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Les chômeurs « illégaux » répondent à la ministre de l’emploi

Martine débloque !

Le jeudi 15 janvier 1998.

Martine Aubry veut-elle ajouter un nouvel article au code pénal en créant le délit de chômage ? « Les occupations des ASSEDIC par les chômeurs sont illégales » a-t-elle déclaré dans sa conférence de presse. Autrement dit : messieurs les CRS, à vos matraques !

Va-t-on nous expulser de nos lieux d’occupation pour nous faire passer en jugement ? Est-ce donc un délit de revendiquer le droit à la vie par le partage des richesses ?

On attendait d’Aubry des mesures concrètes pour répondre au mouvement des chômeurs. Elle s’est en fait livrée à une agression contre ceux qu’elle qualifie de délinquants.

Certes madame Aubry a annoncé qu’elle lâchait 500 millions de francs pour la revalorisation de l’Allocation formation reclassement (AFR). Mais à y regarder de plus près, on s’aperçoit qu’elle se moque du monde. Ces 500 millions viennent en fait des 2 milliards et demi que Juppé, avec la complicité de Notat, avait sucré sur les fonds de l’AFR il y a un an. Mais où sont donc passés les 2 milliards restants ? Par dessus le marché, la restitution de ces 500 millions aux chômeurs (grâce à leur lutte), Aubry l’avait déjà annoncé il y a deux mois. Idem pour la revalorisation de l’ASS (Allocation spécifique de solidarité), concernant les chômeurs de plus de 55 ans. Ce qu’Aubry présente comme une grande avancée était déjà un projet de Juppé.

Et on remarquera que la ministre s’est bien gardée de donner le nombre de bénéficiaire. Rien d’étonnant : compte tenu des critères drastiques qu’elle impose (40 annuités de cotisations sans périodes de chômage ni de maladie) la mesure ne profitera qu’à 20 000 personnes, soit nettement moins de 1 %. Pour plus de 99 % des chômeurs, la misère restera quotidienne et continuera en particulier de frapper les jeunes interdits de RMI pour qui la survie passe par le SAMU social, la délinquance, voire même la prison.

Pour qui nous prend-t-elle ? Est-ce avec ces mesures, qui ne sont que des leurres, que le gouvernement espère réduire la fracture sociale si chère à Chirac ? Ce n’est pas la première fois qu’Aubry manifeste son mépris envers les chômeurs. Il y a 15 ans déjà, elle avait supprimé l’allocation d’insertion alors versée aux jeunes en quête d’un premier emploi. Elle prétextait que cela les incitait à la paresse.

Aujourd’hui c’est le RMI qu’elle a dans le collimateur. Son objectif principal est en effet de réduire le nombre de RMIstes en les obligeant à signer des contrats d’insertion. Les RMIstes se verront contraints d’accepter n’importe quel petit boulot minable (type CES) sous peine de se voir radié du RMI. Le gouvernement de la gauche plurielle a repris à son compte la vieille manœuvre bien connue des gouvernements de droite qui consiste à évacuer à tout prix le maximum de personnes des statistiques du chômage, en les dirigeant, non sur de vrais emplois mais sur n’importe quel boulot sous-payé. Quel peut être l’avenir d’un « agent d’ambiance », d’un « médiateur de rue », d’un larbin de policier ou autres emplois-jeunes inventés par Aubry ?

Nous nous battons également pour les salariés, pour tous ceux sur lesquels pèse la menace du chômage ; ce droit acquis le sera pour tous : le chantage aux licenciements ne pourra plus être pratiqué avec la même efficacité qu’aujourd’hui.

Nous exigeons une prime de fin d’année pour tous et non au cas par cas, ainsi que la création d’un guichet unique dans chaque département pour l’attribution de cette aide d’urgence. Aubry tente d’opposer les chômeurs en lutte, minoritaires selon elle et dont il conviendrait de « relativiser » le mouvement, à la majorité des chômeurs et des précaires. Nous la prenons au mot et la mettons au défi d’inviter les préfets à ouvrir ces guichets. Elle pourra alors se rendre compte par elle-même que la prime de fin d’année répond à une demande réelle et massive.

Nous nous attendons, dans les heures ou les jours qui viennent, à une intervention des forces de l’ordre dans l’ensemble des lieux qu’occupent les chômeurs.

Nous savons que de nouvelles occupations se préparent, nous savons que la répression restera vaine.

Nous appelons la population à ne pas être dupe des effets d’annonce du gouvernement. Nous appelons chômeurs, précaires, salariés à rejoindre et à soutenir les mouvements en cours, à occuper CAS, ASSEDIC, ANPE, et autres institutions gestionnaires du chômage, de la précarité et de la misère.

P.G.





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