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Noisy-le-grand

La Démocratie en actes

Le jeudi 20 novembre 1997.

La mise en cause de l’action d’un maire est un exercice intéressant. Déjà évoquée ici (ML 1099, entre autres), l’affaire Pajon vient de se montrer tout à fait significative à notre avis de ce que sont les règles du jeu démocratique.

Le collectif noiséen de vigilance et d’action citoyenne contre l’ordre moral organisait le 5 novembre une conférence sur l’implantation de l’extrême droite dans la ville, à l’occasion de l’inauguration quelques jours plus tard de l’église intégriste Saint-Martin-des-Gaules. Le maire socialiste a depuis longtemps été mis en accusation pour avoir signé le permis de construire.

La conférence fut un succès public. Outre les orateurs Thierry Meyssan et René Monzat, chacun put intervenir et les prises de parole furent diverses et nombreuses. On retiendra particulièrement celle du maire-adjoint de Noisy-le-Grand venu défendre son Pajon. Le permis de construire ne fut donc accordé que parce qu’il n’était pas possible de faire autrement, car rien ne permet dans le code de l’urbanisme de s’opposer à une telle construction. Il fut donc rappelé au jeune politicien que le précédent maire (ancienne majorité) avait quant à lui refusé ce permis de construire ; il lui fut aussi rappelé que Pajon refusait actuellement un permis pour les Témoins de Jéhovah…

Il était clair pour la plupart des personnes présentes que Pajon, présenté comme un simple fonctionnaire signant des papiers parce qu’il ne peut pas faire autrement, se conduit finalement comme Papon : il nous prend pour des cons.

L’ambiance était pour le moins défavorable au socialo. Mais que n’entendit-on pas une fois que la discussion fut close, le micro éteint ? Voilà que quelqu’un jusqu’alors silencieux se lève et prend la parole : la méthode sentait le professionnel… Et notre homme de nous faire du « mes camarades, il faut l’unité contre l’extrême droite… », « mes camarades… ». Au bout d’un temps, plusieurs personnes lui ont demandé qui il était… ce qui pouvait aussi signifier : qui était-il pour nous prendre à ce point pour des cons ? « Je suis délégué national du Parti socialiste. » C’était intéressant : Solférino avait donc estimé que Pajon était suffisamment mal en point sur sa commune pour lui envoyer des défenseurs. Quant à Pajon lui-même, il avait probablement dû avoir un empêchement ce soir-là.

Il devait encore être trop occupé le 11 à midi, car on ne l’a pas vu sous la banderole de sa section du PS. Oui, le PS était là. Il avait pourtant patiemment recouvert la plupart des affiches appelant à la manifestation, n’en laissant toujours qu’une, entourée d’affiche PS. En deux mots : une grossière récupération.

Cette opposition à la construction d’une chapelle intégriste a toujours été clairement due au fait qu’au-delà du lieu de culte, c’est un local politique qui s’installe, en l’occurence un local de la droite la plus extrême. Cela fut confirmé ce 11 novembre par la présence de Martial Bild, conseiller régional du Front national et par des déclarations comme celles rapportées par les journalistes. Ainsi : « Cette église a été construite pierre à pierre, c’est un symbole fort de la reconquête de la banlieue » (Le Parisien citant « Philippe, venu défendre Xavier Dor »…). Ou bien encore Jean-François, 22 ans, qui dénonce « le clergé diocésain politisé et pollué par les idées maçonniques ».

La manifestation à l’appel du collectif a rassemblé un millier de personnes environ ; les libertaires y tenaient une bonne place. Le cortège était plus fourni que celui des fidèles lefevbristes. On regrettera seulement l’excitation de certains antifascistes « capuche-foulard ». Ils se reconnaîtront, mais ils feraient bien aussi de savoir reconnaître une provocation policière.

Le raisonnement électoraliste socialo-crapuleux est connu : on favorise l’expression de l’extrême droite afin de s’en servir comme repoussoir et de se présenter comme le recours pour faire l’unité contre l’extrême droite. Nombre de manifestants ont répondu : « Le Front national s’installe, le PS fournit les pierres ».

Albert Morfalou


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