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La barbarie impériale ou l’esprit de Guantanamo

Le jeudi 21 mars 2002.

D’habitude, on ne parle guère de cette base militaire des États-Unis située sur une enclave de la côte du sud-est de Cuba, qui n’a pas de relations officielles avec le colosse du Nord et subit son embargo depuis quarante ans. Ce qui s’y déroule actuellement, avec la mise en scène de l’emprisonnement des membres d’Al Qaïda, dévoile encore une fois l’arrogance d’un impérialisme sans aucune limite.

Guantanamo est une création de l’impérialisme. Après la guerre menée contre l’Espagne en 1898, les États-Unis ont conquis et dominé Cuba, Porto Rico et les Philippines. L’établissement de la base militaire de Guantanamo à Cuba permettait un véritable tremplin pour toutes les interventions en Amérique latine : un endroit idéal — hors des États-Unis — pour s’entraîner et mener des actions secrètes.

La révolution cubaine de 1959 ne changea rien à cette situation. Les gouvernements successifs des États-Unis ont toujours refusé d’abandonner cette base en dépit des demandes réitérées du gouvernement cubain. En 1963, l’invasion de Cuba orchestrée par la CIA se solda par un échec, mais les incursions, les sabotages et les assassinats continuèrent. De même que l’embargo économique n’a jamais été levé, l’occupation de Guantanamo persiste.

Pour les révolutionnaires du monde entier, et en particulier du continent latino-américain, Guantanamo est emblématique de la rapacité et du cynisme d’une puissance prête à tout pour maintenir sa domination et, par là, son exploitation des régions les plus démunies. L’esprit de Guantanamo, c’est l’arrogance du pouvoir, la volonté d’écraser et d’humilier les populations en lutte.

Comment interpréter autrement cette volonté d’anéantir des êtres humains ? En Afghanistan, le mot d’ordre est de « détruire » l’ennemi ; et tous les moyens sont bons comme pour les autres guerres menées par le « monde libre ». Bombes atomiques en 1945, guerre chimique et biologique au Vietnam, bombardements des civils et crémation des soldats irakiens en déroute pendant la guerre du Golfe. La réaction du gouvernement états-unien, à la suite du 11 septembre 2001, révèle sans hypocrisie une mentalité à la fois bornée et sanguinaire. Aucune tentative de comprendre les motifs qui poussent aux actes de sacrifice et de destruction. Aucune remise en question d’une politique engendrant la haine et le désespoir. Non, c’est le choix de l’intensification de la violence, c’est la volonté d’anéantir ceux et celles qui pourraient s’élever contre la logique de domination capitaliste.

Les dirigeants états-uniens s’assoient sur les accords de Genève concernant les prisonniers de guerre. Selon les lois internationales, les geôles de Guantanamo sont illégales. Priver les prisonniers de soins, les isoler, les humilier relève de la torture. Rien de nouveau, si ce n’est qu’il ne s’agit même plus, dans ce cas, de sauver les apparences. Comme dans les territoires occupés de Palestine, l’oppression s’exerce désormais sans masque.

Le spectacle monté par le gouvernement de George W. Bush à la base militaire de Guantanamo, où sont emprisonnés les membres présumés d’Al Qaïda, n’est donc pas surprenant. Les renseignements soutirés à ces pauvres types, embrigadés dans une aventure folle et vouée à terme à l’échec, paraissent plus que douteux. Mais la situation est révélatrice de la logique même de l’impérialisme.

Les exécutions à répétition dans le Texas, la torture livrée en spectacle à Guantanamo, et la tuerie méthodique en Afghanistan sont les applications d’un capitalisme à visage découvert.

Larry Portis





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