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À droite, les grandes manœuvres…

Le jeudi 18 juin 1998.

Au fil des mois, les gesticulations à droite paraissent de plus en plus pathétiques. Mais, sous les petites manœuvres politiciennes, de réels enjeux politiques percent néanmoins. Entamée en mars dernier, l’opération de dédiabolisation du Front national suit son cours.

L’Alliance

Débordés en mars dernier par de nombreux élus locaux, les états-majors de droite, et en particulier celui du RPR, tentent de reprendre l’initiative. C’était leur objectif en lançant l’Alliance, sigle électoral devant fédérer l’ensemble de la droite sur la base d’un refus plus ou moins clair de toute alliance avec le FN.

Aujourd’hui, cette opération apparaît largement comme un échec. L’éclatement de l’UDF n’a pu être évité. Alain Madelin, avec Démocratie libérale, joue sa propre carte, distinguant, en ce qui concerne le Front national, ce qu’il appelle « le cercle de l’inacceptable » du reste, qui pourrait discuter. De son côté, Bayrou, avec Force démocrate tente de rassembler ce qui reste de l’UDF.

Les nationaux-républicains

Marginalisé depuis son idylle balladurienne, Pasqua, qui attend son heure depuis longtemps, envisage de présenter sa liste aux européennes de 1999. Pour l’instant, ce n’est qu’une hypothèse : Pasqua tente de peser pour continuer à exister. Dans cette logique, il a annoncé la transformation de son association Demain la France en mouvement politique, qui tiendra son premier congrès le 20 juin. Son credo est simple : « il n’est pas possible de laisser le seul Front national occuper le terrain de la lutte pour l’indépendance nationale ».

Pensant que cette « lutte » transcende le clivage gauche-droite, Pasqua côtoie, de longue date, des antimaastrichiens de gauche dans de nombreux colloques. À plusieurs reprises, Chevènement a d’ailleurs exprimé tout le respect que lui inspirait l’engagement et la personnalité de Charles Pasqua. Dans l’avenir, les historiens risquent de les confondre tant leurs actions et leurs déclarations en tant que ministre de l’Intérieur paraissent interchangeables.

Malgré d’indéniables proximités idéologiques matérialisées dans l’hebdomadaire Marianne ou la fondation Marc Bloch, ces passerelles entre nationalistes des deux bords ne devraient pas se traduire, à court et moyen terme tout au moins, par des alliances politiques.

La Droite

Samedi 6 juin, à Paris, Millon a attiré plus de deux mille personnes pour la première convention nationale de son mouvement La Droite. Ce succès mérite notre attention.

Millon fustige « une droite honteuse d’elle-même, complexée, ayant démissionné devant ses responsabilités » qui a provoqué une situation d’« alternance entre une gauche déclarée et une gauche déguisée, entre une gauche triomphante et une gauche rampante ».

En mars dernier, en négociant avec le FN, Millon avait certainement un seul objectif : conserver à tout prix son fauteuil de président. Aujourd’hui, ce pacte s’inscrit dans la durée et Millon assume le positionnement politique qui en découle : il est devenu le champion du dialogue droite-extrême droite.

D’ailleurs, ce samedi 6 juin au Palais des congrès, si La Droite se réunissait l’aprés-midi, un colloque regroupant une myriade de groupuscules s’est déroulé le matin même. Millon en était l’orateur vedette aux côtés de Claude Reichmann, président du Parti pour la liberté (sic), d’Henry de Lesquen, président du Club de l’horloge, de Jean Perrin, président du CNI, de Jean-François Touzé, transfuge du FN et président du Parti national républicain ou de Jean-Gilles Malliarakis, l’ex-nationaliste révolutionnaire devenu responsable de la CDCA-E. Millon choisit judicieusement ses fréquentations.

Bien sûr, Millon cultive l’ambiguïté mais ses déclarations ne trompent personne. Officiellement, il déclare refuser tout accord avec le FN, affirmant d’ailleurs, contre toute vraisemblance, ne pas en avoir conclu lui-même. Il prône la création d’un grand parti unique de la droite qui ferait table rase de clivages historiques « dépassés », datant « soit de 1945, soit de 1958, soit de 1978 ». Clairement, son projet vise à réintégrer dans La Droite les héritiers politiques de Vichy et de l’Algérie française.

Patrick
groupe Durruti (Lyon)





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