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Les 35 heures au Sénat

La Gauche trop large avec les patrons

Le jeudi 26 mars 1998.

Dans la suite logique de l’adoption par l’Assemblée nationale du projet de loi sur les 35 heures (cf ML précédents), il est important de remarquer l’étape sénatoriale du projet de Martine Aubry. Étudié du 3 au 5 mars, le projet socialiste se trouvait en concurrence directe avec la réduction du temps de travail version Robien (UDF), déjà adoptée et en application depuis 1996.

Le Sénat, majoritairement de droite, n’a pas eu de difficultés pour imposer un « reprofilage » de la loi Robien. En gros, il s’agissait pour les sénateurs de droite de supprimer la généralisation de l’abaissement du temps de travail, de remonter le seuil du nombre de salariés à 50 salariés pour appliquer la RTT en 2000 ou 2002, d’accentuer l’annualisation du temps de travail… bref, il s’agissait de reprendre les arguments de E.-A. Seillières du CNPF.

Mais la surprise venait de la vision de ces libéraux sur le prix de la loi Aubry. Estimant le projet trop coûteux, Jean-Pierre Fourcade, au nom de l’UDF, se proposait de raccourcir dans le temps et de plafonner les exonérations patronales ! Mais oui, la gauche serait donc trop large avec les patrons : c’est la droite qui le dit ! Finalement, le Sénat a adopté une nouvelle version du projet Aubry, par 220 voix pour et 96 contre.

Pendant ce temps, le Syndicat national des fabricants de sucre de France (SNISF) entamait dans la douleur des négociations avec les syndicats de salariés, après avoir fait connaître son intention de dénoncer la convention collective qui fixe notamment les horaires de travail de cette branche industrielle. Or, les patrons sucriers aimeraient beaucoup faire travailler les ouvriers 46 heures par semaine (ce qui se fait déjà) en pleine saison et 32 heures le reste de l’année. L’avantage ? Ne plus payer d’heures supplémentaires au-dessus de 35 heures. Et les compensations d’embauches se concrétiseraient par des emplois saisonniers !

Le patron des patrons, qui doit rencontrer en avril le patron du gouvernement, aurait changé d’approche à propos des 35 heures. C’est Blondel qui le dit : « Seillières n’est pas l’homme de ses déclarations », affirmant qu’il avait rencontré « un autre Seillières », « pas aussi fermé ». Il faut vous dire que depuis janvier déjà, les employeurs de la FNSEA, de l’UPA (artisans) et de l’UNAPL (professions libérales) sont en contact régulier avec Martine Aubry. Seillières représentant avec Michelin ou le patron des cristalleries d’Arques la frange la plus dure du patronat, il semble que la majorité du patronat français ne le suive plus du tout (et depuis janvier déjà) dans son opposition de moins en moins ferme aux 35 heures. Ce qui démontre bien, une fois de plus, que le projet Aubry est d’abord une aubaine pour le capitalisme. Du coup, Seillières est de plus en plus seul à ne pas vouloir d’une réduction du temps de travail qui permettra surtout au patronat d’accentuer la précarité, la flexibilité, l’annualisation, la division des travailleurs sans rien régler du chômage, et en encaissant les sommes dispensées largement par la gauche plurielle. Nous aurons l’occasion de reparler bientôt de cette loi qui est en fait un pas de plus vers l’injustice, mais avec un faire-valoir social : la réduction du temps de travail.

Daniel
groupe du Gard


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