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Procès contre une animatrice de Radio libertaire

Le Maton était au parfum

Le jeudi 25 juin 1998.

Cela pourrait être le titre d’un de ces polars à deux sous qui nous feraient croire que les truands ne sont pas toujours d’un seul et même côté de la porte des cellules, propos farfelu s’il en est. Ce pourrait être une de ces répliques de films de série B, à mille lieux des réalités bien sûr, dans lesquels le port de l’uniforme de surveillant ne met pas toujours à l’abri de la tentation de mettre du beurre dans les épinards à travers des opérations où la morale hautement civique des fonctionnaires tient peu de place. Ça n’est que le titre d’un article grandement respectueux de la profession de gardien de prison, dont on devinera plus loin l’explication.

Tout va bien, donc, dans les prisons de France ! Il n’est pas vrai que l’Administration pénitentiaire, attentive et charitable, ne fasse point tout ce qui est en son pouvoir pour répondre aux nombreux problèmes des prisonniers et aux drames humains que la détention entraîne le plus souvent. Il est faux de prétendre que des gardiens, véritables « pères Teresa » du prisonnier, hommes de devoir recrutés à partir de sévères enquêtes de moralité, assouvissent parfois de bas instincts aux détriment des détenus ou arrondissent leurs fins de mois par le biais de trafics divers. Il est mensonger d’affirmer que les droits carcéraux, nombreux et à ce point généreux qu’ils transforment comme on sait le prisonnier en pensionnaire choyé de prisons « quatre-étoiles », sont presque en permanence bafoués. Non, décidément, tout va bien dans les prisons de France…

Les pourrissoirs de la République

…Pourtant, au mois de mai 1997 paraissait le premier numéro de la revue bimestrielle Dedans dehors [Dedans dehors, 40, rue d’Hauteville, 75010 Paris] à l’initiative de l’Observatoire international des prisons. À sa lecture, le citoyen réfractaire aux « exagérations » des feuilles de chou ou organes radiophoniques extrémistes, mais sensible aux informations et demandes raisonnables des organismes on ne peut plus légalistes, s’apercevra que tout ne va pas pour le mieux dans les pourrissoirs de la République. Établir, à partir de cette seule publication, une liste à peu près exhaustive des manquements au simple règlement carcéral, des atteintes répétées au droit minimal du prisonnier, des humiliations subies par le détenu ou sa famille, serait ici fastidieux et sans doute inutile, car il faudrait que le lecteur de cet hebdomadaire soit bien naïf pour avoir pris au premier degré les propos rassurants tenus ci-dessus sur l’état idyllique des prisons françaises. On tentera donc de se convaincre de l’extrême humanité qui préside au « rachat » des « fautifs » incarcérés dans notre belle démocratie à travers ce simple écho glané dans le numéro de juillet 1997 de ladite revue : « Le 13 mars 1996, Fernando Alves. malade du sida, est transféré à l’hôpital pénitentiaire de Fresnes alors qu’il vient de passer trois jours sans manger, personne ne s’étant aperçu que ses bras paralysés l’empêchaient de se nourrir seul. Son état de santé s’aggravant en juillet, il est gracié le 7 août et transféré à l’hôpital de Mantes-la-Jolie. Placé à l’écart, il décède le 11 août sans avoir revu sa famille, qui n’a pas été informée de sa libération. »

Ce genre de nouvelle et d’autres innommables ignominies de même calibre sont connues en région parisienne par les auditeurs de l’émission « Ras-les-murs », sur Radio libertaire. Depuis de nombreuses années, en effet, celle-ci informe sans détours ni compromis d’aucune sorte sur la réalité de l’enfermement. Le sérieux des animateurs et de leurs dossiers, la haute valeur de nombre de leurs invités et le suivi des contacts avec les taulards leur ont valu, outre une audience des plus conséquentes, la haute considération des prisonniers, qui demeurent, partout dans le pays, au gré de leurs transferts d’une geôle à l’autre, les principaux pourvoyeurs d’informations puisque hélas placés aux premières loges. On devine aisément, toutefois, que cela ne saurait satisfaire tout le monde, et en premier lieu les membres de cette glorieuse Administration pénitentiaire qui n’aura jamais à répondre, entre autres, du « fait divers » évoqué ci-dessus.

Le maton porte plainte

Au cours d’une émission, notre camarade Nicole Fontan, animatrice de « Ras-les-murs », s’est livrée à la lecture d’une lettre d’un détenu de la prison de Bois-d’Arcy. Ce dernier y évoquait, en dénonçant les conditions dans lesquelles il s’effectue, le travail carcéral [1], et mettait ouvertement en cause un maton, en le nommant, responsable, selon ce détenu, de détournements réguliers de cartons remplis de flacons de parfum que les prisonniers avaient précisément à charge de confectionner.

Comme la police, et plus généralement tout ce qui fait profession d’autorité, l’Administration pénitentiaire n’a rien contre les dénonciateurs. Mais elle les préfère elle aussi anonymes, et surtout à son service. Pas quand publiquement ils se mêlent de faire connaître les tares et les méfaits de ses agents. Aussi n’a-t-elle pas apprécié la lecture pourtant pleine d’enseignements que notre amie Nicole fit ce soir-là sur l’antenne de Radio libertaire. Aussi soutient-elle la plainte déposée par son maton parfumé contre cette camarade et son complice, le détenu Abdelkader, auteur du courrier incriminé, qui tous deux persistent et signent et répondront de leurs actes et paroles devant la huitième chambre du tribunal de grande instance de Versailles, rue de l’Europe, le 1er juillet prochain à 14 heures, où ils comparaîtront pour diffamation envers un surveillant dans l’exercice de ses nobles et odorantes fonctions.

Force est de constater que les procès se multiplient depuis quelque temps à l’encontre de ce journal et des militants de la Fédération anarchiste. Voilà Radio libertaire, plutôt épargnée jusque-là par les mauvais plaideurs, visée à son tour à travers une animatrice et tenue de fréquenter contre son gré un de ces lieux mal famés où tant de forfaitures furent commises, les palais de justice. Il convient que chacun apporte avec détermination son soutien à tout(e) camarade qui, à partir d’informations fiables, obtenues comme c’est le cas présentement à partir de liaisons épistolaires fondées sur la confiance, la solidarité et aussi l’amitié, entend profiter pleinement de son droit à l’expression libre, quitte à faire de la peine aux tenants des petites combines et grandes injustices sans lesquelles il n’y a pas l’État de droit.

Tous à Versailles le 1er juillet à 14 heures pour soutenir Nicole, et Abdelkader.

Floréal


[1Sur le travail carcéral, voir l’intéressant dossier proposé par la revue Dedans dehors dans son n° 4 daté novembre-décembre 1997.





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