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Cinéma

« Le Destin »

de Youssef Chahine
Le jeudi 30 octobre 1997.

Chahine est le cinéaste arabe vivant le plus important. Il sait tout faire. Des péplums avec des bouts de ficelle, des comédies musicales sans orchestre, des épopées anciennes au casting surprenant. Ainsi, Michel Piccoli campe Abraham, le patriarche, dans L’Émigré, son film précédent, interdit durant plusieurs mois en Égypte, conspué et mis en pièce par les docteurs en islam du Caire. Dans ce contexte, le prix du cinquantième festival de Cannes, attribué au Destin, prend tout son sens. On ne peut interdire de la même manière une œuvre primée et acclamée à Cannes qui a déjà été vendue dans le monde entier.

Le Destin conte des épisodes de la vie du philosophe Averroes, Ibn Roshd pour les Arabes, pendant l’apogée de l’empire arabo-andalou. Juge à Cordoue, Averroes est tombé en disgrâce. Il est condamné à l’exil et ses livres sont brûlés. Chahine ne raconte pas seulement une péripétie de la vie de cet homme, penseur averti, ami des pauvres. Sa pensée établit, et c’est une première en Occident, qu’il y a plusieurs chemins pour arriver à la raison, à la pensée et pourquoi pas, à la révélation. Hérésie absolue pour un pouvoir central qui n’en a rien à faire de ce défenseur de la liberté de penser. Car le film travaille (évidemment avec les moyens du cinéma) pour la tolérance, la différence, l’acceptation de l’autre. Il le fait dans la joie, l’exubérance, autour d’une bonne table, avec de la bonne musique. Ainsi va-t-on assister à la rééducation d’un jeune homme par la musique, la danse et l’amour, alors qu’une secte l’avait attiré dans ses rangs, l’avait endoctriné et fanatisé. Si le film semble naïf dans ses moyens, simple dans sa démonstration, il dégage un tel élan…

On sent Chahine indomptable, irrécupérable et tout à fait convaincant dans l’affirmation d’une idée aussi simple que percutante : les idées sont libres, on ne peut les enfermer.

Heike Hurst
émission Fondu au Noir (Radio libertaire)


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