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Lecture

À la vie à la mort

maîtrise de la douleur et droit à la mort
Le mercredi 8 octobre 1997.

C’est une évidence : on ne choisit pas de vivre. C’en devrait être une autre : dans le cadre de ce non-choix, le droit, mais surtout les moyens de choisir sa vie (en terme d’égalité des chances au niveau de l’éducation, de la culture…) devraient s’inscrire en lettres d’or aux frontons de tous les progressismes.

Est-il besoin de le préciser, ces deux évidences n’ont jamais été de mise où que ce soit et quand que ce soit, parce qu’elles sont négatrices de tous les pouvoirs et de leur dérisoire.

De cela, Claude Guillon semble apparemment convaincu et pour mieux nous en convaincre il enfonce depuis quelques temps [1] déjà le clou… du droit à la mort.

De prime abord ça ne semble pas flagrant, et pourtant c’est peu dire que choisir sa mort fait assurément partie du « choisir sa vie ».

De là à faire du choix de sa mort l’essentiel de sa vie il y a cependant un pas dont on peut penser qu’il est sinon pas franchement révolutionnaire (offrir aux esclaves le droit de choisir leur mort ne le sera jamais) du moins carrément morbide.

C’est déjà ce qui ressortait de son Suicide mode d’emploi. Dans le présent ouvrage, le halo se fait lumière. Élargissant ses propos antérieurs à la maîtrise de la douleur, l’auteur en arrive, en effet, à s’interroger sur la souffrance de l’embryon avorté et sans tout à fait remettre en cause le droit des femmes à avorter, il n’est pas loin de penser que…

De toute évidence Claude Guillon n’a jamais été violé et enceint, jamais été enceint dans le non-désir et la non-possibilité d’éduquer un enfant correctement, jamais…

Juridique jusqu’au bout des ongles, il ne retient que le droit de vivre pour l’embryon. Les curés ne nous disent rien d’autre. À la vie future, ils ont toujours choisi de sacrifier la vie présente.

Les révolutionnaires, aux premiers rangs desquels figurent les anarchistes, ont toujours fait le choix inverse. Non pas par gaité de cœur, car, mais c’est bien sûr, l’avortement sera toujours « le fils indigne » de la contraception. L’échec de la contraception (ou la conséquence de la non-contraception), pour être tout à fait clair. Car, mais c’est également bien sûr, dès lors qu’il y aurait maîtrise de la contraception, l’avortement n’aurait plus lieux d’être.

Claude Guillon n’a visiblement pas compris cela et préfère le confort du bavardage sur le droit à (les embryons ont effectivement le droit de vivre) au courage du combat social pour que, et les embryons et les femmes qui se font avorter parce que… aient les moyens de vivre.

Mais peut-être tout cela n’est-il que dans la logique des choses d’un pseudo ultragauchisme autoproclamé radical qui faisait déjà dire au même Claude Guillon [2] « Si d’aventure il ne se trouvait personne pour montrer comment une seule chambre à gaz a pu fonctionner, nous en déduirions que personne n’a pu y être asphyxié ».

C’est une évidence. Le monde est divisé en deux. D’un côté ceux qui ont besoin de témoins vivants pour croire à l’existence d’Attila et de l’autre ceux qui ne se contentent pas des témoignages sur les exactions d’Attila pour dénoncer ses… exactions. D’un côté ceux qui ânonnent sur des droits intemporels sans se mettre le bleu de chauffe de la lutte pour les moyens de ces droits et ceux qui…

Claude Guillon a choisi. On voudra bien nous pardonner d’avoir fait un autre choix. Moins tape à l’œil, moins esbroufant, moins provoc à la petite semaine. Moins lamentable… au bout du compte.

Jean-Marc Raynaud


[1Suicide mode d’emploi. Édition Alain Moreau.

[2Idem.


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