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Du bon usage de la varlope

« Les Soldats de Salamine », Javier Cercas
Le jeudi 24 avril 2003.

Voici un livre original, qui mêle subtilement fiction et vérité historique. Il a remporté un grand succès en Espagne et il continue à séduire les lecteurs français dans sa traduction.

À la fin de la guerre civile espagnole, l’écrivain Rafael Sanchez Mazas, un des fondateurs de la Phalange, échappe au peloton d’exécution des troupes républicaines défaites qui fuient vers la frontière française. Un soldat le découvre terré derrière des buissons et pointe son fusil sur lui. Il le regarde longuement dans les yeux et crie à ses supérieurs : « Par ici, il n’y a personne ! »

Soixante ans plus tard, un journaliste va s’attacher au destin des deux adversaires qui ont joué leur vie dans ce seul regard.

Il construit un roman original, à la fois confession personnelle d’un écrivain raté, enquête historique et journalistique, roman d’aventure.

Il évoque des personnalités de la guerre civile, et des personnages contemporains tels que l’écrivain chilien Roberto Bolano. C’est le fils de Mazas, l’écrivain Rafael Sanchez Ferlosio qui lui a raconté l’histoire de l’exécution de son père au cours d’un interview bizarre pendant laquelle Ferlosio ne voulait pas répondre aux questions du journaliste et préférait digresser sur les causes de la défaite de la flotte perse lors de la bataille de Salamine… ou sur « le bon usage de la varlope ».

Le ton du livre est étrange, l’auteur est toujours dans l’incertitude tant au niveau des événements narratifs que dans son jugement sur les personnages. Il ne prend jamais parti,

il refuse de juger les personnages et les situations. Il cherche à reconstituer l’histoire, la personnalité de Mazas (bon écrivain, ministre de Franco alors qu’il doit la vie à plusieurs miliciens et paysans républicains qui l’ont nourri et caché) et va suivre une piste pour retrouver dans une maison de retraite le vieux soldat républicain. Est-ce bien lui le héros ?

L’humble soldat républicain qui a vécu plusieurs guerres contre le fascisme, les camps d’Argelès et la Légion étrangère, pense que les véritables héros sont tous morts, tombés dans l’oubli, et que les guerres ne sont romanesques que pour ceux qui ne les ont pas vécues.

Le narrateur ne prend jamais parti, il refuse de juger les personnages, ni le phalangiste Mazas, ni le général communiste Lister, dont nous connaissons les responsabilités dans la désorganisation de l’Aragon socialisé à la mode anarchiste. Il entretient ainsi l’idée dangereuse que tout se vaut peut-être, que l’engagement politique ne sert à rien.

Un slogan dans l’air du temps, qu’il est nécessaire de combattre.

Catherine Bajot


Les Soldats de Salamine, Javier Cercas, 18,90 euros à Publico.





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