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éditorial du n° 1101

Le jeudi 20 novembre 1997.

La publication du Livre noir du communisme provoque une ample polémique. Confiné à l’origine dans un petit cénacle d’historiens, ce débat est aujourd’hui porté sur la place publique. Ce qui devait n’être qu’un conflit académique s’est imposé comme un véritable enjeu politique. On ne peut que s’en féliciter.

Pendant trop longtemps, les crimes des régimes communistes ont fait l’objet d’un véritable aveuglement collectif. Pourtant, des témoignages accablants existent. Pour ce qui nous concerne, les anarchistes ont lucidement dénoncé le totalitarisme communiste dès les premières années du régime bolchevique. Les dirigeants communistes qui tentent d’expliquer aujourd’hui « qu’on ne pouvait pas savoir » sont des menteurs.

Il n’est pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Pour ne parler que de la France, le P.C.F. a fait peser pendant des décennies une terrible chape de plomb sur le mouvement social. Maniant terrorisme intellectuel et intimidations physiques, les communistes ont imposé leur mythologie en lieu et place d’une analyse objective des faits. Toute critique portant sur les « pays socialistes » était sensée faire le jeu de la réaction. S’en prendre au P.C.F., c’était affaiblir la classe ouvrière. Faisant preuve à la fois d’un total mépris pour les exploités et d’une coupable stupidité, Sartre expliquait qu’il ne fallait pas « désespérer Billancourt ».

Comparer le stalinisme au fascisme n’a objectivement rien de choquant. Bien sûr, un tel rapprochement est reçu comme une insulte par les militants communistes. Pourtant, la sincérité et le dévouement de nombre d’entre eux n’est pas ici en cause. Mais, au-delà du cache-sexe idéologique, la lucidité oblige à reconnaître que les régimes se réclamant de l’un et de l’autre ont appliqué la terreur de masse pour édifier un État totalitaire au profit d’une petite minorité.

Du point de vue du mouvement social, on peut même affirmer que le communisme autoritaire a causé des dégâts plus profonds et plus durables. Ennemi de l’extérieur, le fascisme a été identifié comme tel et combattu. Ennemi de l’intérieur, le stalinisme est parvenu à dévoyer des pans entiers du mouvement social, le détournant d’une lutte révolutionnaire émancipatrice pour le mettre au service des intérêts diplomatiques de la bureaucratie soviétique.

Aujourd’hui, l’histoire a tranché. L’imposture du communisme autoritaire est avérée. Certains en tirent la conclusion que le capitalisme constituerait un horizon indépassable. Pour nous, bien au contraire, l’avenir appartient au communisme libertaire.





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