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Enseignement

étendre, structurer, généraliser le mouvement
Le mercredi 14 mai 2003.

À l’heure de la casse de l’éducation nationale, le collège national d’école émancipée lance cet appel à la mobilisation.



Le mouvement de grève reconductible contre le démantèlement de l’EN s’élargit et concerne toutes les catégories de personnels (enseignants, Atoss, Co Psy, surveillants, emplois jeunes, etc.), tous les secteurs (écoles, collèges, lycées, CIO, etc.), de nombreux départements et académies (plus de 120 établissements sur 185) dans le 93, plus de 50 en région parisienne, mais aussi dans les académies d’Aix-Marseille, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Montpellier, La Réunion, Rouen, etc.). La dynamique et la détermination de cette mobilisation est enfin à la hauteur des enjeux et peut permettre de gagner comme lors du 16 janvier 1994, de décembre 1995, du mouvement de 1998 en Seine-Saint-Denis, etc. Elle se donne les moyens de :
- Passer l’obstacle des vacances décalées, en reprenant la lutte dans les académies qui rentrent ;
- Retourner les tentatives de démobilisation et d’intimidation (« lettres » diverses de Ferry, ciblage de l’académie de Créteil, avec le soutien du Monde) ;
- Contrer le black-out médiatique en organisant la « contagion » du mouvement, à partir des secteurs les plus mobilisés, en organisant des initiatives en direction des parents et de l’opinion, des manifestations (à Paris 1 500 le 24 avril, 3 500 le 29 avril, à Bordeaux, etc.) ;
- Dépasser l’absence actuelle, au niveau national, comme dans de nombreuses régions, d’appels clairs et unitaires des syndicats à rejoindre dès maintenant et partout la grève reconductible, pour gagner sur les revendications.

Unifier d’urgence à partir des secteurs en pointe

La mobilisation doit encore se renforcer et durer, pour espérer battre le gouvernement à la fois sur la décentralisation et les retraites ; mais aussi pour déminer le terrain des attaques prévisibles contre la protection sociale, contre l’école (annoncées par Ferry pour l’été), ainsi que celui des « objectifs » de rentabilisation/privatisation avancée par le Conseil d’État et la Cour des comptes, dans la ligne des directives européennes, de l’OMC, et des différentes officines néolibérales.

Et tout cela d’ici la fin juin, pour empêcher de voir démanteler, pendant les vacances et juste à la rentrée, une bonne partie des acquis sociaux, arrachés lors des grandes périodes de luttes.

Le syndicalisme, outre sa responsabilité de défense de ces acquis, joue sa survie. C’est sa dernière chance d’analyser et de dépasser ses erreurs stratégiques. En effet, depuis novembre, diverses catégories de personnels se sont mobilisées, seules, contre des attaques ciblées, qu’il aurait été plus facile de contrer à l’époque. Encore aurait-il fallu réaliser l’unité syndicale autour des secteurs les plus mobilisés, comme les étudiants-surveillants et les aides-éducateurs en grève reconductible pendant plusieurs semaines, en appelant toutes les catégories de personnels à les rejoindre immédiatement.

Dès le début de la mobilisation, École émancipée est intervenue à tous les niveaux pour que cessent les « journées d’action » nationales sans lendemain, sur le plus petit dénominateur revendicatif commun, et que les syndicats appellent dans l’unité à la grève reconductible. Par exemple, la liste « École émancipée » (Stambul) a été la seule à proposer, lors du congrès national du SNES, une motion appelant partout et immédiatement à la grève reconductible pour gagner sur les revendications.

Les directions syndicales appellent aujourd’hui — on ne peut que s’en féliciter — à la grève reconductible. C’est une première satisfaction des personnels en lutte. Mais appeler à la grève reconductible ne résout pas tout : encore faut-il vouloir se donner les moyens de l’organiser, de la généraliser, en renforçant le mouvement là où il existe, et en l’impulsant là où il n’a pas encore pu se développer.

Structurer la mobilisation

Les directions des syndicats, et particulièrement des plus représentatifs, n’ont plus droit à l’erreur : l’appel à généraliser la grève reconductible au niveau national, doit être lancé dès le 5 mai, et le mouvement devra encore se renforcer après le 6 mai. En effet, ce soir-là, les regards seront tournés vers les directions syndicales, et les tentations seront grandes de se focaliser sur la seule journée d’action du 13 mai sur les retraites.

Alors que l’enjeu est de gagner sur les trois axes de la mobilisation : décentralisation, précarité et retraites, aujourd’hui c’est la logique de la grève reconductible qui s’impose, plutôt que celle des « temps forts » isolant les différents thèmes.

Ce risque incite à construire au niveau national, à l’instar de ce qui se fait dans plusieurs départements (le 93, le 76, le 13, etc.), une structuration du mouvement suffisamment forte, démocratique et indépendante pour être représentative des personnels et des établissements en lutte, dans la recherche permanente du dialogue et de l’unité avec les syndicats. Cette structuration a commencé à prendre forme avec la création le 3 mai d’une coordination nationale provisoire ; les structures départementales existantes ou en voie de formation sont invitées le 10 mai à envoyer des délégués mandatés, aussi bien sur les questions d’organisation et de structures, que sur les revendications et les échéances de lutte.

Vers la grève générale interprofessionnelle

La généralisation de la grève ne doit pas se limiter à l’Éducation nationale : ce qui se fait aujourd’hui dans l’EN concerne aussi tous les services publics. C’est la même logique qui prévoit de ne pas remplacer les départs à la retraite, de « décentraliser » des dizaines de milliers de fonctionnaires de la fonction publique d’État vers les collectivités territoriales, en imposant la casse des statuts et en limitant la fonction publique d’État aux fonctions régaliennes : armée, police, justice. C’est la même logique qui organise l’ouverture à la concurrence de La Poste, des secteurs de l’énergie, des transports ferroviaires et aériens.

C’est encore la même logique de régression sociale qui veut nous imposer à tous des retraites au rabais, en obligeant les salariés de la fonction publique à cotiser 40 annuités et en prévoyant d’ores et déjà 42 annuités pour tous privé comme public, et qui ferme les entreprises, qui licencie, qui précarise, qui démantèle les minima sociaux, qui traque les sans papiers, etc.

Il n’est plus possible d’isoler les différents secteurs du monde du travail, il faut penser la lutte dans sa dimension interprofessionnelle.

Aujourd’hui, l’Éducation nationale est le premier secteur à prendre le chemin d’une lutte dure, elle ne doit pas rester isolée mais au contraire entraîner le reste des services publics, des salariés, des chômeurs et des exclus. La grève reconductible de l’EN peut et doit s’élargir dans une grève générale interprofessionnelle reconductible. La reconduction de la grève est d’ores et déjà en débat dans d’autres secteurs (cheminots, postiers, restauration rapide, intermittents du spectacle, etc.) ; il appartient en premier lieu aux salariés d’entrer sans attendre dans la lutte, mais aussi aux directions syndicales de prendre leurs responsabilités.

Les militants d’École émancipée défendent ces positions dans les établissements, les AG de grévistes et tous les syndicats (FSU, SUD, CGT, CNT, etc.) où ils interviennent.


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École émancipée, c’est aussi un bulletin syndical d’information et de débat fondé en 1972.

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