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Arcade ou autres

les rebelles font le ménage
Le jeudi 3 juin 2004.

Le gâteau du jour de la grande lessive (c’est une vraie recette, mais ché pu où j’ai rangé le livre de cuisine !)



Arcade, sens polysémique du mot :
— Ouverture en forme d’arc dans sa partie supérieure.
— Partie du corps en forme d’arc située au-dessus de l’œil.
— Arcade, société sous-traitante qui assure le nettoyage dans les entreprises, principalement dans les hôtels (Formule 1, Étape, etc.).

Au-dessus de l’arc se situe une direction qui visse, dans des conditions sociales assimilables à l’esclavage, des femmes immigrées ne sachant souvent ni lire ni écrire. Sous cette même voûte, une trentaine de femmes qui osent entamer un véritable bras de fer avec l’oppresseur économique et social.

Faty et les autres ont décidé de faire exploser l’ordre des choses. Elles ont crié, mis en pratique leur volonté de dire non aux conditions lamentables de travail imposées par une direction colonisatrice.

Les critères d’embauche sont extraordinairement pitoyables. Utiliser, pour mieux régner, exploiter, la vulnérabilité de ces femmes. Par exemple, les femmes illettrées ou qui ont un mal fou à remplir le formulaire d’embauche réussissent la sélection. Elles ont donc un emploi.

Celles qui déchiffrent, savent lire, deviennent les gouvernantes immigrées, qu’Arcade, Accor et les autres emploient pour accéder à un poste de responsabilité. Ces cheftaines sont chargées de distribuer les tâches, le travail. Elles épient, elles organisent, elles rapportent. Sont-elles devenues les taupes de ces entreprises ? Probablement. Avec certitude, elles sont les outils d’exploitation d’une société capitaliste.

Distribuer l’illusion de réussite sociale, juxtaposer la rivalité, la compétitivité, favoriser ainsi l’opposition entre les salariées, permettent aux grands manitous (laids sots-scier-terre) de servir, sur un plateau d’argent, une masse salariale docile, rentable et peu onéreuse, au libéralisme.

Ces mêmes dirigeants qui sont particulièrement loin d’être intelligents ont oublié que l’illettrisme n’empêche en rien la pensée. Car ces moins-que-rien ont eu la force, l’énergie, de vouloir bâtir dans le monde du travail d’autres repères.

Pour cela, ces femmes, pourtant si soumises dans cette société exécrable, s’organisent, et alors deviennent déterminées.

Protester, réagir n’est pas une simple affaire, parce que ce geste est porteur d’une image trop lourde de conséquences désastreuses. Comment sensibiliser les collègues de boulot à leur situation ? Même si la colère gronde chaque jour, même si l’humiliation devient insupportable, quand on traîne une vie, vide de sens, alors il n’est pas aisé de prendre part aux conflits.

Quels sont les mots, les idées qu’il faut trouver pour que ces femmes participent activement à la lutte des classes, sans les brusquer ?

Lorsque Faty déploie l’avalanche d’arguments qui justifient une opposition massive à la soumission, alors ces humbles femmes prennent conscience de leur condition de femmes soumises. Elles écoutent, elles acceptent de se mettre en avant, pour une cause légitime : être des femmes immigrées ne devrait pas vouloir dire exercer les métiers les plus dégueulasses.

Soumise en tant que femme dans une société, et ici bien sûr le monde du travail, qui refuse de faire place à un système égalitaire.

Soumise, car la devise la plus cohérente dans un système ultralibéral est d’appliquer les vieilles recettes : Immigrées = sale boulot (sale, très drôle, pour des femmes à qui on demande de faire le ménage !).

Une lutte très longue avait poussé la direction d’Accor, sous la pression de ces mêmes femmes, épaulées par le syndicat SUD, à élaborer une charte, autour des conditions de travail, des heures supplémentaires et des cadences.

Aujourd’hui, bien sûr, cette direction n’applique pas les accords passés. Ces patrons continuent d’appliquer une politique antisociale. L’esclavagisme est de mise. Exemple : heures supplémentaires non payées, cadences de plus en plus intenses, etc.

L’abjection de leur conduite invite les plus démunies à multiplier les rafales d’attaques en se mobilisant, en dénonçant haut et fort, une attitude exemplaire dans le domaine de l’immondice. Faty pour avoir osé crier ses engagements, pour avoir osé affronter, de face, le patronat, se retrouve licenciée. Pour sûr que le motif évoqué ne tient pas la route (dépassement du quota d’heures syndicales).

Certes, les chaînes de télévision, privées, ou pas, ne se focalisent pas sur les grévistes d’Arcade.

Par contre sur Radio libertaire, les « Chroniques syndicales », « La philanthropie de l’ouvrier charpentier » avaient invité Faty, pour raconter, expliquer ses engagements.

On peut donc penser que bientôt sur Radio libertaire

Zohra


Pour aider et soutenir Faty et ses collègues, contactez SUD au 01 42 43 12 24.





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