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ATTAC : la bonne soupe !

Le jeudi 27 mars 2003.

On le sait bien, ATTAC n’est nullement une organisation révolutionnaire, mais un groupe qui veut rendre le capitalisme plus vivable. Naïveté ? Créé par des « intellectuels » de gôche, ce groupe s’est pour l’instant visibilisé dans la contestation « douce », obtenant même un agrément d’organisme d’« éducation populaire » : quand les élites veulent éduquer les masses on est en droit de craindre l’avant-gardisme politique (au sens où une oligarchie trône dans une organisation) et le leadership méprisant. Aujourd’hui, nous apprenons [1] qu’Attac aurait des problèmes financiers pour organiser sa participation au Forum social européen (FSE, à Saint-Denis, cet automne), et que Bernard Cassen, son fondateur, est allé rendre visite à Raffarin pour quémander des fonds. Oui, des subventions, de l’argent public, notre pognon, quoi ! Et directement auprès du big boss… Naïveté encore d’Attac ?

Raffarin ne s’est pas fait prier et a promis un million d’euros à Attac. Ces gens veulent participer au FSE (ils sont très loin d’être les seuls) et proposent à un gouvernement qui réprime plus que jamais, qui distille la peur quotidienne, qui sarkozyse à coups de matraques, de se faire une image « sociale » grâce à notre argent (pas celui des riches, à l’heure où le gouvernement diminue l’impôt sur la fortune), et bien que Cassen assure qu’Attac continuera (Ah ? Ils ont commencé ?) à dire ce qu’elle pense du gouvernement, nous constatons que nombre de déçus de cette « oligorga » la quittent pour participer à des luttes plus démocratiques directes : soutien aux sans-papiers, luttes libertaires, action directe, etc.

Effet pervers (naïveté encore ?) de ce « contrat » entre Attac et l’État, il y aura de manière de plus en plus évidente, à ces rendez-vous d’un mouvement « anti-mondialisation » qui se construit, une soi-disant contestation acceptée, tolérée, officielle, sympathique (Attac et autres « gentillets »), et les autres, forcément « terroristes », qui subiront de plein fouet la violence des États, de leurs polices et armées. Bien sûr !

Bon, c’est une tactique habituelle de division des mouvements (ici l’anti-globaliste ou altermondialiste) que d’en légitimer une partie, la plus présentable, la plus « dîner mondain », celle qui remet le moins en question l’ordre établi. Mais que ce soit fait aussi cyniquement, à la demande d’une partie même de ce mouvement… Bravo ! Des intellectuels achetés par le pouvoir, qui brouillent les cartes, collaborent, entrent à l’Académie… Il y en a toujours eu, certes, mais à l’approche de la sénilité plus généralement ! Ici pas d’excuses. Si (et seulement si… soyons cartésiens) Attac dispose d’une base « populaire », nous voulons l’interpeller et lui demander : « Et vous, vous vous assiériez à la même table que Raffarin ? »

Manu, Rennes


[1Le Canard enchaîné.





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