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Lycée autogéré

Une École pour qui, pour quoi, par qui ?

Le jeudi 17 septembre 1998.

Le Lycée Autogéré de Paris a fêté ses 15 ans au cours du mois de mai. Pour ce faire les « lapiens » ont invité des ex, des collègues de la norme, des universitaires, lycéens, parents et institutions alternatives. Plusieurs ateliers fonctionnèrent durant ces rencontres : échanges entre expériences, savoir et pouvoir, les finalités de l’école. Pascal fut l’animateur de ce dernier atelier et nous en fait la synthèse.



Nous vous avions donc promis une bonne dose de discussion, d’échanges, de débats. L’insuffisance de matinaux, jeudi matin, pour partager le morceau laissait même craindre l’indigestion collective. Pourtant, sans apéro, ni digestif, nous n’avons pas eu recours aux services du Doc Quisoignetout En guise d’amuse-gueule, histoire de ne pas trop avoir à mâcher les sujets délicats, nous partions de propos simples au goût cependant sympathique : Construire une école, c’est simple, il suffit de faire le contraire de ce qui se fait actuellement. Puis de poursuivre, qu’à travers l’éducation à la citoyenneté, nous pourrions développer l’épanouissement de chacun, chacune. Déterminés à rompre avec l’insipide éducation civique labelisée en trois couleurs, nous proposons une formation socialisante basée sur l’expérimentation, sur la pratique. D’autres plats assez consistants ont suivis.

L’évaluation, actuellement, permet de sélectionner sur des critères établis par la culture dominante. Il nous faut donc rompre avec un contenu imposé par les programmes, et permettre d’apprendre à un moment où la curiosité et le désir nous emmènent sur les chemins des connaissances (la soif n’est donc pas assouvie parce qu’on encadre son BEPC, son BAC, sa maîtrise ou son rien du tout). Ces choix ne prennent du sens qu’à partir du moment où l’on en discute, où les jeunes enfants commencent à exprimer ce qu’ils vivent, à verbaliser leurs réactions au monde qui les entourent.

Le refus de l’élitisme

Loin de l’école totalitaire, où tout est hiérarchisé (ce tableau a été nuancé par quelques participants qui pensent que les choses évoluent petit à petit), nous voulons nous donner les moyens de l’autonomie, de l’autogestion. Ainsi pour que les choix soient réels, nous refusons de nous limiter à l’étude de Montaigne, de Racine et décidons de retourner sur les traces de l’éducation intégrale où ne serait pas oubliée l’éducation visuelle, corporelle et manuelle.

Si comme le souligne Raymond Fonvieille, l’école est faite pour une élite malgré le discours républicain, nous devons nous interroger sur qui sont les enseignants, leur formation et plus largement qui doit intervenir dans l’école. Des quelques expériences personnelles de la salle, nous observons que les profs sont souvent fils, fille, petits-enfants d’enseignant, qu’ils semblent appartenir à des classes sociales semblables. Voilà réunies les conditions suffisantes de la reproduction du modèle en place. La formation IUFM ne semble pas faire émerger l’espoir d’un brise-glace, au contraire, la plupart des cours se limitent aux techniques de transmission de savoir. Nous affirmons alors l’importance de la diversité dans les équipes pédagogiques constituées par le biais de la cooptation.

Donald Moerdjik nous explique qu’il n’a rien appris à l’école et que bien qu’étant enseignant, il n’a jamais rien enseigné. Nous rappelons alors que nous n’apprenons pas, mais que nous apprenons à apprendre. Il faut que le prof cesse d’être le maître, cela passe d’abord par l’affirmation qu’il ne sait pas tout, mais qu’il est près à chercher des réponses avec les élèves.

Quelques pierres de l’éducation nouvelle sont alors posées, cela ne nous empêche pas de nous souvenir que nous militons dans des projets alternatifs parce que des élèves, des enseignants, y sont, en sortent heureux. La richesse des débats (et pas qu’en vitamines), le plaisir avec lequel les convives ont partagé leurs expériences nous a permis de savourer le festin. J’ai même surpris quelques gourmands qui proposaient de remettre cela après-demain.

Pascal Halé





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