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Civaux ça suffit, le nucléaire aussi

Le jeudi 18 juin 1998.

Déjà lors des dernières manifs contre le laboratoire d’enfouissement dans le Sud-Vienne, les politiques et en particulier les Verts ont brillé par leur absence.

Nous sommes confrontés au même problème pour la centrale de Civaux, les élus sont pris entre la peur de ne pas recueillir le fruit de la taxe professionnelle (qui n’est pas versée lorsque celle ci ne produit pas d’énergie) et l’inquiétude légitime de la population qui les a élus [1].

L’accident a fait couler beaucoup d’encre et de salive en un mois, mais personne n’osait prendre l’initiative d’une riposte à l’arrogance du monstre EDF. Face à cette incurie des politiques, des associations militantes et des syndicats de salariés d’EDF, les libertaires [2] ont décidés de passer à l’acte en invitant à une réunion publique et en faisant marcher leurs propres réseaux. Pas mal de militants étaient sortis de la lutte contre la construction de Civaux désabusés par la passivité de la population la plus proche, mais là vu la gravité de l’incident, ces copains ne pouvaient rester inactifs. En quelques jours nous nous sommes rendus compte que près de vingt ans de lutte avait permis d’accumuler des connaissances sur le sujet et pas mal de contacts.

Malgré les premiers matchs de la coupe du monde, notre première réunion du 10 juin a rassemblé une petite centaine de personnes, la presse, et FR3 qui nous avait contactés pour pouvoir être présent. Nous avons insisté sur la gravité persistante de l’incident de la centrale et la manière dont l’information a été diffusée. Tant que la réaction en chaîne n’est pas stoppée totalement (déchargement du cœur), nous sommes face à un danger potentiel plus grand car c’est la conception même des circuits de refroidissement, d’après les derniers communiqués de la DISN, qui est en cause dans l’incident du 12 mai.

Une histoire déjà ancienne

Les personnes présentes, venues de toute la Vienne, ont apporté leurs témoignages [3] et fait diffuser les documents officiels récupérés ici et là, fait part de leurs angoisses. Si très vite l’accord s’est fait sur la nécessité d’une campagne pour la fermeture définitive de Civaux et contre la filière nucléaire en général, des problèmes sont apparus avec les organisations qui sont reconnues localement comme anti-Civaux.

En fait si les excuses étaient de ne pas signer avec les libertaires (dont tout le monde était bien content qu’ils montent en première ligne), et de ne pas manifester à la place des gens les plus proches de la centrale, la fracture était entre ceux qui s’étaient investis dès le début (il y a vingt ans), et pour certains fatigués et amères de cette lutte, et les plus jeunes, ou nouveaux habitants plus déterminés (reprochant parfois aux premiers d’avoir laissé s’installer la centrale). Néanmoins pas mal « d’anciens » ont décidé de bouger et l’unanimité s’est faite sur une action commune contre le Labo de l’ANDRA et la centrale.

Une distribution de tracts a eu lieu au festival du livre à Montmorillon le 14 juin (festival soutenu par EDF). Une nouvelle réunion a lieu le 17 juin pour essayer de mettre en place une coordination d’associations et d’individus et d’adopter un matériel commun.

Enfin il est prévu un rassemblement à Poitiers, le 27 juin, contre le Nucléaire, à l’occasion du passage de la Coordination Vienne-Charente contre l’enfouissement des déchets, coordination qui doit ramener à vélo symboliquement des bidons du sud de la Vienne à Loudun (Nord de la Vienne), ville de Monory.

Des intérêts politiciens et financiers

Pour terminer j’insisterai sur le silence des responsables politiques (Monory en tête), qui ont réclamé le nucléaire dans la Vienne, et surtout son fric. Et c’est bien là le hic, Civaux ne produisant rien coûte plus de un million de francs par jour. Or si l’on sait que l’EDF arrose les sites nucléaires en subventions en tout genre et en taxes professionnelles, on sait moins qu’EDF prête de l’argent aux communes environnantes, prises de rêves de grandeurs, celles-ci deviennent dépendantes et on ne peut plus silencieuses. Bien que nous pensons que les habitants qui sont à 25 km de la centrale ont autant le droit de gueuler que ceux qui sont à 3 km, on sait désormais, après cette première réunion, que si les gens les plus proches se taisent, c’est souvent parce qu’ils sont partagés entre deux peurs, celle du monstre et de l’absence démontrée de risque zéro et la peur de perdre du fric ou un emploi.

Le but est de faire passer la raison avant cette peur de dire que l’on peut sortir du nucléaire en six mois et que le chômage ne doit pas justifier n’importe quel boulot.

Les libertaires doivent apporter leur spécificité au débat contre le nucléaire. C’est-à-dire le refuser parce qu’il est dangereux pour l’homme et son environnement, mais également et surtout refuser le capitalisme car une société basée sur le profit produira toujours des horreurs de ce type.

Cyrille
liaison Sud-Vienne


[1On notera que le Maire de Civaux (Hervé Jaspart) est cadre à EDF. Cet individu a fait distribuer dans les boîtes aux lettres de la commune une note s’intitulant « Rumeurs, rumeurs », et avec cynisme en parlant « de salades qui n’ont pas pris de couleurs atomiques » prétend dénoncer les bruits d’une minorité qui détruisent « le climat de confiance qui s’était instauré ».

[2L’appel était signé par la FA Poitiers, la liaison Sud-Vienne, L’OCL-Poitou et les anarcho-syndicalistes de la CNT.

[3Notamment ceux d’un ancien ouvrier de la Cogema qui font froid dans le dos.


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