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« Pierre Kropotkine, prince anarchiste » George Woodcock et Ivan Avakumovic

Pierre Kropotkine

une biographie non dénuée de contradictions
Le jeudi 2 octobre 1997.

L’un des plus beaux éloges formulés à l’égard de celui que beaucoup considéraient comme le chef de file de l’anarcho-communisme émane de son ami Serge Stepniak : « On peut croire absolument chaque mot qu’il prononce ». Pierre Alexeïevitch Kropotkine naquit au sein de la plus haute aristocratie. En 1855, à l’âge de 13 ans, il intégra le corps des pages au service du tsar Alexandre II. Plus tard, il participa à plusieurs expéditions ; ses observations du monde animal soulevèrent dans son esprit des doutes sérieux sur la théorie darwinienne de l’évolution. Il épousa progressivement la philosophie de narodniki, littéralement des « hommes prenant le parti du peuple », et il rejoignit les rangs des révolutionnaires.

Début février 1872, il quitta Saint-Pétersbourg et se rendit en Suisse. L’horloger Adhémar Schwitzguebel, un fidèle de Michel Alexandrovitch Bakounine, le mit en relation avec les montagnards du Jura. Pierre Kropotkine discerna chez ces artisans internationalistes une indépendance de pensée qu’il n’avait point captée jusqu’ici au contact de ses contemporains et qui l’incita à adhérer aux préceptes de l’anarchie. Il regretta de ne pas rencontrer l’auteur de Fédéralisme, socialisme et antithéologisme. De retour dans son pays, il s’affilia au cercle fondé en 1869 par Nicolas Tchaïkovski, le frère du célèbre compositeur. En raison de ses activités, il subit des enfermements dans des pénitenciers russes et français (Lyon, Clairvaux). Il collabora à divers organes de presse, y compris à l’étranger. Le théoricien libertaire, qui ne marqua guère d’intérêt pour la libération sexuelle, ne souhaitait pas une émancipation « excessive » des femmes. Qu’il jugeât le régime de la troisième république meilleur que n’importe quel autre au monde ne manque pas non plus de surprendre. En partie sans doute par antigermanisme, il approuva les hostilités de 1914-1918, que même de nombreux pacifistes qualifient de « boucherie ». Errico Malatesta, choqué comme d’autres par cette attitude, se demanda avec raison : « que reste-t-il après cela de l’antimilitarisme, et, en fait, de l’anarchisme ? »

Kropotkine se brouilla également avec ses collègues du périodique londonien Freedom, ce qui précipita sa rupture avec la plupart des militants de l’Europe occidentale. Au plus fort des affrontements, il signa avec 15 autres protagonistes un manifeste en faveur de la guerre, auquel Emma Goldman, Lilian Wolfe, Malatesta et d’autres répliquèrent en réaffirmant que les conflits armés résultent d’un système d’exploitation ainsi que de l’existence d’États, nés de la force militaire…

Pourtant, à partir de 1918, la terreur bolchevique le rapprocha à nouveau de certains qui avaient pris leurs distances. Kropotkine vit en Lénine « un fou, un sacrificateur, désireux de brûler, de massacrer… ». Fin novembre 1920, il rédigea une déclaration intitulée Que faire ? dans laquelle il fustigea sur un ton désespéré les horreurs perpétrées par les dirigeants au nom de la révolution. Après son décès survenu le 8 février, 100 000 personnes suivirent le cercueil jusqu’au cimetière de Novo-Devichi, au bord de la Moskva. Le livre de George Woodcock et Ivan Avakumovic nous rend familier ce penseur, écrivain et « prophète ». Au-delà de ses thèses politiques, ses apports, souvent innovants, dans des domaines aussi variés que la géographie, la sociologie, la biologie et l’histoire méritaient cet hommage.

René Hamm


éditions Écosociété (Montréal).





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