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Nouvelles perspectives du mouvement anti-OGM

Le jeudi 14 octobre 2004.

La réglementation actuelle, en France, interdit aux paysans la possibilité d’échanger semences et plants. Seules quelques variétés sélectionnées pour les besoins d’une agriculture industrielle sont accessibles ; ce sont souvent des hybrides que le paysan ne peut ressemer. Demain, sur le marché, il n’y aura que des OGM…



Faucheur volontaire, j’expose ici mon point de vue. Nous rassemblons les sensibilités les plus diverses et posons la question de la finalité du progrès, bien résumée par René Riesel : « Le progressisme scientiste, désormais biologique, manque pour le moins de fraîcheur : à l’instar de cette société qui nous promet de résoudre sans retard ses contradictions quand elle ne fait en vérité qu’en empiler de nouvelles, jusqu’à trouer la couche d’ozone. [1] » Nous avons tous compris : aujourd’hui, la seule motivation des « technos » est de passer en force, contaminant tout, pour nous expliquer après, la bouche en cœur, qu’on n’y peut plus rien ! Évitons de tomber dans les pièges en examinant d’abord les trois stratégies d’opposition aux chimères transgéniques :
— Le fauchage nocturne avec revendication anonyme : efficace, mais portant le risque de se voir, à terme, marginalisé. Susurré par les médias : ce sont des terroristes qui agissent la nuit…
— L’opposition démocratique et réglementarisme : les élus et associatifs légitimistes, soucieux de l’opinion, vont nous protéger. Des régions et des municipalités se déclarent hors ogm. Patatras ! On réalise que les politiques locaux sont aussi méprisés que le peuple ! Du coup, l’obstination de la justice à défendre le droit à polluer, cassant les arrêtés, trouble les plus réticents aux fauchages et, in fine, les légitime. Reste, en positif, l’information des consommateurs, qui a fortement retardé la commercialisation des ogm.
— Le fauchage diurne public, avec la presse, des faucheurs volontaires : stratégie payante et efficace. Les récents événements nous incitent à la faire évoluer plus qu’à la remettre en cause. Car les violences de l’État face à une foule pacifique montrent avant tout son impuissance a nous faire accepter l’inacceptable et, plus encore, son incapacité à nous apeurer. On notera aussi l’embarras de la justice à traiter des centaines de dénonciations volontaires : elle n’en tiendra pas compte, réaffirmant son mépris du peuple. C’est le succès même de cette option qui nous oblige aujourd’hui à la dépasser. Paradoxe apparent, les faucheurs perdent sur le terrain, mais gagnent l’opinion, gage d’avenir (on peut perdre une bataille et gagner la guerre, cf. la guerre d’Algérie).

Pragmatique et partisan de la biodiversité, j’ai toujours pensé que ces trois stratégies ne sont pas opposables, car toutes nécessaires à la réussite commune. Cette diversité permet à des individus de tous âges, de tout profil de s’investir à leur mesure, élargissant le front anti-OGM. Les fauchages diurnes, comme les actions légales, les interventions en supermarché légitiment les fauchages, même nocturnes et les fauchages rassurent ceux qui craignent la propagation. Ainsi, nous avons mieux à faire qu’à disserter sur les mérites respectifs des diverses stratégies, l’essentiel étant de couper court. À première vue, dès lors que la justice casse les arrêtés, que l’État protège les multinationales et gaze les faucheurs, il ne nous resterait que des choix peu réjouissants :
— Fauchages nocturnes, au risque de nous voir marginalisés et perdre à terme l’opinion.
— Exercer une pression « démocratique » sur des élus plus soucieux de leur réélection que d’une réelle éradication.
— Rester couché devant la télé, en grignotant du pop-corn modifié au gène de ragondin…

On notera que ces options, exprimées tel que, ne gêneront en rien la propagation des chimères. Pourtant, c’est de l’examen objectif des échecs et des réussites de ces stratégies qu’une solution de « synthèse » se dégage :
— Aux champs. Qui aujourd’hui oserait envoyer les faucheurs à la baston ? Pas moi… La seule option réaliste, pour éviter le piège de la violence est le fauchage nocturne, mais cette fois revendiqué en public par des milliers de faucheurs. Il suffit d’un petit groupe d’intervention, les sympathisants se précipitant ensuite dans les gendarmeries en revendiquant leur participation. Chaque faucheur nocturne pourra ensuite, s’il le désire et si le travail est terminé dans sa région (restons pragmatiques), se dénoncer, avec ou sans battage médiatique.
—  À la ville, l’information du consommateur en grande surface peut être encore améliorée, avec convocation de la presse : en retirant des rayons, en détruisant publiquement les produits contenant des OGM (comme lors des fauchages volontaires, à chaque participant trois articles). Là encore, il s’agit de noyer la justice sous des milliers de plaintes ridicules, du genre : « A détruit trois boites de maïs transgénique, a enduit de ketchup un rayon de supermarché ». Gardons les rieurs de notre côté ! Raffarin passe en force, la commission européenne s’assoit sur 80 % des Européens, le pouvoir garde les champs et gaze les faucheurs, eh bien ! Nous continuerons… autrement, et toujours dans la bonne humeur, tous ensemble !

Sousmarinvert, militant écologiste, faucheur volontaire, créateur de http://www.grainvert.com


[1René Riesel, in L’Écologiste, n° 2, été 2001.





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