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Les Mensonges du sieur Raffarin

Le jeudi 15 mai 2003.

La machine de propagande gouvernementale est en branle : pleines pages dans les journaux payées avec l’argent public et montée au créneau médiatique du raffarineur avec interview où il a pu débiter les pires fadaises.



En attaquant à la hache les retraites des fonctionnaires, Messire Raffarin prétend sauver le régime des retraites par répartition, justifiant ses mesures auprès d’une opinion publique perçue comme contente qu’on « égalise » les droits. Rien n’est plus faux. Les retraites des fonctionnaires dépendent du Code des pensions civiles et militaires, c’est à dire de l’État ! Tout agent de l’État est inscrit au grand Livre de la Dette publique ! Il n’y a pas de vases communicants. Ce que Raffarin vole aux fonctionnaires ne va pas aller dans les caisses des salarié(e)s du privé. Ce n’est donc pas la peine qu’il nous la joue Robin des bois s’en prenant « à ces riches privilégiés de fonctionnaires nantis » pour redistribuer aux pauvres retraité(e)s du privé ! En conséquence, si Raffarin pouvait faire preuve d’un peu d’honnêteté, il reconnaîtrait benoîtement que son but, c’est de boucler le budget de l’État, pris en tenailles entre les critères de Maastricht, les promesses du candidat Chirac sur les baisses d’impôts (pour les riches) et les dépenses nouvelles en matière de défense, police et justice. En bref, c’est le choix de sa politique antisociale et du tout répressif qui a vidé les caisses de l’État. Et, comme tout patron qui se respecte, il s’en prend à ses employé(e)s. Comme il ne peut pas les virer, il diminue leur salaire différéré que sont les pensions.

Une opération quasi blanche ?

En prétendant que le seul effort demandé aux fonctionnaires, c’est uniquement travailler deux ans et demi de plus, Raffarin transforme la rhétorique en art du mensonge. Car cette assertion n’est valable que dans un seul cas : quand les fonctionnaires font toutes leurs annuités, et ils (et surtout elles) sont minoritaires à être dans ce cas. Pour l’immense majorité, la décote prévue (d’abord 3 % puis après 2008, 6 %) par annuité manquante diminuera de façon drastique leurs pensions, même si certains feront l’effort de travailler plus longtemps ! Ainsi, un professeur des écoles qui commence sa carrière à 25 ans et qui comptait tout de même partir à 60 ans, pouvait espérer baser sa retraite sur 70 % du traitement de ses 6 derniers mois (35 années fois 2 %) ; même s’il fait l’effort de travailler 3 années supplémentaires (départ à 63 ans, bonjour la retraite à 60 ans), il ne touchera que 66 %, 2 années en moins font une décote de 12 %, donc 75 % (taux maximal) fois 0.88 (100-12) = 66 %. Et encore, sur la base de 40 annuités, parce qu’avec 41, puis 42 annuités, ça fait encore plus mal ! Faire travailler les gens plus longtemps pour qu’ils touchent moins, la politique c’est un métier !

Dans cette affaire, l’État-patron économise un sacré pactole : les années supplémentaires effectuées sont certes payées au prix fort compte tenu de l’ancienneté des agents en fin de carrière, mais ils travaillent, au lieu d’être payé(e)s comme des retraité(e)s, pour le différentiel retraite-salaire de 25 à 30 %, bref un temps plein pour un quart de salaire, l’affaire est bonne ! Qui a prétendu que l’État est mauvais gestionnaire ?

De plus, Raffarin « oublie » que la retraite sera non plus calculée sur les 6 derniers mois, mais sur les 3 dernières années : pour peu que le dernier changement d’échelon soit postérieur à ces 3 ans, et la base de calcul sera encore diminuée ! Et il a le culot de proposer un bonus de 3 % pour ceux qui voudraient en faire plus ? C’est du pâté mi-cheval mi-alouette : un cheval de décote et une alouette de surcote ! Et ce ne sont pas les ridicules petites mesurettes censées harmoniser les retraites — par exemple un travail à mi-temps dans le privé comptait pour une année entière, pas dans le public, avec la « réforme » ça sera dorénavant pareil pour le public — qui vont rattraper toutes les baisses de pensions programmées, car elles sont à la marge.

Capitalisation, le retour

Ne parlons pas non plus des primes qui seraient prises en compte par des cotisations via un fumeux fonds de retraite complémentaire. Raffarin fait tout pour baisser les retraites, et veut faire croire que c’est du gagnant-gagnant, puisque les fonctionnaires travailleront plus mais que leurs primes seront intégrées dans le calcul de leurs pensions. Comment ? Mystère… Plus inquiétante est la volonté d’étendre la Préfon (genre de caisse de retraite complémentaire réservée aux fonctionnaires. Rappel : 4,5 % des fonctionnaires y participent, c’est dire…) à tous, avec évidemment avantages fiscaux à ceux qui s’y colleraient et aux patrons qui y abonderaient. Remarquons au passage qu’il manque soi-disant du fric pour les retraites mais l’État est prêt à en perdre (par des avantages fiscaux) pour favoriser un fonds de pensions. Quant aux patrons qui hurlent dès qu’on leur parle d’une augmentation des cotisations, ils veulent bien en filer dans ce genre de caisse. On voit bien là que se cachent derrière cette proposition les pirates de la finance, et que c’est un moyen pour faire rentrer le loup de la capitalisation dans la bergerie de la répartition. Casser la solidarité entre les générations, place à la démerde individuelle ! J’économise pour ma retraite, je ne cotise plus, j’épargne !

L’alibi démographique

Tout cela au nom de l’équité ! Si c’était vraiment le sens de la justice sociale qui l’animait, pourquoi parle-t-il de rajouter de façon uniforme du temps de cotisation pour tous indexé sur l’augmentation de l’espérance de vie ? Car cette dernière n’est pas répartie de façon uniforme. C’est une moyenne qui cache là aussi des disparités énormes, notamment un différentiel entre les ouvriers et les cadres. Ce sont les ouvriers qui cotisent le plus longtemps et qui profitent le moins de leurs retraites puisqu’ils meurent plus tôt… Vouloir les faire cotiser encore plus longtemps, voilà qui ne va pas dans le sens de l’équité ! C’est tout le contraire qu’il faudrait faire ! Va-t-il en parler à ses amis du Medef, qui militent activement pour les 45 annuités ?

Enfin, il serait peut-être temps de dépasser le constat démographique qui transforme un progrès — on vit plus longtemps et en meilleure santé — en une calamité. C’est la catastrophe, en 2040 il n’y aura plus qu’un actif pour subvenir aux besoins d’un retraité, dixit Raffarin. Pas très sympa pour le susdit retraité présenté comme une sangsue vivant sur le dos d’un pauvre actif, bossant deux fois plus à cause de lui, tout en oubliant que ce retraité a lui aussi été un actif et non un parasite.

N’en déplaise à Raffarin, ce qui compte, ce n’est pas tant le ratio actifs/retraités que la création de richesses qui, grâce aux augmentations de la productivité, n’a cessé de s’amplifier ! les progrès des techniques, du machinisme, de la robotique, de l’informatique etc. font que l’on peut produire plus avec moins de personnes. Le vrai problème c’est donc celui de la répartition, non des retraites, mais des richesses produites !

La lutte !

Plus que jamais, il ne faut pas baisser les bras, mais se battre encore et toujours. C’est dans l’action résolue qu’il nous faut continuer ! Laisser passer le projet de Raffarin représenterait un recul gigantesque de nos acquis et une défaite terrible pour le mouvement social. Après les retraites, c’est la Sécu que veut démolir Raffarin, vrai fils de mai 2002 et vrai fils spirituel de Margaret Thatcher !

Éric Gava, Groupe de Rouen





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