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Le Mythe de la fin du travail

Le jeudi 15 janvier 1998.

Le projet d’une allocation universelle de revenu trouve sa source dans l’idée que, par une sorte de loi historique, la fin de ce siècle marquerait la fin du travail. En raison de tendances fondamentales, liées essentiellement au progrès technique et à la mondialisation, sur lesquelles nous ne pourrions pas agir, l’économie ne pourrait plus, physiquement, fournir suffisamment de postes de travail pour l’ensemble des actifs. Le best-seller de Viviane Forrester, L’Horreur économique, a largement contribué à populariser ce thème de « l’extinction du travail ». Notre propos n’a pas la prétention de réfuter la thèse de « la fin du travail », notons pourtant quelques-unes des contradictions où elle enferme ceux qui la défende.

Comment soutenir à la fois que le travail n’est plus un agent essentiel du profit (p. 121) tout en soulignant comment les patrons surexploitent des salariés acculés à la misère (p. 131) ? Si le travail ne demeurait pas la source originelle du profit, comment expliquer la détermination du patronat à libérer de toute entrave son exploitation ? Comment soutenir à la fois que la société n’a manifestement plus besoin d’emplois (p. 133) tout en affirmant que dans de nombreux services publics « le manque de personnel […] est un fait avéré » (p. 183) ?

Étymologiquement, le terme « travail » signifie torture. Dans ce sens, le capitalisme n’est pas en train d’organiser la fin du travail. Bien au contraire, il met en place des formes de torture particulièrement sophistiquées. On peut en citer ici un exemple : « Pour tenter d’accélérer le traitement des informations, certaines configurations clavier-écran sont maintenant programmées de sorte que si l’opérateur ne réagit pas à une réponse affichée à l’écran dans les 17 secondes, celle-ci disparaît. Des chercheurs font état d’un stress croissant chez les opérateurs au fur et à mesure que les secondes s’écoulent et que l’image va disparaître de l’écran : à partir de la 11e seconde, ils commencent à transpirer, le rythme cardiaque s’accélère. Une énorme fatigue s’ensuit » [1].


[1J. Rifkin, La Fin du travail, La Découverte, 1996, p 257.





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