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Révisionnisme, négationnisme…

Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage !

Le jeudi 11 septembre 1997.

On ne le répétera jamais assez, si on peut discuter de tout, cela ne signifie pas pour autant qu’on puisse dire n’importe quoi ou en parler avec n’importe qui.

Il y a une dizaine d’années de cela quelques matamores d’ultra gauche ont cru pouvoir s’affranchir de cette règle en bizouillant et en baizouillant avec le révisionnisme et le négationnisme.

Ils sont aujourd’hui rattrapés par un passé qu’ils ont tenté de taire et par une meute de Fouquier Tinville aux petits pieds qui les traque sans merci.

En soi cette croisade menée depuis plus d’un an par Didier Daeninckx, Alain Bihr et consort contre Gilles Dauvé, Serge Quadruppani et autres demi soldes d’un certain ultragauchisme aurait pu nous paraître sinon sympathique (on sait ce qu’il en est de tous les croisés et de tous les procureurs du monde), du moins parfaitement légitime tant il est vrai qu’en politique, surtout quand on se pare des habits de lumière de la révolution sociale, les fautes, les errances, les trahisons, les reniements et les petites et grandes lâchetés ne peuvent éternellement rester impunies.

La prise finale de Jérusalem qui s’est effectuée dernièrement avec la publication d’un livre assassin [1] ne permet plus d’avoir cette approche des choses.

Sous couvert de dénonciation du révisionnisme et du négationnisme, c’est en effet à l’antifascisme « radical », au mouvement libertaire et à l’idée même de révolution que ces ex-Khmers devenus rosâtres s’attaquent. Et ce sur le mode le pire qui soit : celui de l’insinuation et de l’amalgame.

Dans ces conditions, on voudra bien nous pardonner de saisir l’occasion qui nous est donnée d’administrer une volée de bois vert et aux petits voyous d’ultragauche qui se sont laissés aller à en croquer en tentant de le cacher, et aux petits bourgeois néo-réformistes qui tentent de jeter l’opprobre sur une révolution sociale et un mouvement libertaire ontologiquement insoupçonnable de toute complaisance envers la vérole révisionniste, négationniste, antisémite, fasciste… et réformiste.

Jeune poulpe et vieille taupe

Dans Négationnistes : les chiffonniers de l’Histoire, Didier Daeninckx nous raconte sans détour la genèse de tout cela.

Son éditeur lui parle un jour d’un manuscrit qu’il a reçu et lui demande s’il connaît l’auteur. Il se renseigne et (oh stupeur !) découvre que l’auteur en question, un certain Gilles Dauvé, traîne une drôle de gamelle révisionniste au cul.

Dans des petites revues ultragauchistes du genre La Guerre Sociale ou La Banquise, le Dauvé en question, en compagnie d’autres zèbres de son acabit, dont Serge Quadruppani (un collègue de Daeninckx au Poulpe), s’est en effet permis un certain nombre de textes et de tracts qui puent littéralement la merde révisionniste.

Tout cela se passait il y a longtemps et depuis lors nos deux matamores ont, semble-t-il, pris quelques distances avec leurs mentors du moment.

Il faut dire qu’un certain Pierre Guillaume, ancien de Socialisme ou Barbarie puis de Pouvoir ouvrier, propriétaire pendant quelques années de la librairie « La vieille taupe » ayant carrément franchi la frontière et s’étant mis à fricoter avec les néo-nazis, il devenait urgent de cesser de jouer avec les allumettes.

Mais ce n’est pas parce que le temps passe que le passé trépasse et Daeninckx s’est employé à le faire revivre en mettant l’accent sur les demi-repentirs tardifs et obligés de nos deux rois du revolver ultragauchistes.

Un polariste à succès, ex-mao ou trotsk, relooké jeune poulpe gauche sociale au grand cœur, une obsession de tous les instants sur les passerelles rouges-bruns, deux zozos ex ou toujours d’ultragauche qui en ont plus ou moins croqué et qui n’en chient la honte que le cul serré, l’éviction des merdeux de la cour des chieurs d’encre ayant pignon sur rue… ç’aurait pu n’être que le énième épisode de la énième croisade du camarade Daeninckx contre… et en rester là.

Responsables mais pas coupables !

Il en est de certains « grands » radicaux autoproclamés de l’ultragauche comme des ministres socialistes, ces gens là sont tellement imbus d’eux-mêmes qu’ils ignorent jusqu’au mot humilité et n’imaginent pas un instant, quelles que soient leurs errances ou leurs fautes passées, ne pas pouvoir rebondir.

Aussi, forts de leur engagement antifasciste (« radical », of course) du moment, nos lamentables demi-repentis de la vingt-cinquième heure ne trouvèrent rien de mieux que d’essayer de se refaire une virginité.

Et comme toujours dans ces cas là, ils recherchèrent et trouvèrent des couillons qui, ignorant leur passé, leur offrirent ce qu’ils recherchaient, c’est-à-dire une caution.

Ce fut le Monde libertaire qui, n’y voyant pas malice publia « Les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis », sans doute au motif que ce texte était cosigné par l’« insoupçonnable » Alain Bihr.

Ce fut également Reflex qui, « malicieusement », édita une dizaine de professions de foi antifascistes, antirévisionnistes et antinégationnistes émaillées de quelques demi-repentirs aux trois quart non convaincants sous le titre « étonnant » (car dans cette affaire comme dans ce livre, il n’y avait pas l’ombre d’un libertaire) de « Libertaires et ultragauche contre le négationnisme ». Avec, cerise sur le gâteau, une préface de l’« intouchable » Gilles Perrault.

Pour Daeninckx, Bihr, Maricourt et quelques autres, ces cautions, au premier abord implicites ou explicites, apportées à Dauvé, Quadruppani et compagnie ne pouvaient qu’alimenter leur paranoïa et les renforcer dans leur idée d’un grand complot révisionniste et négationniste visant à subvertir le champ révolutionnaire.

Sur la base de qui n’est pas avec moi est contre moi, ils entreprirent donc d’élargir leur traque aux couillons qui avaient eu la bêtise d’ignorer le passé de Dauvé et Quadruppani ou qui avaient fait le choix d’un présent faisant l’économie d’un véritable repentir sur son passé.

Et ça a donné ce livre lamentable [1] tant pour leurs auteurs que pour la cause qu’ils défendent.

Qui trop embrasse mal étreint !

Négationnistes : les chiffonniers de l’Histoire affirme en effet sans ambages vouloir, ce qui est louable, mettre à jour une bonne fois pour toutes le pourquoi et le comment de la vérole révisionniste et négationniste.

Hélas ! trois fois hélas ! quand sur treize ou quatorze textes on en compte un qui se farcit l’extrême droite, un le parti communiste, deux ou trois l’ultragauche, deux les libertaires, et aucun les socialistes, les centristes, la droite modérée, la droite dure, les curetons… il est permis de s’interroger sinon sur l’objectivité du moins sur le bon sens des managers de ce bouquin.

Ainsi donc, l’ultragauche ou les libertaires seraient au centre de ce grand complot révisionniste et négationniste ?

Ainsi donc, les groupuscules du parti socialiste, de la droite bon teint ou mauvais teint, ainsi bien sur que les curés dont tout le monde sait qu’ils n’ont jamais fricoté avec les nazis ni favorisé leur émigration en Amérique latine après la défaite finale, n’auraient jamais été touchés par le complot.

Alors ?

Alors pourquoi choisir de mettre l’accent sur la marge et de taire l’essentiel ?

Serait-ce une mauvaise question pour un collabo notoire de ce grand parti démocratique qu’est le P.C.F. et de cet oasis de liberté qu’est Cuba, et pour un collabo tout aussi notoire de ce grand journal démocratique qu’est Le Monde Diplomatique (tout le monde se souvient de ses morceaux de bravoure sur la révolution espagnole), des éditions l’Harmattan dont chacun sait qu’elles font dans le marxisme intelligent, et des éditions Golias dont personne n’ignore qu’elles sont au Vatican ce que l’ultragauche est à Staline ?

Quoiqu’il en soit, ce silence coupable qui en dit long sur l’aujourd’hui de Daeninckx, Bihr et consort ne constitue en rien les errances révisionnistes et négationnistes dont les libertaires et les révolutionnaires ont été victimes.

Alors, parlons-en !

Pour ce qu’il en est de l’ultragauche, s’il est patent que quelques abrutis comme Guillaume Dauvé et Quadruppani, et quelques revues comme La guerre sociale, se sont laissés aller à embrasser le diable sur la bouche (et il faut en conséquence « assassiner » ces gens et ces revues), cela signifie-t-il pour autant qu’il faille affirmer que l’ultragauchisme porte en lui le révisionnisme et le négationnisme ?

À cette question, la réponse est non. Elle est non parce que l’histoire de l’ultragauche comme celle de ses principaux animateurs (même si le niveau a beaucoup baissé) démontre le contraire.

Mon témoignage vaut sûrement ce qu’il vaut, mais venant d’un anti-ultragauchiste primaire, il ne peut pas être soupçonné de complaisance. Pour ce qu’il en est des libertaires, s’il est patent que quelques abrutis (ils se comptent sur les doigts de la main) se réclamant des idées libertaires ont mal fini, il est tout aussi patent qu’aucune organisation, aucune revue, aucun groupe se réclamant et étant reconnu comme relevant de l’anarchisme social (ce qui n’a rien à voir avec la révolte de pauvres hères de tous ordres) n’a jamais pactisé avec le diable.

Dans ces conditions, que Thierry Maricourt, dans un texte intitulé « Les curieux appuis libertaires du nihilisme brun » puisse oser insinuer le contraire constitue une crapulerie et une insulte majeure.

Maricourt, en effet, pour avoir été adhérent (peu de temps, mais justement pourquoi ?) de la Fédération anarchiste sait de quoi il en retourne et mérite tout notre mépris en affirmant que le mouvement libertaire a failli, au motif que « Les quatre barbus » ont fait un 33 tours dans une boîte dirigée par Le Pen, que le même Le Pen a rédigé un travail universitaire sur « Le courant anarchiste en France depuis 1945 », que Léo Malet est un enfant de putain raciste, que Maurice Joyeux (un des fondateurs de la F.A.) a commis un texte (il y a trente ans) soutenant Rassinier (qui pour être un abruti politique n’en était pas moins un ancien déporté et ancien socialiste), que Louis Lecoin a demandé l’amnistie pour Céline après la guerre, que Chomsky a préfacé un livre de cette crapule de Faurisson, que l’O.C.L. a entretenu des relations avec Claude Karmouh, que la revue L’homme libre est une revue antisémite…

Car il sait que tous ces éléments ne sont que des épiphénomènes, et que l’anarchisme social et ses organisations représentatives n’ont jamais failli dans la lutte à mort contre le fascisme et ses supplétifs révisionnistes et antisémites.

Car il sait que l’anarchisme social et ses organisations représentatives ont payé le prix du sang à hauteur de centaines de milliers de morts dans la lutte contre le fascisme et le stalinisme.

Alors ?

Sectaires de tous les pays, allez mourir

A l’heure où le Front national et ses idées transpercent le tissu social, il est assurément urgent de combattre et d’écraser du talon le fascisme, le racisme, l’antisémitisme, le révisionnisme, le négationnisme…

Dans cette optique, il va de soi que la destruction de tous ceux qui se laissent aller à pactiser avec le diable ou à embrasser sa cause s’impose.

De ce point de vue, la mise au pilori de crétins congénitaux comme Dauvé ou Quadruppani s’impose. Qu’on leur adjoigne des crapules à la mode de L’homme libre s’impose également.

Mais que l’on prenne prétexte de ces crétins infinitésimaux pour insinuer comme le font Daeninckx, Bihr ou Maricourt que l’ultragauche, le mouvement libertaire et l’idée même de révolution portent en eux les germes du révisionnisme et du négationnisme, est tout à la fois stupide (car fondamentalement non crédible) et dramatique (d’un point de vue politique).

Les libertaires savent à l’expérience que pour endiguer la montée du fascisme le problème est moins de défendre la démocratie bourgeoise que de promouvoir la révolution sociale. De ce fait, nous nous situons clairement dans le seul antifascisme qui vaille : celui de la révolution sociale.

Reste que, contrairement aux sectaires de la révolution comme aux sectaires de la réforme, nous ne pensons pas qu’en situation d’urgence (et nous sommes aujourd’hui dans l’urgence avec la marche vers le pouvoir du Front national) la guerre civile dans le camp antifasciste soit le meilleur marchepied vers la victoire sur le fascisme et ses valeurs.

Jean-Marc Raynaud


[1Négationnistes : les chiffonniers de l’Histoire. Édit. Golias.





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