[Archives du Monde libertaire] • ArchivesArticles du Monde libertaire en ligneIndexationSommairesAuteur·e·sAdministrationSite du Monde libertaire

Évry

La Lutte des sans-papiers

Le jeudi 26 mars 1998.

En région parisienne, dans le cadre d’initiatives de luttes pour la régularisation des sans-papiers, le collectif des sans-papiers de l’Essonne occupe la cathédrale d’Évry depuis le samedi 7 mars.

Une pièce au deuxième étage du bâtiment attenant à la cathédrale (le fameux musée d’art sacré qui permit en son temps à la gauche au pouvoir de financer sur fond public la construction de la cathédrale) a été mise à sa disposition pour dormir.

Le diocèse d’Évry, accordant sa « protection » aux sans-papiers, n’en a pas moins mis en place une instance de médiation qui contribuera à régler les problèmes liés à cette occupation. L’évêché a déclaré : « L’Église catholique a une mission d’accueil envers les plus démunis. Cela ne signifie pas que nous partageons toutes les revendications des personnes qui occupent la cathédrale. »

Conséquence de cette occupation, le préfet de l’Essonne, sous la pression du collectif, a accepté de recevoir une délégation de onze personnes, composée de délégués des sans-papiers, de représentants de la coordination nationale des sans-papiers et de représentants d’associations du département.

Il s’agissait de la deuxième rencontre entre le préfet et les sans-papiers de l’Essonne depuis la circulaire du 24 juin 1997 du ministère de l’Intérieur. La revendication de ces derniers étant une demande faite au préfet de revenir sur sa décision de ne pas les régulariser. La préfecture avait rejeté leur demande de régularisation qui avait pourtant été faite dans les délais ; à savoir avant novembre 1997 comme les y invitait la circulaire.

Il faut savoir que la procédure de régularisation annoncée à grands renforts de médias a suscité un espoir réel parmi les sans-papiers, qui se sont précipités aux guichets de l’administration, donnant aux autorités leur adresse et leur lieu de travail. Ne soyons pas dupes, cette méthode semble relever davantage d’une opération de fichage et de flicage d’une population marginalisée que d’une réelle volonté de vaste régularisation de gens aux abois.

Selon les sans-papiers, dans l’Essonne, c’est une interprétation des plus étroites qui est faite des critères déjà trop sélectifs de la circulaire Chevènement.

Extrait du compte rendu du collectif : « La rencontre a porté sur le traitement particulièrement sévère des dossiers des célibataires et des déboutés du droit d’asile en préfecture, l’application très restrictive de la circulaire du 24 juin 1997, le non respect des indications de la circulaire quant à sa procédure d’application. Le préfet a réaffirmé qu’il entendait avoir une application stricte de la circulaire. Des arguments clairs lui ont été opposés quant aux obstructions de ses services concernant autant les déboutés que les célibataires. Le préfet, retranché derrière sa fonction, a refusé de considérer l’impasse dans laquelle se trouvent les sans-papiers qui occupent la cathédrale, en se retranchant derrière le ministère de l’Intérieur. Il a fermé toute possibilité d’examen global des situations, exigeant une liste de cas particuliers. Les sans-papiers ont refusé d’entrer dans une logique du cas par cas, remettant en question la méthode et les conditions de traitement des dossiers. »

Dans le cadre du 30 avril, date butoir de l’application du texte ministériel, la préfecture joue donc le pourrissement de la situation, tablant sur l’isolement et la peur des sans-papiers ainsi que sur un essoufflement des luttes et de la solidarité à leur égard.

Cependant, la détermination des sans-papiers reste entière ; la poursuite de la lutte pour leurs droits par tous les moyens s’intensifiant même dans la mesure où ils n’ont plus rien à perdre. Sur 150 000 personnes qui ont déposé un dossier pour obtenir leur régularisation, seule la moitié éventuellement recevra une carte temporaire d’un an sans garantie de renouvellement, au 30 avril 1998, renforçant par là même la précarité des étrangers et confinant ces derniers dans un rôle de boucs émissaires.

La loi Chevènement, reprenant et aggravant la logique policière des lois Pasqua-Debré, a comme volonté manifeste d’isoler les sans-papiers, de poursuivre tout acte de solidarité et de rassurer la propagateurs des thèses xénophobes.

Les revendications des sans-papiers de l’Essonne ont actuellement pour base :

  • la régularisation de tous les sans-papiers ;
  • l’arrêt des expulsions et retour des expulsés ;
  • l’abolition de la double peine ;
  • la libération des détenus pour défaut de papiers.

Une manifestation de soutien, à l’appel du Collectif des sans-papiers, a eu lieu le 20 mars à Évry. Dans le cortège, un slogan attira particulièrement l’attention : « Français-immigrés, solidarité ».

Comme quoi le combat des sans-papiers est à replacer dans un contexte plus large de lutte contre les frontières entretenant l’illusion de pays repliés sur eux-mêmes. Nous avons toute notre place à prendre dans le soutien à cette lutte. « Notre pays : la Terre ».

José
groupe Francisco-Ferrer (Évry)


2002-2019 | Site réalisé avec SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
FICEDL | Bianco : 100 ans de presse anarchiste | Bettini: periodici anarchici | Cgécaf | Cartoliste | Placard