue du nombre de chômeurs et un développement rapide de la misère. Cette période restera marquée par l’ascension de quelques spécialistes de l’arnaque, tel Tapie, et des scandales politico-financiers qui ont largement contribué au pourrissement du système politique en place.

Ce furent aussi les beaux jours des Restos du cœur sponsorisés par le show business, l’invention du RMI et des CES, mais aussi et surtout la déception et l’écœurement de la grande masse des militants et sympathisants de gauche qui se sont sentis piégés par leurs représentations politiques et syndicales.

La désaffection militante est devenue hémorragie et les luttes revendicatives se sont trouvées très affaiblies. C’est cette politique là qui a fabriqué le FN depuis sa première « victoire » à Dreux en 1984 jusqu’à être en capacité de faire imploser la droite en 1998 ! Et c’est bien la gauche, PS en tête, affublée de l’étiquette plurielle, qui est responsable de cette situation.

La classe politicienne de gauche a brisé et détruit sa propre base sociale, au point qu’aujourd’hui plus aucun projet politique émancipateur quelconque ni aucune ambition généreuse ne l’habite ! Le seul discours que nous entendons est celui du fatalisme, de l’abdication et de la soumission aux intérêts du capitalisme.

La seule morale qui vaut est celle des relations d’État à État qui fait qu’au moment même où la gauche plurielle nous fait le coup de la démocratie violée par des alliances droite extrême droite, des boat people d’origine chinoise se révoltent en Nouvelle-Calédonie pour s’opposer à l’expulsion par charter d’une centaine de réfugiés dont chacun sait le sort qui leur est réservé en République chinoise !

Le ministre de l’Intérieur, un certain Chevènement, organise la répression. C’est un nationaliste assurément ! Fréquentable sûrement pas et pourtant il est dans la gauche plurielle ! Assez d’hypocrisie !

La riposte indispensable est possible !

La riposte à cette dérive réactionnaire et autoritaire du pouvoir est indispensable et possible. Elle est indispensable parce que nous savons bien que les politiciens trouveront des arrangements entre eux, qui dureront ce qu’ils dureront et au bout du compte ils nous feront payer la note. La gauche plurielle ayant largement prouvé son incapacité à répondre aux aspirations populaires ne peut pas changer quoi que ce soit dans sa gestion capitaliste et étatique sous peine d’être rejetée par les maîtres du monde et elle ne dispose plus d’une assise sociale animée par un projet émancipateur, seule force capable de faire contrepoids.

La riposte est possible parce que nous savons que depuis 1986 des coups de butoir, des moments de révoltes collectives ont commencé à contester les logiques politiques dans lesquelles se discréditait la gauche plurielle.

Il y a eu les coordinations des cheminots et des infirmières, le mouvement anti-CIP, les nombreuses révoltes de banlieues, les imposantes manifestations contre le FN, l’émergence de structures syndicales s’autonomisant des grandes confédérations, le mouvement social de novembre 1995, la lutte des sans-papiers et son impact populaire considérable, celle des chauffeurs routiers, les luttes pour le droit au logement, le mouvement des chômeurs, etc.

Nous savons aussi que de plus en plus souvent les libertaires trouvent leur place dans ces luttes et sont à même d’y jouer un rôle important. Bien sûr tout ceci reste encore confus, la conscience d’être partie prenante d’une dynamique révolutionnaire plus ou moins claire, les objectifs et finalités brouillonnes.

Mais cela existe et c’est une force considérable qui est en gestation parce qu’il faut garder à l’esprit que l’ensemble de la classe politique est discréditée et incapable de répondre aux besoins sociaux.

La contradiction entre les richesses existantes et leur répartition comme la contradiction entre les formes institutionnelles des processus de décision et les capacités d’autonomie revendiquées par chaque individu sont telles que ce système est condamné !

Nous pouvons sortir de l’impasse dans laquelle nous a conduit la gauche plurielle par le haut, autrement dit la mise en place d’une société libertaire est possible ! La barbarie n’est pas inéluctable !

Bernard
groupe Déjacque (Lyon)





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