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Manif contre l’OMC à Genève

Le jeudi 4 juin 1998.

Le 16 mai, Atanar-groupe libertaire d’Annemasse, a fait flotter sa banderole lors de la manif organisée à Genève, comme dans 150 autres villes, contre la réunion de l’OMC. L’organisation mondiale du commerce (ou des cannibales, au choix), successeur du GATT, fêtait son cinquantième anniversaire. Donc, ce 16 mai, il y avait du beau linge dans la cité de Calvin, des ministres, des chefs d’État. Histoire de ne pas les laisser tous seuls s’entendre sur notre dos, l’Action mondiale des peuples (AMP) créée en novembre 1997, avait organisé les réjouissances pour la durée du congrès, soit du samedi au mercredi.

Une bien belle manif

Dans la rue, il y avait des pas-contents, des qui-pensent-pas-bien, environ 8 000 selon la plupart des estimations, venus d’Amérique latine, d’Italie, d’Allemagne, du Portugal, d’Inde et d’ailleurs. Sur le vieil air de « prolétaires de tous les pays… », on était venu réclamer un traitement humain et social de toutes les populations, un droit de regard sur nos propres destinées.

Le programme des festivités était plutôt gratiné : d’abord le défilé, puis une street party sous les fenêtres de l’OMC, suivie d’une fête nocturne dans le quartier de la gare ; congrès à l’université de lendemain et actes de désobéissance publique pour émailler les cinq jours. Quelques attaques ciblées devaient agrémenter le parcours. Autant le dire tout de suite, on n’est jamais arrivé jusqu’à l’OMC. Une conférence de presse ayant annoncé le programme, les flics avaient bouclé le quartier international : un périmètre de sécurité infranchissable, englobant même un bout du lac (des fois qu’un pédalo soit pris d’une folie meurtrière) interdisait toute approche. Il faut dire que quelques jours plus tôt, les Kurdes avaient réussi à pénétrer dans l’ONU… Nous avons donc défilé dans un ordre très relatif et sans discrétion aucune puisque, côté musique, on avait la sono, l’orchestre des hospitaliers (opposés à la fusion des hôpitaux de Genève et du canton de Vaud), une chorale, des tam-tams, des cloches… Notre banderole s’est taillé son petit succès, inattendue, réveillant les vieux souvenirs des Jurassiens ou de L. Tronchet. On a été bien photographiés, on a noué des contacts. Il avait été question de cibles choisies. Un ou deux Mc Do y ont laissé leur devanture, une société d’assurance, quelques vitres et un diplomate, sa mercedes. Des banques malencontreusement sur le parcours ont eu leur façade agrémentée de slogans. À la limite du périmètre de sécurité, certains délégués ont pris la parole et le cortège a laissé aux plus turbulents le temps de balancer quelques pierres et le contenu d’un container poubelle sur les pandores bloqués derrière les barrières de quelques centaines de mètres. Les casseurs, restés seuls face aux flics, se sont dispersés au bout d’une petite heure. Le soir la fête a continué en musique devant la gare de Comavin et la fin de la manif a été annoncée à 22 h 30 sans que l’émeute attendue ait lieu.

La casse programmée

Les quatre jours suivants, l’AMP a poursuivi ses actions sporadiques (fête de rue, barrage de vélos sur le pont du Mont Blanc, enterrement du Contrat social de Rousseau…) sans rencontrer l’hostilité de la population. Difficile dans ces conditions d’impliquer l’AMP dans les débordements qui se sont renouvelés deux ou trois nuits de suite, même s’il est évident que les casseurs ont profité du prétexte de la manif.

Le schéma devient classique : dans un premier temps, les casseurs ont agi avec une relative modération, protégés par la foule ; beaucoup plus tard dans la soirée, ils se sont déchaînés par petits groupes très mobiles, se perdant parmi les badauds et les manifestants attardés. Dès lundi, La Tribune titrait sur quatre colonnes « Folle nuit d’émeute » comme s’il s’agissait d’une surprise. C’est oublier que le mercredi 13 mai, cette même Tribune annonçait carrément la révolution en rendant compte des deux conférences de presse, celle de l’AMP dévoilant ses projets et celle de Ramseyer, ministre de la police et de la justice, qui s’est fait une triste notoriété voici deux ans en réprimant durement une manif antimilitariste et plus récemment en s’attaquant aux squatters, à tel point que le Grand Conseil l’a privé de ses jouets, entre autres l’usage de gaz lacrymogènes mélangés à l’eau. Bref, Ramseyer, ses sbires et ses copains vivent un cruel dilemme, tiraillés entre leur goût immodéré de l’ordre et l’obligation de tolérer la liberté d’expression inscrite dans la Constitution suisse. Il est clair que la casse a été prévue et que les autorités ont laissé faire, pas par négligence mais par calcul. Dans un premier temps, la police a élaboré une tactique en deux volets :

  • on a tenté de remonté l’opinion publique par des propos alarmistes, un quasi état de siège avec hélicos vrombissant et frontières fermées ;
  • on a plus que toléré les casseurs campant sur la plaine de Plainpalais. Le samedi à 14 heures, ils étaient pratiquement seuls, tout au plus une soixantaine, facilement repérables à leur accoutrement, treillis et cagoules, préparant au vu et au su de tout le monde leur matériel, peinture, bambou… Alors qu’on bloquait d’autres manifestants aux frontières ou à leur descente de train, ceux-ci, on les a laissé bien tranquilles.

En conclusion bis (et fin), comme l’écrivent d’autres journaux, « les dégâts matériels à Genève sont dérisoires comparés aux désastres engendrés par la politique néo-libérale ».

D.M.





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