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Si jeunesse savait…

Le jeudi 3 juin 2004.

À l’occasion du sommet d’hypocrisie de Johannesburg tenu en 2002 sur cette vaste imposture que constitue le développement durable, un bateleur de foire nommé Jacques Chirac déclarait devant l’assemblée plénière : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l’admettre. L’humanité souffre. Elle souffre de mal-développement, au Nord comme au Sud, et nous sommes indifférents. La Terre et l’humanité sont en péril et nous en sommes tous responsables. » En clair, gérons avec parcimonie les ressources naturelles dans le respect des générations futures.

Récemment, un saltimbanque de la même troupe, Sarkozy en l’occurrence, adulé par une presse de plus en plus servile pour son « brio », son « pragmatisme », sa « démarche volontariste », invitait les Français à consommer toujours plus. Lors d’une conférence de presse, mardi 4 mai, à Bercy, le sémillant ministre de l’économie et des finances paradait devant 350 journalistes venus satisfaire sa paranoïa. Ce véritable « show » politique lui fournissait l’occasion d’exposer un plan de redressement de l’économie : droit ouvert à des parents de faire des dons à leurs descendants (dommage pour les enfants de pauvres !), réduction d’impôt pour le crédit à la consommation, assouplissement des règles d’ouverture des magasins le dimanche, etc. C’est-à-dire : continuons à prélever de plus en plus de matières premières, à utiliser de plus en plus d’énergie, et donc à rejeter de plus en plus de déchets.

Donc, d’un côté, des promesses fallacieuses d’un président de la République (pouvait-on espérer mieux ?) concernant la protection d’un milieu naturel lourdement endommagé. Promesses qui n’engagent que ceux qui y croient ! De l’autre, une nécessaire (qui ne peut pas ne pas être) soumission du même gouvernement aux impératifs du capitalisme qui exige une croissance continue pour ne pas s’effondrer, et qui programme, de ce fait, le lent assassinat des générations à venir. Cherchez l’erreur !

La croissance comme survie

Par cet appel à consommer, s’agirait-il d’un souci louable du cow-boy de Neuilly d’assurer le bien-être de ses concitoyens ? La réalité est des plus sinistres. Sous peine de se désintégrer par la dynamique de ses propres contradictions internes, le capitalisme est condamné à une croissance sans fin, à une fuite perpétuelle en avant : la consommation est le seul moteur de l’économie. Puisqu’il ne peut partager les richesses créées (il les concentre même de plus en plus), ce système est contraint d’accroître sans cesse les volumes de production pour empêcher la révolte des plus démunis. La fonction idéologique de la croissance est en effet de faire croire à la réduction des inégalités : plus la taille du « gâteau » (le PNB) augmente, plus les miettes semblent importantes.

Ainsi, pour assurer sa propre survie, le capitalisme ne peut qu’accélérer l’épuisement des ressources non renouvelables, perturber gravement les mécanismes de régulation des différents écosystèmes, et donc compromettre les chances des générations futures de seulement vivre décemment. Pour tenter de résoudre ses propres problèmes, le capitalisme est condamné à les reporter sur ses descendants ! « à long terme, nous serons tous morts. » Il faut donc, dès aujourd’hui, accuser, non seulement de non-assistance à personne en danger, mais de crimes contre l’humanité, les obsédés de la croissance qui, en Europe, aux États-Unis, en Chine ou ailleurs, orientent des politiques économiques d’agressivité, prennent des décisions qui engagent ceux qui ne peuvent exprimer leur avis ! Lorsque les lois de l’économie entrent en contradiction avec celles de l’écologie, ce sont les premières qu’il faut modifier : c’est l’unique option possible !

La révolte pour réplique

La seule réponse que la jeunesse puisse apporter aux fossoyeurs de l’avenir, c’est la révolte. Non pas une violence gratuite qui ne conduirait qu’à la même impasse suicidaire que le capitalisme contre lequel elle pourrait s’élever, mais une énergie ciblée sur la disparition de tous les pouvoirs, et prioritairement économique, une détermination farouche, une volonté tenace de vouloir prendre en main sa propre existence, de donner un sens à sa vie en construisant une société radicalement différente, qui soit fondée sur la générosité, le sens du partage, l’entraide, la solidarité. Si cette jeunesse savait où l’entraîne un système contraint de dévorer ses propres enfants pour survivre, si elle pouvait imaginer les conditions de vie qu’il lui prépare dans moins d’un demi-siècle (et peut-être beaucoup moins), alors le capitalisme ne résisterait pas même le temps d’un retour sur investissement à court terme !

Jean-Pierre Tertrais, groupe La Sociale





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