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Chômeurs, salariés, luttons ensemble !

Le jeudi 15 janvier 1998.

Depuis le début du mouvement de lutte mené par les chômeurs et leurs associations et syndicats (CGT, AC !, MNCP, et APEIS), c’est peu de dire que les politiques de la gauche plurielle nous offrent un spectacle affligeant. Jugeons sur pièce.

Ne parlons pas du PS, il est au gouvernement, c’est donc lui qui a attendu que les chômeurs passent à l’action pour se préoccuper de leur sort, qui a proposé une vraie fausse aide de 500 millions, déjà dépensée l’an dernier. Il réprime d’abord (interventions policières sur les sites occupés) et menace ensuite ; enfin, c’est lui qui propose aux chômeurs en lutte des aumônes en guise de largesse, le tout sans remettre en cause l’existence d’une société à deux vitesses dont les chômeurs restent des victimes, comme beaucoup d’autres (travailleurs précaires, à temps partiel…). Chut ! le PS cogère…

Le parti communiste est en perte de vitesse, qui continue depuis longtemps, mais se doit de maintenir une image offensive sur le plan social. Et reste solidaire du gouvernement auquel il participe. Florilège : « le mouvement des chômeurs est complètement légitime, je ne lui demande pas d’évacuer les ASSEDIC occupées » (Marie-George Buffet, ministre communiste). Robert Hue : « les premières mesures prises par Mme Aubry et J.-C. Gayssot vont dans le bon sens ». Et le 10 janvier, jour des expulsions massives des chômeurs occupants, J.-C. Gayssot déclare : « les ASSEDIC doivent retrouver la possibilité de remplir leur rôle ». Une façon presque poétique de dire aux CRS : « Chargez ! »

Les Verts, leur peu de poids politique et militant les autorise à dire tout et son contraire. D’ailleurs, ils ne s’en privent pas. De Marie-Christine Blandin, qui rend visite aux chômeurs occupants et déplore les opérations policières du 10 janvier à D. Voynet qui déclare rester solidaire des chômeurs, puis… de Martine Aubry et du gouvernement ! Guy Hascoët, député Vert, estimant qu’il « n’y a pas de divergences au gouvernement ». Pour la petite histoire, on signalera aux sceptiques (j’en suis !) que les Verts se montrent d’un rare courage politique en bricolant ici ou là des comités pour les 35 heures. On sent chez eux une volonté farouche d’en découdre avec l’injustice…

Le nationaliste (de gauche, heureusement !) MDC reste silencieux, on ne s’en plaindra pas ; quant aux réactions de l’insignifiant PRS, cela n’intéresse personne. Petite parenthèse pour signaler qu’une fois de plus, le FN est silencieux lorsque les luttes égalitaires et sociales déboulent. Les chômeurs sont des « profiteurs qui manquent de décence » d’après le torchon lepéniste National hebdo. Chacun comprendra que sous le vernis populaire, les fascistes servent la soupe aux libéraux et aux possédants…

Que conclure de tout cela ? D’abord, que les élections cantonales et régionales approchent, d’où les tentatives de doubler le PS sur sa gauche et d’apparaître partout où des luttes se mènent pour en récupérer les dividendes et négocier au moins pire avec un P.S. hégémonique. Mais surtout, que c’est bien cette même gauche plurielle qui tente de coller aux mouvements sociaux pour les désamorcer sous couvert de représentations-négociations avec les autorités pour mieux envoyer la répression contre les « incontrôlés, les durs, les manipulés ». C’est ainsi qu’il faut comprendre les discours apparemment contradictoires de la gauche : au bout du compte, de la collaboration de classe. Avant les chômeurs, les sans-papiers et les routiers ont déjà fait les frais de la gauche et de son sens de la négociation : promesses trahies, accords signés non appliqués, répression…

Qu’on le veuille ou non, les faits sont têtus : historiquement, l’État (donc ceux qui le gèrent, y compris en alternance) n’a jamais résolu la question de la pauvreté et de l’injustice sociale. Et pour finir, une question : comment imaginer que les états-majors politiques des partis gouvernementaux ne sont pas au courant lorsque des opérations d’envergure comme celles des expulsions du samedi 10 janvier sont réalisées ? Et pourquoi leur silence avant la tempête ? Ne comptons pas sur les politiques, fussent-ils de gauche : les intérêts des chômeurs et des salariés convergent ; que nos luttent en fassent autant.

Daniel


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